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Hommage

Communisme, une idée neuve qui vient de loin

Participant au séminaire Communisme, animé par l’Association des communistes unitaires, Claire Kirkyacharian nous fait partager l’itinéraire citoyen d’un homme, son père, maintenant décédé. Ce texte pourrait aussi s’intituler "Ces migrants, notre richesse".

Jean-Jacques Kirkyacharian
Jean-Jacques Kirkyacharian
Certain-e-s d’entre vous l’ont peut être rencontré au cours de sa longue vie de résistance, d’autres pas, mais son parcours est particulièrement instructif et énergisant comme les boissons de sportifs, pour qui ne renonce pas, c’est pourquoi j’ai envie d’écrire ce petit texte d’hommage pour lui.

Né en 1927 de parents réfugiés d’Arménie - passons sur l’horreur absolue qu’ont vécu ceux-ci pendant le génocide et l’exil - cette horreur, parcimonieusement racontée, et totalement intériorisée chez les enfants que nous étions sous forme de cauchemar, de vraie peur des gendarmes, de vrais sursauts contre les humiliations vues dans la rue, revécues sans cesse devant les images de naufrages ou de marches interminables…

Il a eu un parcours d’enfant sage, timide et bon élève, comme les enfants de la classe ouvrière qui sont obligés de "rattraper" au nom des parents. Dès la classe de sixième il s’est forgé petit à petit, au contact d’un enfant juif polonais de sa classe, et d’un autre enfant réfugié d’Allemagne et orphelin de mère, une vraie conscience de l’injustice, du racisme et de la nécessité de s’engager sur le chemin de la liberté.

Devenu communiste, professeur de philo et père de famille, il a fait comme tous les militants, vendu le journal, tracté et affiché, manifesté, animé des réunions de sympathisants, fait des adhésions, tenu des stands… Mais il a fait plus : il a transmis la philosophie de façon critique en cours du soir à l’Université nouvelle de Grenoble, il a amusé et instruit des générations de jeunes lycéens et de classes prépa en leur demandant de réfléchir et non de répéter comme des perroquets, il a syndiqué des profs, il a légitimé le métier de transmettre, soutenu des collègues paumés qui subissaient le métier ou les caprices de l’administration, il a évidemment soutenu des sans papiers ici et des sans droits ailleurs.

Responsable du Snes, puis responsable du Mrap, tous ses engagements se tenaient : derrière, il y avait la figure des parents arrachés de tout, et l’idée que leur histoire avait une explication, leur sort des raisons sociales, économiques et politiques, et que rien de cela n’était fatal.

Au moment des rénovateurs ou un peu plus tard, le Parti a oublié de lui renvoyer sa carte, il a été quitté par le Parti, mais dans le fond, malgré le maximum de conneries sectaires qu’il connaissait, côtoyait, critiquait, lui n’a jamais quitté sa position de communiste.

Au cours des dernières années, il s’est beaucoup intéressé au travail de B. Cyrulnik. Celui-ci décrivait la transformation du trauma en force de vie dans sa clinique, Jean-Jacques a certainement été intéressé à la transformation du trauma en action.

C’est cette part là qui est intéressante pour qui veut continuer à prospecter un communisme du XXIe siècle, car c’est le chemin de la liberté, de l’émancipation, du libre arbitre éclairé par l’histoire.