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Bernard Calabuig : un altercommuniste s'en va

L’équipe de Cerises a le cœur gros. Bernard Calabuig nous a quittés le 10 février. Ses obsèques auront lieu ce samedi 14 février à Aubagne. Nos fraternelles pensées vont à sa compagne Viviane et à ses enfants. En hommage, ici et sur le site des communistes unitaires, les premières paroles de celles et ceux qui l'on rencontré.

Pierre Zarka : Bernard Calabuig est mort ce matin. Pour beaucoup d'entre nous, il est un des fondateurs et animateurs de l'Association des communistes unitaires, après avoir contribué aux tentatives de renouvellement du Parti communiste. Pour d'autres, il est aussi le responsable de la JC.
Pour moi, un ami depuis 1975. Une grande complicité s'était établie.
Il est mort comme il l'entendait, avant que la maladie ne le dégrade. Il disait encore il y a deux jours qu'ouvrier maçon, le militantisme lui avait permis de faire qq chose d'exceptionnel de sa vie ; qu'« il valait mieux mourir à 57 ans, après avoir vécu ce qu'il avait vécu, plutôt qu'à 77 sans avoir rien fait de soi. » Aussi dur soit-il de le dire, il a raison.
J'ai une peine immense et un profond respect pour son courage, sa gentillesse, son esprit toujours en alerte : jusqu'au dernier moment nous parlions de l'ACU, d'Ensemble ! et ce qu'il faudrait pour faire face à la crise politique. Toujours discret, souvent ironique, il poussait toujours à réfléchir davantage.
Comme celles et ceux qui l'ont connu et ont partagé tant de choses avec lui, j'ai mal.
Je pense à sa famille, Viviane, ses enfants, qui étaient autour de lui.
Salut Bernard, chapo Bernard !

Louis Aminot : Bernard. Décidément, la vie ne se lassera jamais de nous imposer ses insupportables goujateries. La disparition prématurée de Bernard affectera assurément bien au-delà des rangs des "communistes de l'avenir". Bernard était un type bien. Un homme capable de s'expliquer clairement. A force de travail, il s'était hissé au rang méritoire de l'ouvrier-penseur. Je me sens honoré par sa trajectoire. Nous nous connaissions peu. Nos écarts d'âge et géographique y sont pour quelque chose. Nous avons échangé, pour la dernière fois, à propos de son livre, Un itinéraire communiste. Je lui ai dit mon contentement devant la qualité de son ouvrage, Bernard m'a alors encouragé à persévérer et à écrire "un bout de notre histoire". A sa famille, à vous qui étiez ses amis, je vous assure de ma tristesse et de ma solidarité. Bernard vivra dans nos coeurs et combats.

Clémentine Autain : Je suis abasourdie par la nouvelle, éminemment triste. J'avais l'habitude de militer et discuter avec Bernard depuis de nombreuses années. Je l'appréciais, humainement et intellectuellement.Je pense à ses plus proches.Et à nous tous. Il manquera.

Bruno Bessière : Bernard était un ami avec lequel s'était nouée une complicité sans cesse plus forte.
Je l'ai connu au début des années 80, à la JC. (…) durant les 11 années que j'ai passé dans les instances nationales de la JC et de l'UEC, j'avais déjà pu mesurer ses qualités politiques et humaines.
Quel que soit l'avis que lui-même a pu porter sur certaines de ses prises de position passées, il se posait beaucoup de questions et ne s'exprimait que de manière très argumentée, après avoir réfléchi et travaillé. Il était de ceux qui osait ne pas répondre tout de suite quand il était confronté à une question nouvelle, à une réalité qui ne collait pas avec "la ligne politique" du moment. Il pouvait dire "je vais y réfléchir, on en reparlera" (et on reparlait effectivement). Et ce n'était pas rien, à l'époque, de la part d'un responsable de son envergure. (...)
Bernard n'a jamais été de ceux qui ont renoncé à l'ambition communiste d'émancipation humaine.
Par contre, nulle ambition personnelle chez lui, mais une recherche acharnée des voies pour avancer dans le sens de cette émancipation, avec un dévouement extraordinaire (comme il le dit dans son dernier livre : « Toujours "candidat à rien et volontaire à tout" »).
Bernard n'était pas de ceux qui disaient une chose et faisaient le contraire. Il était pleinement lui-même dans tout ce qu'il faisait.
La suite de son parcours est en cohérence avec tout cela.(…) nous nous sommes retrouvés à la section de Bezons et au Conseil départemental du PCF du Val d'Oise, dont il était le secrétaire fédéral. Ce fut une période de bataille politique passionnante mais parfois dure(...).;Nous avions pu nous réjouir ensemble de la victoire du non au référendum sur le Traité constitutionnel européen, nous désoler que le mouvement multiforme créé durant cette campagne n'ait pas été poursuivi, nous battre pour créer et faire vivre (avec succès) des collectifs unitaires antilibéraux et pour des candidatures communes aux présidentielle et législatives (avec l'échec que l'on sait), etc.

Il y avait, au sein de cette fédération, un débat pluraliste qui était souvent d'une grande qualité et Bernard y était pour beaucoup.(...)

(…) Impossible de parler de tout, tellement sa vie a été riche. Et il l'a fait bien mieux que je ne pourrais le faire, dans son dernier livre Un itinéraire communiste, du PCF à l'altercommunisme.
Cet ouvrage est, à la fois, un examen critique de son parcours et de l'histoire du communisme - d'une sincérité et d'une honnêteté qui lui ressemblent complètement - et une réflexion synthétique, claire et percutante sur le combat à mener et les perspectives d'émancipation.
(...)
J'ai le cœur lacéré et le sentiment d'une perte immense, mais il me reste le bonheur de l'avoir connu et d'avoir pu partager tant de choses avec lui, il me reste mille souvenirs et tout ce qu'il nous a légué, il me reste la certitude qu'il n'aurait rien attendu de mieux de nous que nous continuions son combat, notre combat commun.

François Coustal : Je ne connaissais pas vraiment Bernard Calabuig, mais j'ai eu l'occasion de le rencontrer en août dernier, à Pau, lors de la première université d'été d'Ensemble !
Nous y avons partagé - avec Bernard Ravenel - la "tribune" d'un atelier sur "la période 1968 - 1981", dans le cadre d'un cycle à "la gauche face au pouvoir".
Plus précisément, cela fut l'occasion de rappeler comment nos différents courants politiques de l'époque - le PCF pour Bernard Calabuig, le PSU pour Bernard Ravenel, la "Ligue" en ce qui me concerne - avaient abordé cette période.
Ce que nous avions pensé et défendu à l'époque.
Et, sans doute plus important, de confronter ce que nous en pensions maintenant, plus de quarante ans plus tard !
Avec, je crois, beaucoup de respect, d'écoute réciproque.
Et, naturellement, une certaine dose d'ironie et d'auto-ironie, de la part de chacun de nous. Le moins que l'on puisse dire est que Bernard Calabuig n'en n'était pas avare...
Quelque chose comme l'amorce d'un dialogue... trop tôt interrompu.
Tristesse, donc.

Catherine Destom-Bottin : j'ai peu connu Bernard, si ce n'est dans l'ACU et dans son livre, mais c'est un souvenir qui, à plusieurs reprises a marqué  ma vie de jeune communiste, que je voudrais évoquer. Lors des congrès ou des grandes assemblées de la JC, lorsque les étudiants de l'UEC, pour débattre entre nous des questions qui nous étaient spécifiques, nous quittions  la salle pléniére, nous nous levions des travées, accompagnés d'un choeur puissant, unanime rageur qui scandait : "L'UEC à l'USINE !" Cela me violentait. Je ne sais plus pourquoi ni comment mais je garde le souvenir, lui précis, que les mots, à la tribune, de "l'ouvrier Bernard Calabuig" ainsi qu'on le présentait, me réparaient de cette  brutalité.

Serge Grossvak : J'ai la gorge serrée... Et moi qui ne l'ai pas appelé parce que comme toujours je remets à demain... Quand même, quelle connerie cette nouvelle !

C'est à la Fédé du 95 que je l'ai connu, secrétaire. Et il fallait le faire, dans ce département de Robert Hue ! Il fallait le tenir ce bateau tiré de partout tout en tenant l'essentiel : ouvrir le parti « seule chance qu'il se renouvelle, se remette en question », être ouvert sur le département lorsque sur le pays les portes se fermaient, sans que tout l'édifice éclate... Et je n'y ai pas tenu la place que j'aurais dû, j'avais l'intention de lui dire n'avoir compris que trop tard...
Voila, c'était un homme affectueux comme un cauchoix, malgré ses origines : tout intériorisé, et ça m'allait bien mais d'autres parleront mieux que moi de la tendresse de Bernard. Si quelque chose est à préserver de cet homme,  et à poursuivre, c'est son sens politique. L'action politique, le souci de l'engagement du peuple (là, je soupçonne sa racine du Sud-Ouest), la mise en musique de la réflexion théorique.
Bernard, là, tu me fais le coeur gros !

Anne Jollet : Cher Bernard… Terrible nouvelle. On s’éloigne et je ne savais pas. Mais je partage les mots de Pierre. Moins proche mais très peinée aussi. Un si chouette communiste, comme on les voudrait tous. Simple et soucieux de la pensée, de penser au plus juste le social, sans se payer de mots, penser au mieux pour être en phase avec le réel, le comprendre pour le transformer… Que j’aimais son honnêteté et sa vivacité d’esprit! Sa chaleureuse présence aussi, sa modestie toujours ouverte aux voix/es nouvelles.

Un si précieux communiste.Ne faisant pourtant  pas le précieux.
C’est une grande perte pour nous tous et je dis dans ce moment douloureux aux siens, aux ami/es, ma vive affection et mon admiration pour la lucidité de son engagement et sa liberté si courageusement affirmée,
Bien amicalement, Anne Jollet  (notamment, ex compagne de route du Conseil national du PCF. Il fallait de la constance, de l'obstination et le partage du fond de la salle faisait du bien)

Catherine Krechmar : C'est au pays "d'Aubagne et de l'Etoile " où nous avions été si bien accueilli(e)s que j'ai connu Bernard. Là-bas, puis à Paris et encore cet été à Pau, son sourire, ses argumentations faisaient de l'homme de conviction un interlocuteur si chaleureux. Je suis triste. Que ses proches sachent combien nous l'apprécions et que Pierre Zarka, malgré son chagrin, lui rende un bel hommage en notre nom.

Sylvie Larue : Je suis contente d'avoir trouvé cette photo de Bernard (ci-contre), je la trouve très belle, je l'ai piqué sur le site de La Marseillaise. De la force, de la sérénité, de la bienveillance, il y a beaucoup de choses qui se dégagent de cette photo. J'ai un profond respect pour tous les choix qu'a fait Bernard tout au long de sa vie, et pour ceux qu'il vient de faire au cours des derniers jours de sa vie trop courte. Il nous a donné une sacrée leçon de courage. Quelle injustice de partir à 57 ans !  Je suis heureuse de l'avoir rencontré , d'avoir bénéficié de ses réflexions et de son humour tendre, et je suis triste qu'il nous quitte si vite.

Laurent Lévy : J’ai peu connu Bernard, et aurais aimé le connaître mieux. Une réflexion toujours honnête et profonde, nourrie de ce que le communisme a produit de meilleur, et un homme amical et chaleureux. Merci à Pierre, en nous donnant cette nouvelle, de l’assortir de ce rappel de propos sur le sens que l’on peut donner à sa vie.

Makan Rafatdjou : Bien que sachant l'imminence, l'information fait toujours un choc, un tourbillon de tristesse de voir partir sitôt un tel homme et la joie de l'avoir connu et un peu côtoyé, des sièges du fond de la salle du CN pris dans la farandole de la "mutation" jusqu'aux battements d'ailes de l'ACU.
Bernard fait partie de ces personnes qui font grandir les autres, par leur profonde humanité, leur lucidité sans concession (et qui plus est avec ironie et humour), leur abnégation à trouver de nouvelles solutions, leur courage à raviver la flamme de l'émancipation dans la tempête, leurs luttes non pas pour des lendemains qui chantent mais pour des améliorations radicales ici et maintenant, et leur persévérance à oeuvrer pour le renouvellement du communisme, par leurs réflexions, leurs pratiques et leurs activités.
Bernard fait partie de ces personnes qui, bien par-delà leur mort, restent bel et bien vivant dans les coeurs et les esprits.
Merci à toi Bernard.

Daniel Rome : ma peine est grande en apprenant le décès de Bernard. Je l'ai rencontré pour la première fois à la fin des années 90 quand le PCF parlait de mutation. Bernard était chargé par la direction nationale de rencontrer les directions des fédérations pour donner un contour concret à la mutation.
(…) J'ai découvert un homme affable et plein d'humanité, à l'écoute des autres, un dirigeant qui donnait envie de militer et de s'engager pour que l'engagement communiste connaisse un  nouveau souffle.

Par la suite en 2003 Bernard m'a contacté pour animer avec lui et d'autres le réseau École.(...)
Il a commencé la première réunion en disant qu'il ne connaissait pas grand-chose aux questions scolaires car il avait quitté l'école à 14 ans. Il avait beaucoup de modestie mais il travaillait d'arrache pied pour faire avancer ce qu'il croyait utile pour la bonne cause. (…) Pendant 7 ans nous avons beaucoup travaillé pour que le mouvement communiste produise une pensée cohérente sur l'École. (...)
En 2010, nous avons quitté le PCF sans quitter le communisme. Et j'avais toujours beaucoup de plaisir à retrouver Bernard et les autres amis aux séminaires du communisme initiés par l'ACU.
Il m'avait fait part de sa maladie, il m'a dit : « Je lutterais pour la vaincre. » Plusieurs fois je l'avais eu au téléphone et son courage était intact.
Je perds un ami , un compagnon de combat... ma tristesse est grande.

L'équipe de Syllepse : C’est avec tristesse que nous apprenons le décès de Bernard Calabuig, notre ami et notre auteur. 

C’est en septembre dernier qu’il avait publié Du PCF à l’altercommunisme, le récit d’un itinéraire qui l’avait mené, jeune ouvrier maçon, à adhérer au Jeunesses communistes jusqu’à devenir secrétaire de la fédération du Val d’Oise du PCF, avant de rompre avec ce parti pour participer à la fondation d’un "altercommunisme".
Il avait également publié, avec son complice José Tovar, L’école en quête d’avenir et Faites chauffer l’école : Principes pour une révolution scolaire. Il occupait ainsi dans notre catalogue une certaine place, la place de ceux et celles qui, malgré les histoires différentes, essaient d’y penser le monde pour le transformer.  

Que dire de plus que notre tristesse et notre amitiés à ses proches et répéter sans cesse que ce n’est qu’un combat, continuons le début !

José Tovar : Il y a des jours, comme ça, de tristesse infinie. Bernard, plus qu’ un camarade , un ami…
Je me souviens de ce drôle de petit  bonhomme venu, en 2003, prendre la direction du réseau école du PCF (...)  Bernard, l’ancien maçon qui nous annonce tout net : « Moi, la question de l’école, je n’y connais pas grand-chose, d’ailleurs j’ai quitté l’école à 14 ans, alors… mais je compte sur vous pour m’aider à comprendre. » Oh, il ne lui a pas fallu longtemps, pour comprendre et rivaliser d’intelligence, sur cette question comme sur bien d’autres, avec les meilleurs spécialistes ! C’est qu’il faisait avant tout de la politique, le Bernard, et comment !
Pendant sept ans, nous avons tracé la route ensemble avec le réseau, produisant au passage un "projet d’avenir" pour l’école qui remettait à flot la pensée communiste sur cette question décisive, mais ce parti… quel gâchis !
Après la déchirure, nous avons continué ensemble, avec l’ACU. (...) Sa capacité à aller toujours à l’essentiel nous avait permis de surmonter quelques contradictions qui, dans notre vie antérieure, bloquaient la réflexion. Sans sa lucidité, ses capacités à prendre appui sur le réel pour se projeter vers l’avenir, ce travail n’aurait pas été possible. Un intellectuel, un vrai, et avec quelle modestie !
Quelle chance, pour moi, de t’avoir rencontré, d’avoir pu travailler à tes cotés !
Merci, Bernard, merci pour tout. Ton accent va me manquer longtemps.

Roger Martelli et Catherine Tricot ont rendu hommage à Bernard Calabuig, ici

D’autres réactions sont présentes sur le site communistesunitaires.net.

Nous reviendrons sur le parcours de Bernard Calabuig et les réactions à son décès dans notre prochaine édition, le 6 mars. En attendant, Cerises vous propose de relire l’entretien qu’il nous avait accordé en septembre 2014 à l’occasion de la sortie de son livre, Un itinéraire communiste (aux éditions Syllepse). Il est ici