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Relever la tête et construire l’alternative face à un pouvoir faible

La grève et les manifestations des 12 et 23 septembre seront les premiers moments forts d’une mobilisation qui devra être durable et sortir des sentiers battus des mouvements défensifs des dernières décennies.

Il existe deux manières de s’inscrire dans la période politique présente : se focaliser sur les échéances immédiates, comme y invite le cirque médiatique, avec le risque d’enregistrer des défaites qui, pour partie, sont conjoncturelles ; ou se mobiliser à la fois pour l’immédiat et pour l’avenir.

© Sébastien Bésot (http://besot.canalblog.com/)
© Sébastien Bésot (http://besot.canalblog.com/)

Démasquer l’imposture et la perversité du pouvoir

Il n’est pas tellement besoin de démontrer que les ordonnances Macron constituent une régression pour les salariés du privé. D’habitude, face aux projets de loi gouvernementaux, on discute surtout de chaque mesure proposée pour apprécier en quoi elle est néfaste, et le débat public se réduit souvent à ce seul objet. Or, cette fois, le pouvoir entend franchir un cap dans sa lutte idéologique : nous sommes invités à accepter l’idée globale que des mesures explicitement régressives pour les droits des salariés seraient positives pour la dynamique économique, l’entreprise et donc les salariés voire la société.

Pour cela, le pouvoir ne prend pas de gants. Il reprend entièrement à son compte les vieux poncifs du patronat, à savoir que le code du travail pénaliserait l’emploi, que faciliter les licenciements serait une bonne chose, qu’affaiblir les syndicats serait positif, que rogner sur les droits des salariés serait synonyme de croissance, etc. Sauf que beaucoup de ces idées ne vont pas de soi, voire sont carrément minoritaires dans la société. C’est ainsi qu’en voulant imposer crûment leur logique commune, le gouvernement et le patronat prennent le risque de réactiver la lutte des classes dont ils ont précédemment nié l’existence, les uns appelant à dépasser les vieux clichés, les autres se situant explicitement et à gauche et à droite. Dans les prochains mois, les prochaines années, ça passera, et dans ce cas nous serons bientôt une société à l’américaine, sans le modèle social que nous envie paraît-il le monde entier ; ou alors ça cassera, c’est-à-dire que la société française tournera la page de décennies à rogner les droits sociaux et s’attachera à relancer son modèle social ou, mieux, à le dépasser par le haut.

Pas seulement la défense… l’attaque !

Lancée par la CGT, rejointe par Solidaires, par certaines organisations de Force ouvrière, puis par la FSU, la journée du 12 septembre contre les ordonnances Macron sera un moment fort pour apprécier la disponibilité des salariés, du privé directement concerné et du secteur public, face aux Ordonnances Macron. Initiée par France insoumise, la mobilisation du 23 septembre pourrait amplifier le mouvement, dans un contexte où le pouvoir a prévu d’aller le plus vite possible. Mais surtout, l’enjeu est de placer le curseur de la mobilisation du côté de l’alternative politique (par exemple en portant l’exigence de passer aux 32 heures pour tous, afin de réduire le chômage et d’améliorer la vie du plus grand nombre).

Un débat traverse les organisations de la gauche dite d’alternative, car France insoumise n’a pas cherché, d’abord, à construire un appel unitaire et a pris seule l’initiative de la manifestation. Espérons que les querelles de clochers stériles et les règlements de compte sur les réseaux sociaux ne focaliseront pas toutes les énergies et que nous pourrons, dans les prochains jours, débattre autour de cette idée : pour ne pas échouer à la manière de la gauche à d’autres époques, l’alternative politique doit s’inscrire dans une dynamique de dépassement du capitalisme.

G.A.

L’exigence d’une séparation entre le Medef et l’État prend de plus en plus de sens, car la puissance publique n’est plus du tout envisagée comme pouvant garantir un certain niveau de protection des personnes. L’État et les politiques ne se cachent même plus derrière le masque de l’intérêt général - formule sacrée des discours politiques, qui gomme le fossé entre, d’une part, les principes constitutionnels et les textes de loi et, d’autre part, les réalités de la vie quotidienne. Au-delà des régressions prévues par les ordonnances, nous sommes bien devant une philosophie et un choix de société.

Résister ne suffit pas

Le président directeur général de la France et son principal collaborateur, Edouard Philippe, ont bien verrouillé leur affaire. Ils ont piégé les organisations syndicales, auxquelles sauf exceptions (la CGT et Solidaires… mais la situation à FO mérite d’être suivie de près) cela semble convenir. En procédant par Ordonnances, ils ont déjà gagné du temps et, vu la majorité dont ils disposent à l’Assemblée nationale, ils pensent pouvoir passer sans problème l’étape parlementaire. En début de mandat, ils entendent ainsi faire passer des lois impopulaires, ce qui dit bien le fond antidémocratique de leur parti pris : imposer à la société des réformes dont les enquêtes d’opinion montrent qu’une forte majorité de citoyens ne veut pas, en s’appuyant sur la légitimité acquise (par défaut) lors des scrutins électoraux.

C’est pourquoi le rapport de force à court terme est difficile pour ceux qui veulent défendre les droits sociaux. Ou plutôt la situation est complexe : dans la société, le rapport de force est plutôt à la critique des contenus des ordonnances Macron, alors que du côté des institutions Macron peut tout écraser. De fait, nous sommes face à une fuite en avant antidémocratique, alors même que contrairement aux apparences qu’il prétend se donner, le pouvoir est faible.

La perspective ne peut pas être seulement de résister par des manifestations ou des grèves ponctuelles. Elle suppose de faire dérailler le train des réformes néolibérales, et cela ne peut se passer que dans et à partir de la société.

Dès lors, non seulement l’enjeu n’est pas de faire un effort de conviction vis-à-vis du gouvernement, comme ont fait mine de le croire la CFDT et malheureusement FO, en misant sur la concertation, mais la perspective ne peut pas être non plus seulement de résister par des manifestations ou des grèves ponctuelles. Elle suppose de faire dérailler le train des réformes néolibérales, et comme cela ne peut pas se jouer au sein des institutions parlementaires, où le pouvoir est hégémonique, cela ne peut se passer que dans et à partir de la société. D’une manière ou d’une autre, il faudra une situation de crise ou une interruption de la normalité institutionnelle pour qu’il y ait rupture avec les politiques scélérates… à moins bien sûr d’attendre la fin du quinquennat Macron et ses destructions massives.

Mettre l’alternative au centre

À partir des constats qui précèdent, on peut tirer quelques fils. Sur la nature de l’action syndicale : elle ne peut être entièrement centrée sur la besogne quotidienne (la résistance aux mauvais coups et à la loi du moment, le combat contre les cinq ordonnances pour obtenir quelques concessions). Elle doit aussi se préoccuper de contribuer à la lutte idéologique, s’intéresser à la question de l’alternative (au lieu d’être de fait aux abonnés absents à ce propos… depuis des décennies) et s’inscrire sur le temps long. Sur la légitimité d’initiatives politiques fortes : non seulement il est nécessaire que les forces politiques de la gauche d’alternative soient parties prenantes des mobilisations, mais elles ont un rôle clef pour mobiliser la société en portant une autre conception de la société et une alternative politique. C’est pourquoi l’initiative de la France insoumise du 23 septembre est non seulement positive mais déterminante.