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Cracher sur le communisme ?

Maurice Goldring consacre un livre à sa détestation du communisme, des communistes et des anciens communistes. Lui se dit « ex-communiste », et c’est la seule étiquette qui trouve grâce à ses yeux car les ex-communistes, eux, crachent sur leur passé. Contre les militants qui ne veulent voir dans le combat communiste qu’un idéal merveilleux, éventuellement perverti, lui ne considère que les barbelés et les cadavres du XXe siècle. Pour avoir été membre du PCF de 1950 à 1981, il formule son autocritique : il a joué les procureurs, à l’époque où les grands procès staliniens en URSS « se réverbéraient en petits procès dans les fédérations et les cellules » du parti français.

L’auteur se veut conseil de ceux de son âge : il souhaite, écrit-il, les accompagner pour la préparation de leurs oraisons funèbres. Le but serait de rompre avec les discours qui enjolivent la réalité, et de produire après la mort de l’un ou l’autre des effets de vérité : « Vous comprenez la difficulté de l’entreprise : devant la tombe d’un ami, vous dites qu’il a été complice des massacres parmi les pires du XXe siècle ». Certes, le ton est ironique… mais notons que la proposition n’en est pas moins de réserver aux seuls communistes une forme de châtiment au-delà de la mort.

L’argumentaire du livre tient en quelques mots et il ressemble à l’image du communisme renvoyée dans les grands médias dans les années 90 : les communistes - les communistes en général, d’ici et de partout, les communistes comme une espèce unique - ont « été les complices des bourreaux des peuples ». Dans son "petit livre noir du communisme", il faut attendre la page 80 d’un livre qui en compte 91 pour que l’auteur établisse une différence entre les régimes du « socialisme réellement existant », où la punition était le goulag, et le PCF, où la punition sévère était l’exclusion.

En fait, l’auteur est « énervé » : par Alain Badiou et Slavoj Zizek, par le Che, par le cinéaste Ken Loach et par Bobby Sands, par Jean Ferrat et même par Gérard Philippe... Il trouve scandaleux que des communistes aient exprimé la souffrance qui a été la leur, découvrant et reconnaissant les massacres et les famines staliniennes. Et de moquer « le cœur d’Aragon [qui] saignait, une véritable hémorragie  ». L’auteur tente cependant de récupérer Nelson Mandela, « réformiste devant l’éternel » : on lui suggère de lire les mémoires du Grand Lion, dont le rapport au communisme fut particulièrement riche et durable… N’avons-nous pas appris d’ailleurs, et sans surprise en ce qui nous concerne, que Mandela a été membre de la direction clandestine du PC sud-africain durant de nombreuses années ? Pour en faire un social-démocrate, il faut se lever tôt !

Désormais, et peut-être surtout, Maurice Goldring revendique son adhésion au réformisme social-démocrate, prenant plaisir, semble-t-il, à se faire traiter de traître (on a les plaisirs qu’on peut !) : « Les repentis du stalinisme lèguent leur vie à la raison et à la social-démocratie douce, à la politique paisible du compromis et des dialogues, à l’intérêt général. » On apprend en définitive que le réformisme a installé des États providence et des sociétés apaisées.

Dans sa version des réalités de la société française, l’auteur gomme entièrement ce qu’ont été le mouvement ouvrier et l’apport du communisme incarné par le PCF au « modèle social », aux droits sociaux… Puis la révision de l’histoire continue : après avoir vomi sur les communistes sur des dizaines de pages, l’auteur se met à déplorer que sociaux-démocrates et communistes aient été des ennemis jurés - comme si l’histoire politique de feu la gauche n’avait pas été, plutôt, celle d’une passion, faite d’amour et de haine, d’alliance et de division, de conflits et de compromis… De fait, passer son temps à faire des communistes des assassins conduit logiquement à ignorer cette réalité incontestable : depuis bien longtemps, en France, la social-démocratie n’a jamais conquis seule le pouvoir. Il lui fallait les communistes.

Reprenant enfin à son compte la comparaison entre nazisme et communisme, Maurice Goldring dérape : « N’est-il pas pire de massacrer les peuples au nom du bonheur qu’au nom de leur malheur ? (…) quelle est la différence entre l’inceste et le viol ? Le viol est un acte de haine, alors que dans l’inceste, le père affirme aimer sa fille.  » D’abord sarcastique, le livre finit sordide.

Les ex-communistes - éloge de l’infidélité, Maurice Goldring, Le bord de l’eau, collection Clair & net, 91 p, 10 €