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Les gâteaux / Mouvements

La commune, c'est notre affaire !

Vouloir changer son village, sa ville en constituant un collectif qui construise un projet de territoire en fédérant les énergies, ce n'est pas une mince affaire. C'est néanmoins le projet ambitieux de beaucoup.

Dans un contexte national difficile, préoccupant, nombreux pourtant sont celles et ceux qui veulent non seulement résister à la démoralisation par un an et demi de vécu de " l'austérité, le sécuritaire, etc., c'est maintenant", d'un social-libéralisme qui se couche devant le patronat, mais qui tentent aussi de construire une nouvelle façon de faire de la politique pour travailler à changer la société. Et la commune, c'est un territoire propice à en faire l'expérience. Y vivent et habitent des femmes et des hommes confrontés directement aux retombées des politiques de tous niveaux : communal, régional, national.

Vouloir changer son village, sa ville en constituant un collectif qui construise un projet de territoire, en fédérant les énergies, qu'elles soient déjà investies dans la vie associative ou politique, mais fragmentées, ou qu'elles sommeillent dans l'attente de ce qui les motiveraient pour l'action commune, ce n'est pas une mince affaire. C'est néanmoins le projet ambitieux de beaucoup. Ici et là, des collectifs se sont donc constitués, de plus ou moins longue date, souvent à la faveur d'élections, en tenant compte du court terme, mais en cherchant aussi à intégrer l'étape électorale dans une démarche sur la durée, avec un succès mitigé, des hauts et des bas, mais de la ténacité. Et, point commun de plusieurs collectifs : le caractère convivial, festif, . souvent associé à des temps forts culturels. Si prendre la responsabilité de s'engager dans la vie communale est enrichissant, c'est aussi un investissement en temps, c'est prendre sur soi de surmonter des réticences : la politique plaisir, c'est une nécessité... et ça s'organise !

La diversité des expériences tient à la situation géographique, économique, sociale, à la composition de la population, aux choix politiques dans le contexte précis des élections, choix eux-mêmes liés aux situations concrètes, à la présence dans la majorité ou l'opposition de la municipalité, à l'histoire locale ou régionale.

Après le dossier consacré à Saint-Ouen et deux brèves sur Albi et Gap, Cerises a sollicité des acteurs de quatre localités : Aubagne (Bouches-du-Rhône), Bondy (Seine-Saint-Denis), Crépy-en-Valois (Oise), Gap (Alpes de Haute-Provence). D'autres peuvent suivre.

L'arc en ciel d'Aubagne

Aubagne, une commune de 47 000 habitants, avec un maire communiste depuis 1965. La ville est aujourd'hui, avec la loi sur les métropoles, menacée d'absorption par Marseille. L'équipe, issue d'un large rassemblement effectuée en 2008, est composée d'une large diversité. Un arc-en-ciel qui s'étend de la gauche radicale, à des ex-Modem, en passant par le PC, le PS, les Radicaux de gauche, les Verts, le MRC, des personnes venant de mouvements citoyens.

La politique municipale est un véritable laboratoire d'expérimentation politique, en matière de citoyenneté, de recherche d'alternatives. Le concept de "gratuité", comme nouveau mode de vie, ligne de rupture avec les logiques libérales, est porté dans de nombreux domaines et devrait s'étendre encore dans le prochain (1). L'action de la ville dans ce domaine alimente la réflexion progressiste en France et dans le monde comme en témoigne les nombreuses sollicitations en France et dans le monde. Présidente de la Communauté d'agglomération du pays d’Aubagne et de l’Étoile, Magali Giovannangeli anime un réseau européen de la gratuité des transports.

La défense et la promotion des services publics est une constante de l'action des élus, qui ont contribué dernièrement à la création d'un observatoire. La culture de paix, l'ouverture au monde, le parti pris de l'émancipation humaine font de cette ville un terrain d'expérimentation de ce que j'appellerai : un nouveau communisme municipal.

« Une force citoyenne militante composée de 1 300 citoyens, (dont) les forces politiques qui, toutes confondues, ne comptent pas plus de 300 adhérents. (…) La multiplicité des expériences et des parcours individuels et collectifs constituent un véritable enrichissement pour tous. »

À Aubagne les forces progressistes ont une implantation réelle, la bourgeoisie aussi, le Front national atteint des scores bien supérieurs à la moyenne nationale. Les droites réalisent à tous les scrutins nationaux des résultats nettement plus élevés que la gauche. Quant aux scrutins municipaux, ils donnent de courtes majorités à l'équipe sortante.

Ici, chacun est conscient que la victoire en mars prochain tient à la conjonction de deux éléments : réaliser le rassemblement politique et citoyen le plus large et favoriser la participation des couches populaires à l'élection. L'arc-en-ciel est reconstitué dans toute sa diversité, "Ensemble ! " y a pris toute sa place. Cette union a une originalité, elle est adossée à une force politique de nouveau type : une force citoyenne militante composée de 1 300 citoyens ; à l'intérieur de ce rassemblement sont présentes les forces politiques, qui, toutes confondues, ne comptent pas plus de 300 adhérents. Tout le contraire du cartel de partis. Les "sans cartes", venus d’horizons divers, constituent la force motrice du rassemblement. Les formations politiques n'en sont ni exclues, ni marginalisées, elles tiennent leurs rôles spécifiques. La multiplicité des expériences et des parcours individuels et collectifs constituent un véritable enrichissement pour tous.

Cette force politique est organisée par quartiers et aussi à partir de thématiques. La campagne a été lancée le 28 septembre dans un rassemblement champêtre qui a réuni 800 militants. Au mois d'octobre, les groupes se sont organisés. En novembre, nous avons recueilli, dans un formidable élan de démocratie qui s'est manifesté dans de multiples réunions, plus de 2 500 propositions pour l'élaboration du programme. Ils sont des milliers à avoir dit et écrit ce qu'ils avaient sur le cœur. Le 5 décembre, le premier grand meeting de campagne rassemble encore 800 personnes. Parallèlement des soirées de formation sont organisées pour tous ces citoyens n'appartenant à aucun parti politique. Les sujets abordés sont divers - les mécanismes de la dette, comment combattre le Front national, drogue et sécurité... -, une façon de renouer avec ce que nous appelions, il y a quelques années, l'éducation populaire.

Le libellé de la campagne est tout aussi porteur de sens et d'innovation : "Pour l'amour d'Aubagne". L'amour d'Aubagne se réfère tout à la fois à la ville provençale, la douceur de son climat, les senteurs de ses collines, et aussi à ses valeurs de solidarité, d'humanisme, de paix, à sa prise de parti pour tous les combats émancipateurs.

Au mois de janvier, dans de nouvelles réunions ouvertes à tous, nous déciderons des propositions que nous retenons pour un programme qui sera présenté fin janvier. À suivre.

Bernard Calabuig

Bondy autrement : rendre la ville à ses habitants

L'association "Bondy autrement" existe depuis six ans. L'association a été fondée avant les municipales de 2008 par différents courants (communistes unitaires, comité Bové, socialistes dissidents, alter-ekolo, anciens de la liste locale "Rebondir").

Les sujets ne manquent pas pour une association citoyenne curieuse et déterminée : attribution opaque de logements sociaux, indemnités de 2 500 € aux maires-adjoints dociles, "rénovation urbaine" sans concertation des locataires, réforme des rythmes scolaires où le coloriage fait figure d'ouverture culturelle...

Mais c'est une autre paire de manches de rendre les habitants acteurs de leur ville. À l'occasion des municipales 2014, Bondy autrement a voulu renouveler son expérience de 2008 : donner la parole aux habitants pour constituer son programme.

Le pire est sans doute l'habitude des habitants à voir leurs espoirs trahis. La réussite scolaire de tous ? On n'y pense plus. Un emploi intéressant et un niveau de vie correct ? Une utopie inaccessible. Du coup, il faut bien vivre. Profiter des élections pour obtenir un job ou un logement. Accepter les règles du jeu pour ne pas être le dindon de la farce : se vendre ou se louer aux prochains vainqueurs des élections. Le décalage est d'ailleurs grand entre notre démarche et l'attente sociale de ceux pour qui le choix démocratique est limité à un vote de cinq minutes tous les six ans. D'ailleurs, localement, ceux qui viennent sont souvent déjà engagés dans des associations ou partagent avec nous des démarches de solidarité concrète.

Alors élaborer le programme avec les habitants ? Ce travail est indispensable. À titre d'exemple, dans les entretiens préalables à la réunion sur l'écologie urbaine, la question des pollutions de l'air ou sonores a été évoquée, alors que ce fait quotidien est systématiquement ignoré. Pareil pour la sécurité, sujet moins facile parce que son traitement médiatique et démagogique empêche de le penser. Préparer la réflexion implique de travailler les thèmes, la sécurité en relisant les travaux de Mucchielli, l'écologie en discutant avec des personnalités écologiques de la ville.

Pour difficile que soit cette tâche, y a-t-il une autre issue que faire construire l'avenir par les intéressés ? La révolution citoyenne ne doit pas être un slogan électoraliste, au risque d'en dégoûter ceux qui l'ont déjà été du "changement maintenant".

Vincent Duguet

Si l'Internet n'est pas un outil également partagé, il est néanmoins pour l'Association Bondy autrement l'un de ses moyens d'information et de transparence, très apprécié comme le dénote une fréquentation massive du site (2) qui dépasse les 3 millions de visites pour une ville d'un peu plus de 53 000 habitants. Comptes-rendus d'activité des élus de - dans l'opposition -, rubriques diverses sur la vie bondynoise, mais au-delà aussi du territoire : la préoccupation du devenir de Bondy dans le cadre de la métropolisation dans le cadre du Grand Paris est présente, et plus largement les questions européennes par exemple, le féminisme, la culture, les luttes sociales etc. On y trouve également le "projet social et écologique par les Bondynois" pour la ville, qu'évoque V. Duguet.

Le site se double d'une lettre électronique envoyée à 800 de personnes et d'une lettre sur papier envoyées à plus de 800 autres. Il y est donné un résumé des nouveaux articles et infos à lire en détail sur le site.

Si bon nombre de ces infos, comme les réunions et actions, sont actuellement davantage focalisées sur la campagne municipale, « La citoyenneté, ça n’est pas que pendant les élections », comme il est écrit sur le site, et il s'agit bien, malgré les difficultés et le désarroi de beaucoup de Bondynois et Bondynois, de « construire une nouvelle pratique politique » avec eux.

M.K.

Notre démarche : citoyenne et participative !

À Crépy-en-Valois, petite ville de l’Oise (14 000 habitants), le collectif Front de gauche a décidé de partir en campagne pour les municipales sans le PS.

Dès que cette décision a été actée, nous avons souhaité faire une campagne différente, mettant en avant le caractère très collectif de notre démarche et impliquant le plus possible la population.

Dans un premier temps, la question de la tête de liste s’est posée. La section locale du PC avait désigné son chef de file et nous a soumis sa candidature. Mais puisque nous étions tous d’accord pour ne pas tomber dans le piège de la personnalisation à outrance, il a finalement été décidé de présenter, non pas un candidat, mais un quatuor de tête, représentatif de la diversité de nos sensibilités.

Cette originalité nous a valu plusieurs articles de presse pendant 3 semaines et une émission de 20 minutes sur la radio locale.

Quant au programme, nous avons invité les habitants à l’élaborer avec nous. Si cette idée n’est pas neuve, force est de constater qu’elle n’est souvent qu’un affichage, les militants expliquant finalement aux citoyens ce qui est bon pour eux.

Nous essayons de ne pas tomber dans ce piège. Pour cela, nos réunions publiques se déroulent sous forme de conférences populaires : aucune tribune, aucun discours de candidats, aucun expert… Dans une ambiance "bistrot", un animateur du collectif présente simplement la démarche et stimule les discussions par petites tablées en donnant des consignes à la fois dynamiques et ludiques. Et ça marche !

« Tous les participants ont insisté sur la nécessité de tenir compte de l’avis des habitants et de les associer après les élections dans les grandes décisions qui les concernent. »

La première soirée a permis de dégager les grandes orientations d’un projet pour la ville. Bien sûr, les questions de l’emploi, du logement, des services publics ont été au centre des discussions mais pas seulement : tous les participants ont insisté sur la nécessité de tenir compte de l’avis des habitants et de les associer après les élections dans les grandes décisions qui les concernent. De plus, ils aspiraient tous à une vie de la cité plus festive et conviviale.

Nous poursuivons le même processus en organisant désormais un débat sur chacune des thématiques énoncées. Pour le thème de la démocratie, il est probable que nous options pour une séance de "théâtre-forum" qui permettra une plus forte inter-activité.

Nous envisageons aussi d’organiser une soirée festive au cours de laquelle nous exposerons notre projet finalisé qui sera intitulé "Les jours heureux", en référence au film de Gilles Perret dont nous avons organisé la projection début décembre et qui retrace la belle aventure du CNR dont l' ambitieux programme porte ce titre.

Les participants sont invités à rejoindre la liste dont le socle commun est résumé dans son nom : "L’humain d’abord"(3).

Collectif "Front de gauche" de Crépy

Acteurs politiques, acteurs des villes

À Gap, dans les Hautes-Alpes, nous avons créé en 2008 une association intitulée PACG (Pour une alternative citoyenne à gauche), membre de la FASE, qui couvre le territoire de Gap et la partie sud du département.

« Avec les compétences de chacun, on avance beaucoup plus vite... même si les discussions durent parfois 3 heures tant elles passionnent. »

Les activités collectives menées par l'association ont suscité l’initiative d’une liste G.A.U.C.H.E (Gap alternative unitaire citoyenne humaniste et écologiste) aux municipales, à GAP. Et nous avons eu 2 élus. Dans la même démarche d'ouverture à tous et de travail collectif, les séances du conseil municipal ont été préparées durant toute la mandature lors de réunions regroupant de 15 à 30 personnes : avec les compétences de chacun, on avance beaucoup plus vite... même si les discussions durent parfois 3 heures tant elles passionnent.

Dans le même temps, nous avons lancé un journal trimestriel Alp’ternatives qui faisait le lien entre les différents lieux actifs du département. Après un temps d’arrêt, il vient de reparaître sous une forme un peu différente.

Un peu plus tard, nous avons lancé une première expérience qui s’appelait "Aux idées citoyens ! " pour essayer de rassembler des personnes qui s’investissaient dans la vie associative mais qui restaient plus que méfiantes à l'égard des organisations politiques. Cela a marché sur 2 thèmes : pourquoi et comment se nourrir autrement et la précarité. Nous avons utilisé la méthode de "café du monde". Un décor accueillant : petites tables décorées avec de quoi boire et grignoter, on change de table au bout d’une heure, hôtes de café et de table… Cela a ravi les personnes accueillies.

Passionnés par ces méthodes actives et les élections municipales de 2014 se profilant, nous avons lancé "Tous capables !", toujours dans le même esprit de mobilisation des potentialités de chacun-e4. Depuis mars, une fois par mois a lieu un "atelier des capables" sur un thème de la gestion municipale (le terme de capable a été piqué à nos amis canadiens !). Ceci nous a permis d’avoir un projet pour les municipales validé par des assemblées citoyennes (novembre, janvier, février). Cette façon de fonctionner a fait qu'une grande diversité de citoyens participent et nous avons des jeunes candidats sur la liste des municipales... et en plus, nous nous régalons.

Viennent de démarrer "les porteurs de paroles", méthode lancée par la scop Le Pavé, qui permet de faire réagir les personnes dans la rue, et cela marche très bien…Prochaine idée : fini le porte à porte fastidieux, pas très rentable, on installe une caravane dans tous les quartiers et on offre café et thé (hiver oblige).

Ces nouvelles façons de faire, à l'inverse des vieilles méthodes, permet que des personnes franchissent le pas de l’activité citoyenne, sans peur. Et tout le monde souhaite continuer l'expérience des "capables" et poursuivre la réflexion au-delà des municipales.

Les techniques d’animation au service d'une autre démarche et d'un projet de territoire permettent une grande écoute, un apprentissage de la parole, de l’argumentation et de l’analyse politique. Ajouté à cela une grande convivialité qui est notre marque de fabrique : tout le monde apporte à manger et on partage.

Cécile Leroux

1. Voir "Sur les sentiers de l'émancipation, les principes de gratuité", entretien avec Magali Giovannangeli et Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Cerises n°155 , 12/10/2012, ainsi que Altercommunisme n°7, cahier du séminaire Communisme (mise en ligne sur nos sites à parution).

2. bondy-autrement.org

3. Voir le blog du collectif : fdg-crepy.blogspot.fr/.

4. Voir le blog : www.touscapables-gap.org/.