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Le jour d'après

Jean-Luc Mélenchon est en passe de réussir son pari, occuper l'espace béant laissé par un Parti socialiste empêtré dans ses contradictions, divisé entre partisans de la sociale-démocratie d'un côté et du social-libéralisme version autoritaire ou non de l'autre, et dont l'expérience gouvernementale de 2012 à 2017 a laissé un goût amer à nombre d'électeurs de François Hollande.

Revanche suprême, il peut aujourd'hui bénéficier du vote utile, celui-là même qu'on nous a rabâché à chaque élection pour soutenir le candidat le plus proche du pouvoir.

Mais de quel pari s'agit-il ?

Rassembler autour d'un candidat, un mouvement chargé de faire sa campagne. La France insoumise aujourd'hui repose plus sur l'identification à un homme, certes tribun extrêmement brillant, qu'à la construction collective du programme et des livrets dont Cerises de la semaine dernière nous a conseillé la lecture. Les militants de la France insoumise sont invités à faire la campagne, à convaincre et à gagner des voix pour faire la révolution par les urnes.

Or aucun changement profond ne s'est fait par les urnes. Nous devons les grandes conquêtes sociales à celles et ceux qui se sont soulevés pour les arracher aux forces dominantes, à celles et ceux qui se sont émancipés de la tutelle de celles-ci.

Il est certes utile de faire la critique des partis politiques et de ne pas vouloir reproduire les cartels d'organisation. Mais remarquons que cette critique sert à justifier le fait de ne voir qu'une seule tête et à ignorer les critiques qui peuvent émerger sur telle ou telle position ou posture du candidat, à mépriser les mouvements ou organisations qui souhaitent prendre leur part à la campagne. À un jeune camarade de la France insoumise qui refusait de diffuser un tract commun et qui nous reprochait de vouloir participer à la campagne dans la dernière période alors que depuis un an, ils la préparent, faisant de celle-ci leur chasse gardée, nous lui faisions remarquer qu'un an plus tôt nous participions activement au mouvement contre la loi travail, qui a obligé le gouvernement à utiliser le 49-3 et creusé de manière abyssale la crise du Parti socialiste.

Il ne suffit pas de se déclarer hors parti pour promouvoir une attitude non délégataire. Il y a dans le pays une attente d'autre chose que ce que nous avons vécu depuis ces trente dernières années. Les intentions de vote JLM quelque part sont significatives de cette attente.

Alors votons Mélenchon mais ne perdons pas notre sens critique, ne déléguons pas à un seul homme le pouvoir de décider, et d'agir. Quel que soit le résultat du 23 avril et du 7 mai, nous aurons besoin que de plus en plus de femmes et d'hommes s'émancipent et se considèrent comme étant la solution pour dépasser le capitalisme, sans attendre la conquête du pouvoir par les urnes.