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La poésie en musique et chant

Pour une fois, Pascal Boniface, le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), n’écrit pas sur un de ses thèmes de prédilection mais sur sa passion pour Léo Ferré et la singularité du chanteur anarchiste. Comme dans d’autres ouvrages sur le chanteur, on trouve le récit d’une vie, d’une enfance dans un milieu catholique conservateur à sa trajectoire d’homme et d’artiste. Mais surtout, et en plus, on y trouve le sens que Léo Ferré donne à son engagement - un anarchisme en forme de mode de vie, « plus qu’un idéal politique », une chanson ‘‘Les anarchistes’’ non destinée à devenir un hymne -, le poids de la censure dans sa trajectoire et le rôle de ses grandes rencontres, amoureuses et musicales, ou encore son mode de création.

Ce qui différencie grandement Ferré d’autres chanteurs de la même époque - Brassens, Brel, Ferrat… -, c’est son rapport à la poésie et le fait qu’en mettant en musique et en chant la poésie de Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Apollinaire et Aragon, il les fait connaitre au-delà des cercles hyper restreints des amateurs : « Léo Ferre rend à la poésie un service dont on calcule mal encore la portée, en mettant à disposition du nouveau lecteur, un lecteur d’oreille, la poésie doublée de la magie musicale », disait Aragon, qui poursuivait par ailleurs : « Léo Ferré me donne à rêver comme Eluard disait des peintres qu’ils donnent à voir. (…) Ceux qui tournent la clef d’or des jardin magiques, l’avenir ne les oubliera pas ». Pour Ferré, « Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie. Elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archer qui le touche ». Au total, pour Pascal Boniface, Ferré est érotique et sensuel quand Brassens est grivois et amusant, le premier attaque frontalement les pouvoirs quant le second s’en moque gentiment. Sans vouloir établir de podium, il faut reconnaitre le génie de celui qui échappe aux étiquettes et aux logiques de classement.

Léo Ferré – Toujours vivant, Pascal Boniface, La Découverte / Poche, 189 p., 9 €