Qui sommes-nous ? Charte du site Participer S'abonner Soutenir Liens

Appel

Horizons d'émancipation

La 4 de couv'

Note d'actualité

Sur le plateau

Rubriques

Altercommunisme

SE FÉDÉRER POUR L'ÉMANCIPATION

Altercommunistes

Séquences

Cerises

Sélection

Imprimer cet article

Idées / Guignolet-Kirsch

C comme Climat (politique du)

De tout temps ou presque, les hommes ont pensé que le climat conditionnait leur vie. Déjà, chez Aristote : « Les peuplades des régions froides, c’est-à-dire de l’Europe, sont pleines de cœur ; mais sont plutôt dépourvues d’intelligence et d’habilité... Celles d’Asie, par contre, ont l’âme intelligente et habile, mais sont sans courage… ». Et il conclut (comme on pourrait s’en douter) : « La race des Hellènes, comme elle occupe une région intermédiaire, partage certains caractères avec les deux groupes précédents. Elle est en effet à la fois pleine de cœur et intelligente. »1

D’Ibn Khaldoun (XIVe siècle) à Montesquieu (XVIIIe), en passant par Jean Bodin (XVIe), il ne manqua pas de penseurs pour élaborer cette théorie des climats.

Byron ironise au sujet de ces idées reçues :
« Heureuses les nations du chaste Nord
Où tout est vertu et où l’hiver
Envoie le péché grelotter tout nu dehors »2

C’est au XIXe siècle, avec l’apparition de la pensée économique et sociale, et surtout à partir du marxisme, que ce déterminisme climatique obligatoirement primaire (et qui conduit aisément au racisme) a pu être dépassé.

Reste qu’une pensée matérialiste ne peut se désintéresser des conditions climatiques de la vie sociale. Le spectre du réchauffement climatique nous contraint à penser le climat en termes politiques.

Nous savons maintenant que certaines conditions climatiques ont permis l’apparition de la vie. Et que la vie en retour a contribué à modifier le climat, dès l’apparition des bactéries et des algues bleues qui absorbent du carbone et produisent de l’oxygène.

(À l’origine, la composition chimique des atmosphères de Mars, Vénus et la Terre était semble-t-il à peu près la même… ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui et serait en grande partie imputable au développement de la vie).

Mais les causes principales des modifications du climat sont astronomiques. Elles tiendraient non seulement à l’activité solaire, mais aussi à l’excentricité variable de l’orbite terrestre par rapport au soleil, ou à l’obliquité de l’axe de rotation de la Terre qui obéissent à des cycles de longue durée.

Nous serions ainsi dans une période interglaciaire (d’environ 100 000 ans). Et c’est dans cet espace que s’inscrit la perspective du réchauffement de la Terre.

Dans le passé, de grandes modifications du climat ont sans doute été à l’origine de la disparition de certaines espèces. Même si les causes de ce bouleversement (peut-être dû à la chute d’une grande météorite) restent discutées, il semble que la fin des dinosaures (qui ont régné 185 millions d’années) soit consécutive à un changement du climat.

A contrario, le développement des hominiens doit aussi beaucoup au climat, suite au remplacement de la forêt par la savane, ce qui a poussé à la posture verticale.

L’apparition de l’agriculture en Mésopotamie serait aussi liée à un réchauffement.

Mais ce qui tempère ce déterminisme, c’est la capacité d’adaptation de la vie et notamment de l’espèce humaine qui peut s’acclimater à des conditions extrêmes.

C’est par exemple dans la période de glaciation du Würm que s’est développée la civilisation magdalénienne et son art pariétal exceptionnel (entre 17 000 et 10 000 ans avant le présent).

Aujourd’hui, l’effet de l’activité humaine sur le réchauffement semble largement admis (même s’il est difficile de savoir dans quelle mesure). Pour certains, nous serions même entrés (depuis l’invention de la machine à vapeur) dans une nouvelle ère : l’anthropocène3, qui se caractériserait par le fait que l’homme est devenu un facteur majeur de modification de la géologie et de la biosphère.

Une prise de conscience écologique se fait jour. Y a contribué le développement d’une écologie scientifique qui consiste à regarder la Terre comme un ensemble de processus qui interagissent. Et cela influence le sens commun… Dans la foulée de la théorie Gaïa de James Lovelock, dans les années 60, s’est développée la métaphore communément partagée de la Terre vue comme un gigantesque être vivant. À partir de cette métaphore, scientifiquement approximative mais idéologiquement efficace, l’humanité peut être perçue comme un parasite et une menace pour la Terre, ou comme faisant partie de son système immunitaire.

On voit les dérives religieuses à quoi peut conduire une deep ecology qui veut réduire l’empreinte humaine sur la Terre. Lovelock lui-même n’est pas sans ambiguïtés. Mais il s’était prononcé pour un progrès maîtrisé, en faveur par exemple du nucléaire dont il dit qu’il est l’énergie la moins polluante, en termes d’effets de serre. Il fondait même des espoirs dans la perspective de la fusion thermonucléaire, comme Kouznetsov4 (et d’autres scientifiques soviétiques)… avant Tchernobyl…

Aujourd’hui, l’une des tâches les plus urgentes des marxistes serait non pas de suivre le mouvement de l’écologie dominante mais de réfléchir à ce que peut être une écologie progressiste, dans la perspective de l’écosocialisme.

L’écologie est en effet pour l’instant non pas une doctrine mais un chantier de réflexions et un terrain de débats. Il y aurait par exemple à discuter sérieusement des thèses de la décroissance qui semblent faire l’impasse sur l’impératif du développement économique que suppose le développement humain, dans le contexte (sur lequel il faudra revenir) de l’explosion démographique de la planète.

La solution préconisée par les dirigeants du monde capitaliste, c’est le "capitalisme vert". Après avoir marchandisé la terre, ils ont entrepris de marchandiser l’atmosphère, à travers notamment le marché des droits à polluer. Cela risque non pas de résoudre le problème mais de l’aggraver, comme le montre l’incapacité à mettre en œuvre les bonnes résolutions de Kyoto.

De la Russie à la Chine, le socialisme réel, dira-t-on, n’a pas fait mieux. Sans doute. Ces sociétés, prises dans leur impératif de rattrapage du capitalisme, sont restées dominées par son modèle et (malgré la planification) par un certain "court termisme".

Trop souvent, la menace climatique alimente une "bien pensance" qui fait dépendre le destin de la planète de modifications du comportement individuel et relèvent le plus souvent du gadget.

Selon Arthus Bertrand, par exemple, la solution serait d’arrêter de manger de la viande !

(Car l’élevage serait responsable de 20 % des rejets de CO… L’industrie et les transports l’étant de 50 %). En fait, ces discours culpabilisent l’individu mais déresponsabilisent le citoyen dans la mesure où ils font l’impasse sur la politique. Comment peut-on réussir la transition écologique sans s’attaquer par exemple aux milliards aujourd’hui stérilisés par la finance ?

Les rapports du GIEC, que beaucoup jugent sérieux, font apparaitre qu’il sera difficile de limiter l’augmentation de la température à 2° d’ici la fin du siècle.

Peut-être est-il déjà trop tard pour juguler les effets du dérèglement climatique car il faut compter avec l’inertie des phénomènes terrestres. Même de bonnes décisions mises en œuvre maintenant mettraient plus d’un siècle à produire leurs effets…

En attendant, les problèmes risquent de devenir urgents. La pénurie d’eau risque de s’accentuer dans les régions sèches. En même temps, sur une planète où 80 % de la population vit près des côtes, du fait de la fonte des pôles et de l’augmentation du niveau des mers, il faudra faire face au problème des réfugiés climatiques… De plus, la raréfaction des énergies fossiles impose un changement du mode de production. Comme le dit Pascal Acot, « Il serait illusoire de prétendre changer les rapports destructeurs des hommes à la biosphère sans changer dans le même mouvement les rapports destructeurs des êtres humains entre eux : c’est une écologie de la libération humaine qui reste à édifier. »5

1. Aristote, Les Politiques, L. VII, chap. 7, trad. Pierre Pellegrin, Flammarion, 1990.

2. Don Juan, Trad. F. Combes.

3. Notion développée par Paul Crutzen, Prix Nobel, et admise par la Geological Society de Londres.

4. Kouznetsov, La science en l’an 2000, Mezhdounarodnaïa Kniga, 1969, Marabout université, 1972.

5. Pascal Acot : Histoire du climat, Perrin 2003,2004. Pascal Acot est historien des sciences. Il a aussi publié une Histoire de l’écologie.