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Hommage

Bernard Calabuig : un altercommuniste s'en va

Cerises suite à l'hommage rendu à Bernard Calabuig avec, en première partie, le texte de deux membres de l'Association des communistes unitaires. Nombreux sont ceux qui ont témoigné des apports humains et politiques de notre camarade ; voici quelques nouveaux textes en deuxième partie.

L’Association des communistes Unitaires, la FASE, Ensemble, l’OMOS viennent, chacun, de perdre un de leurs fondateurs, car Bernard Calabuig après avoir été l'un des responsables nationaux de la Jeunesse Communiste, responsable du PCF dans le Val d’Oise puis à la direction nationale du PCF, a été de tous ces cheminements. Il est mort, entouré de sa famille, de ses amis de longue mais aussi de fraîche date. Il est resté lucide et alerte jusqu’au bout, évoquant nos combats jusqu’au dernier jour, multipliant des remarques innovantes. Bernard : frère-courage.

Dans le Val d'Oise
Dans le Val d'Oise

Ceux qui l’ont bien connu associent Bernard à une ironie d’autant plus redoutable qu’elle se produisait toujours sur ce ton doux qui caractérisait sa voix. Il savait montrer les non-sens qu’un raisonnement pouvait recéler. Là, son ironie était impitoyable.

Militant alerte, ouvert aux autres, cherchant toujours à comprendre ce qui pouvait rester dans l’ombre, sa vie s’est identifiée à ce que lui-même appelait dans son dernier livre : Un itinéraire communiste. Du PCF à l’altercommunisme.

Il est à l’image de cette génération qui, après 68, a pensé que la transformation révolutionnaire de la société allait être son œuvre. Et il a puissamment contribué à des combats qui ont marqué, comme celui pour la libération de Nelson Mandela et pour l’abolition de l’Apartheid en Afrique du sud, avec la JC. Des liens très profonds se sont alors soudés autour de cet idéal ; liens qui durent encore… On peut toujours gloser sur ce qui a suivi et les avatars du communisme, mais Bernard était de ceux qui n’ont pas renoncé. Il avait le choix : soit s’esquiver du combat sur la pointe des pieds, soit accepter une rente de situation en gérant une fin de carrière, soit affronter les racines de ses convictions pour ne pas à avoir les abandonner. Il a choisi délibérément la voie qui lui semblait la seule - il disait lui-même qu’en fait, il n’avait pas eu d’autre choix au risque de se renier - fût-elle, cette voie, la plus ardue mais aussi la plus stimulante et, pensons-nous, la plus féconde. Il pensait qu’abandonner le mot de communisme aurait déjà été l’annonce que la société n’était plus transformable.

Maçon à 15 ans, l’engagement lui a permis, non pas une ascension sociale, cela lui était étranger, mais une extension de sa personnalité : il venait juste de terminer son dernier livre et il avait auparavant travaillé avec un réseau sur ce que devait devenir l’École, lui qui y avait été si peu de temps; de même, il avait été co-fondateur de l’OMOS (laboratoire de recherche en politique) ; il avait amorcé avec la précédente équipe municipale d’Aubagne un projet d’université populaire ; il s’était fait le champion de la gratuité des transports et, au-delà, des services publics comme élément d’un processus de développement de communisme ; il avait aussi été l’artisan d’un formidable rassemblement pour la défense et le développement de l’hôpital ; il prônait inlassablement la nécessité de dégager la politique de l’enfermement dans l’institutionnel où les traditions l’ont enfermé. Ainsi Bernard se jetait à corps perdu dans l’exploration de nouveaux concepts : une autre démocratie qui ne soit pas confisquée par l’État, des rapports de chacun à la politique, qui ne soient pas réservés à une "élite", ni enfermés dans l’électoralisme, les logiques de partis et la délégation de pouvoir ; comment s’émanciper des rapports salariaux en reconnaissant la richesse sociale produite par des pratiques jugées actuellement hors travail. Son dernier acte aux Communistes unitaires a été de nous pousser à rédiger un nouveau Manifeste du Communisme. Un des apports du communisme en acte a été de permettre que nombre d’ouvriers, d’employés voient leur personnalité s’étendre à l’activité de responsables politiques, d’élus, de gestionnaires faisant démontrant que le pouvoir de faire vivre une société pouvait reposer sur tous les citoyens.

Se détacher de l’appareil du Parti communiste n’avait pas été pour lui un choix facile, c’était le moyen d’avoir l’esprit libre, de ne pas renoncer à nos idéaux et de les revitaliser, mais c’était aussi quitter des camarades.

B. Calabuig (au centre) participe en 2010 à la conférence de presse Nouveau départ.
B. Calabuig (au centre) participe en 2010 à la conférence de presse Nouveau départ.

Qu’allons-nous transmettre aux suivants ? C’était chez lui, un vrai souci, il évoquait le legs que lui avait transmis son père avec l’esprit de la Résistance. Et, nous disait-il, nous qui avons bénéficié des victoires de nos aînés, allons-nous transmettre seulement de l’échec ou déjà du renouveau et des perspectives d’avenir ?

Combien de fois l’avons-nous entendu pester contre la poursuite des habitudes qui n’ont apporté rien d’autre que de l’échec. Pour lui, le communisme, c’est le mouvement des gens du commun qui veulent maîtriser leur sort. Nous continuerons de porter cette conception.

Bernard a été grandement présent parmi nous.

Salut à toi, Bernard.

Bruno Bessière, Pierre Zarka

Témoignages

Jacques Perreux, conseiller général du Val d'Oise : Bernard Calabuig, notre copain, nous a quitté ces jours-ci en prenant soin des siens et de ses amis.

Bernard était un roc.

Dans les années 80, 90 où la JC était un mouvement de jeunesse puissamment implanté dans des centaines de lycées et quartiers, Bernard en était le grand intendant. D’une solidité et d'une rigueur exceptionnelle, il semblait à beaucoup inébranlable. Et pourtant, il était le contraire d’un être borné et obtus. Dans cette période où nous vibrions pour Mandela ou contre la précarité, inventions des initiatives dont le fil rouge était le rassemblement, il avait une vivacité et une rapidité étonnante à capter et intégrer le nouveau dans son système de valeurs et de convictions. Bien des années plus tard, dans les années 2010, la fidélité à ses idées d'un communisme pour lui nécessairement synonyme d'ouverture et d'esprit de rassemblement l'entraîna à quitter lentement son parti.

Souvent, il me sidérait. J'étais alors le secrétaire général de la JC, nous nous voyions 10 à 20 fois par jour. Il était pour moi profondément rassurant et m'autorisait, nous autorisait, les projets les plus décalés et parfois les plus farfelus : l'occupation du magasin Fauchon, la soupe populaire chez Maxim's, les occupations de l’ambassade d'Afrique du Sud, l'interruption de l'inauguration de Disneyland...

Et puis, il me scotchait, lorsqu’on lui demandait d’écrire un article pour les Cahiers du communisme. Là où il nous fallait 10 jours pour rendre une copie de 15 feuillets, lui arrivait le lendemain matin avec l'article tout écrit. Et, directement dans la langue des dits cahiers !

Bernard était un tendre.

Il débordait de gentillesse. Il devait avoir la fraternité innée. Même dans des missions parfois inextricables, de ce qu'on appellerait aujourd'hui la gestion des ressources humaines, il n'essayait jamais de dominer l'autre. Une négociation avec lui ne se terminait pas par un vainqueur et un vaincu. C'était nos belles années de la JC, où malgré nos erreurs, nos cécités et aveuglements nous pensions que le communisme était le combat contre les injustices bien sûr, mais peut-être, surtout, le bien commun et la fraternité humaine. Et la JC, c'était sans doute d'abord et avant tout cela.

Bernard était un sourire.

Il n'était pas d'abord farceur et blagueur, mais il était très bon public et ajoutait sa malice. Malgré ses lourdes responsabilités et son attention à veiller au sérieux de l'organisation, il partageait pleinement nos franches rigolades et déconnades. Il avait comme un sourire qui vient de l'intérieur qui disait sa gentillesse et son espièglerie...

Quelques jours avant de nous quitter, il m’a dit combien il était fier d'avoir été notre ami et puis il a ajouté : «|Tu sais, je n'ai pas peur. C'est vrai que c'est trop court et injuste, mais il vaut mieux mourir à 57 ans après une belle vie qu'à 77 ans après une vie de merde .» Cette belle vie était celle de son engagement mais également celle de cette grande et belle famille qu’il a construite, tissée, rassemblée.

Bernard est parti après avoir veillé dans les moindres détails à l'organisation de son départ. Puis il s’est endormi entouré de Viviane, de ses enfants, de sa sœur et son frère, en écoutant la chanson de Jean Ferrat : "C'est un joli nom camarade".

Armelle Tanvez, Laurence Léger : Bernard : un humain debout. Nous sommes infiniment touchées par le départ de Bernard. Peut-être d'abord parce que pour nous, c'était une personne qui ne pouvait pas partir, une fidélité au genre humain. Et c'est peut-être, sans doute, cela qui nous touche le plus, cette fidélité. Homme discret, toujours là, attentif sans en faire des tonnes, à l'abri des modes et du "qu'en dira-t-on". Une, des convictions chevillées au corps. Attentif aux camarades "montés" de province. Pour nous, qui avons eu d'autres chemins de traverses - se croisant toujours - depuis nos années de militantisme commun, c'était un des "pères" de la JC. Bernard, ce sont nos plus belles années, celles de l'enthousiasme, celle du désir, celle de l'engagement, celles de l'envie de se dépasser, du besoin d'être ensemble, celles de l'impossible rendu possible, celles des dépassements de soi-même et du collectif, celles du demain peut-être meilleur, celles de derrière nous aussi. C'est cela que nous pleurons doucement aujourd'hui et qui nous revient, quand nous regardons le regard de Bernard. Chacun a en mémoire un dernier échange. Pour moi, Armelle, c'était une discussion autour des parcours individuels, de Freud et de Marx, une discussion jamais envisagée 10 ans plus tôt. Un en-commun. Pour moi, Laurence, c'était Calab... Celui, pour la militante inexpérimentée que j'étais, qui débrouillait l'insolvable de telle ou telle action, trouvait des solutions à nos problèmes concrets. Bien souvent, il nous aidait à prendre du recul dans le feu de l'action, était solidaire et compréhensif... Je le revois, la gitane à la main dans les bureaux du siège de la JC, toujours disponible, à l'écoute. Il va manquer, et c'est un peu de nous-même qui part avec lui.

Alors Bernard, à notre prochaine rencontre, nous lèverons le verre de l'amitié - essentielle - en pensant chaudement et fraternellement à ces temps-là. Demain sera différent, un autrement. Et après-demain encore plus. Mais nos échanges auront aussi construit ces demains et après-demain là. Merci à toi.

Marie-Claire Culie : J'apprends, avec beaucoup, le décès de Bernard avec qui j ai siégé de longues années au bureau national du PCF.

C'était un être humain exceptionnel avec qui j ai beaucoup discuté et qui m'a fait comprendre la nécessaire évolution du PCF et du rassemblement sans compromission.

Je me souviens particulièrement d'un très long débat que nous avions eu autour d un magret sur le stand du Tarn à la fête de l'Huma où il m'avait longuement expliqué que le PCF n'aurait pas d'avenir s'il ne changeait pas ses alliances, s'il ne faisait pas partie du rassemblement indispensable avec toutes celles et ceux qui étaient d 'accord pour un rassemblement permettant de dépasser le capitalisme.

Et de m'annoncer qu'il allait, quelques semaines après, démissionner du PCF, de ses responsabilités pour rejoindre ses camarades pour l'expérience d'Aubagne. Très courageux car il a dû quitter son emploi de fonctionnaire dans le Val d'Oise malgré ses 4 enfants à charge.

C'était lui d'aller jusqu'au bout de ses idées quoi qu'il lui en coûte.

C'est aussi un peu un Tarnais que nous perdons puisqu'il avait acheté une maison qu'il retapait dans la campagne mazamétaine.

Et je voudrais finir cet hommage à Bernard en rappelant son travail comme responsable du secteur école a l'exécutif national. Il avait écrit en rassemblant très large pour ce travail un projet pour une nouvelle éducation nationale qui a fait écrire au journal le Monde que seul le PCF avait un projet en ce domaine qui tenait la route, lors de l'élection présidentielle de 2007.

Un ami qui a marqué mon évolution politique de son empreinte et que je n'oublierai pas. Il va manquer beaucoup pour l'avancée de la réflexion et des idées pour la construction de l'alternative.

Les Alternatifs des Bouches-du-Rhône : Nous avons appris avec une grande tristesse la mort de Bernard Calabuig, des Communistes unitaires (d'Aubagne), avec qui nous avons passé pas mal de temps ces dernières années, à la Fase et dans toutes les luttes.

Nous avons vécu avec Bernard des relations militantes, d'échange, de respect, d'écoute et de confiance, avec beaucoup d'humilité.

Plusieurs d'entre nous espéraient pouvoir parler de son livre avec lui.

Bernard avait le souci de mettre l'éducation des jeunes comme une priorité.
Une éducation nationale qui permette aux jeunes d'être acteurs de leur vie.
Une éducation nationale qui leur permette d'avoir une réflexion par eux-mêmes par la recherche et l’expérience.

En cela, il nous semblait très proche de nous, les Alternatifs, et de l'autogestion comme but et chemin.

Bernard était respectueux des avis différents et recherchait le moyen d'avancer ensemble.

Pour tout cela nous l'avons apprécié.

Nos pensées vont à sa famille, ses proches, ses amis et camarades.