Politiques progressistes : en 2024, plus d’un Français sur deux (54 %, baromètre IPSOS, février) estime que l’État doit « faire beaucoup plus » pour réduire les inégalités. Ce chiffre, en hausse de 7 points depuis 2022, confirme ce que beaucoup ressentent déjà sur le terrain. Les mobilisations s’enchaînent, de la réforme des retraites à la lutte pour le climat, révélant une énergie nouvelle. Parlons-en, chiffres à l’appui, engagement à cœur ouvert.
Panorama 2024 : où en sont les politiques progressistes ?
Des victoires concrètes, mais fragiles
- Janvier 2024 : l’Assemblée nationale vote, à 247 voix contre 201, l’inscription de la protection du climat dans le Préambule de la Constitution.
- Avril 2024 : l’Allemagne adopte le « Deutschland-Ticket », abonnement mensuel à 49 € sur tout le réseau public. En France, la Région Île-de-France étudie une variante sociale à 30 €.
- 12 % du budget de l’État est désormais consacré à la transition écologique (Projet de loi de finances 2024), contre 9 % en 2021.
Ces avancées illustrent une tendance européenne : « Verdi, rossi, violets », comme disent nos voisins italiens, un mélange de vert, rouge et violet qui redessine les alliances à gauche.
Un contexte économique sous tension
D’un côté, le FMI prévoit 0,9 % de croissance française en 2024 ; de l’autre, le taux de pauvreté atteint 14,5 % (INSEE, 2023), son plus haut niveau depuis 2017. Les progressistes ont donc un défi classique : conjuguer justice sociale et responsabilité budgétaire. Et la marge est mince : la dette publique flirte avec 112 % du PIB.
Pourquoi la France peine-t-elle à adopter une taxe sur les super-profits ?
La question revient à chaque session parlementaire, comme un refrain. Qu’est-ce que la taxe sur les super-profits ? Il s’agit d’un prélèvement exceptionnel sur les bénéfices jugés « exorbitants » des grandes entreprises (synonymes : surprofits, profits exceptionnels). L’Espagne l’applique déjà depuis janvier 2023 ; elle espère ainsi récolter 7 milliards d’euros en deux ans.
- Argument pour : selon Oxfam, une telle mesure rapporterait 10 à 12 milliards d’euros par an en France, de quoi financer 150 000 logements sociaux ou doubler le budget alloué à l’hôpital public.
- Argument contre : le Medef craint une « fuite des capitaux ». Pourtant, les études de l’OCDE montrent qu’en Espagne les multinationales de l’énergie sont restées… parce qu’elles y trouvent toujours un marché solide.
À l’Assemblée, la dernière proposition de loi (novembre 2023) a été rejetée à 243 voix contre 189. Emmanuel Macron, soucieux d’attirer les investisseurs avant les Jeux olympiques de Paris 2024, maintient la ligne : « pas de nouvel impôt de production ». Jean-Luc Mélenchon rétorque que la justice fiscale reste « le nerf de la paix sociale ». La bataille n’est pas terminée ; elle se joue dans l’opinion, où 72 % des sondés (IFOP, mars 2024) se disent favorables à cette taxation.
Comment s’engager dans la mobilisation citoyenne dès maintenant ?
Les gestes accessibles à tous
- Adhérer à un syndicat (CGT, Solidaires, FSU) : 9 % de syndicalisation en France, loin derrière les 67 % de la Suède. Chaque nouvelle adhésion pèse.
- Rejoindre un collectif local « Alternatiba » : 70 groupes actifs, de Lille à Montpellier.
- Participer aux budgets participatifs municipaux : Paris alloue 75 millions d’euros en 2024, Nantes 8 millions.
Utiliser le numérique sans se brûler les ailes
75 % des 18-24 ans ont signé au moins une pétition en ligne l’an dernier (Harris Interactive, 2023). Pourtant, cliquer ne suffit pas. Testez la triple action : partage, don de 5 € à une caisse de grève, présence physique à un rassemblement. Je l’ai vécue en janvier, lors du mouvement « Justice pour Nahel » à Nanterre : la simple présence crée des passerelles, entre voisins qui ne s’étaient jamais parlé.
Former un argumentaire solide
Je conseille toujours trois références incontournables : « L’État social contre marché » (Bourdieu republié en 2022), « Écologie et démocratie » de Naomi Klein, et l’historique discours de Jean Jaurès au Pré-Saint-Gervais, 25 mai 1901. Classiques, mais efficaces pour affûter vos mots.
Entre espoir et résistances : le futur du camp progressiste
D’un côté, la montée des idées écologistes dans la jeunesse (57 % des 18-30 ans se déclarent « éco-engagés », CSA 2024) laisse présager un renouveau. De l’autre, la gauche parlementaire reste morcelée : PS, PCF, LFI, Les Écologistes négocient en coulisses pour les européennes de 2024, craignant un effet « listes multiples, voix divisées ».
Scénarios possibles à court terme
- Union électorale type « Front populaire » version 2.0.
- Maintien du statu quo, avec 4 listes concurrentes.
- Surprise « citoyenne » : une candidature issue d’une primaire populaire (l’association réactive sa plateforme en juin).
Ma note personnelle
Je repense souvent à Léon Blum, recevant en 1936 ces ouvriers descendus des usines Renault de Boulogne-Billancourt. Il disait : « Ce n’est pas seulement un programme, c’est une foi. » Aujourd’hui, la foi se nourrit de données factuelles. Les 1 % les plus riches captent 19 % du patrimoine national (Observatoire des inégalités, 2023) ; le récit progressiste doit conjuguer chiffres et rêves. Voilà notre double tâche : compter et raconter.
Il faut parfois une brassée de chiffres pour rappeler l’urgence, et une dose d’humour pour tenir la distance. Si cet article vous a donné matière à réfléchir et – je l’espère – l’envie d’agir, gardons le fil. Les rues, les urnes et les imaginaires n’attendent que notre pas suivant.

