Qui sommes-nous ? Charte du site Participer S'abonner Soutenir Liens

Appel

Horizons d'émancipation

La 4 de couv'

Note d'actualité

Sur le plateau

Rubriques

Altercommunisme

SE FÉDÉRER POUR L'ÉMANCIPATION

Altercommunistes

Séquences

Cerises

Sélection

Imprimer cet article

Les gâteaux / Idées

La retraite, c'est révolutionnaire !

… et c'est bien pour cela que le Medef, a travaillé et travaille à la torpiller. Si, aujourd'hui, le gouvernement cale devant ses exigences, à nous d'agir. Analyses de Bruno Bessière.

La retraite, un choix de civilisation

Généralement on nous parle de la retraite de manière comptable, technique, en masquant les enjeux et les choix politiques, économiques et anthropologiques derrière l'habillage du catastrophisme et de l'impérieuse nécessité d'adopter des réformes qui font sans cesse reculer nos droits. Nous sommes donc sommés de ne pas perdre de temps à réfléchir sur le sens de la retraite et d'accepter ces réformes et l'idée même de leur urgence avec le moins d'échanges contradictoires et le moins de démocratie réelle possibles dans l'élaboration des projets, comme dans le processus de décision.

Autrement dit, le peuple doit avaler la soupe toujours plus infâme qu'on lui sert.

La retraite, même si elle permet plus de repos, n'est pas pour autant la fin du travail et de l'utilité sociale. ... tous les retraités continuent à travailler, mais ils ne le font plus sous contrainte patronale. Pour s'émanciper du conditionnement idéologique, il faut déjà se demander ce qu'on essaye de réformer et pour quelles raisons.

Le rapport salarial étant un rapport de subordination et d'exploitation, la retraite, c'est la libération de la dernière partie de sa vie de cette aliénation. Nous y échappons également à d'autres moments de notre vie grâce à la limitation du temps de travail, au repos hebdomadaire, aux jours fériés non travaillés, aux congés. La retraite constitue une libération généralement définitive, sauf pour ceux qui reprennent une activité salariée, principalement faute de moyens suffisants pour vivre.

La retraite, c'est la libération du temps et du travail

La retraite, même si elle permet plus de repos, n'est pas pour autant la fin du travail et de l'utilité sociale. Mis à part celles et ceux dont l'état de santé ne leur permet plus d'avoir d'activité, tous les retraités continuent à travailler. Mais ils ne le font plus sous contrainte patronale. C'est le prisme déformant de l'optique capitaliste qui occulte cette réalité et réduit le travail humain au travail qui se monnaye et aux productions marchandes.

Or, le même travail peut être effectué dans un cadre marchand comme dans un cadre non marchand. Citons, parmi les exemples courants : les travaux de construction, de rénovation, d'aménagement et de bricolage, les activités agricoles dans lesquelles entre le jardinage, le travail domestique, la garde et l'éducation des enfants, l'écriture et la diffusion des écrits, l'organisation et la conduite d'activités sportives, culturelles, éducatives, de loisirs, la création artistique, la conception de logiciels, etc.

Grâce à la libre disposition de leur temps, les retraités jouent un rôle très important dans la société, en prenant en charge des activités auxquelles le marché ne s'intéresse pas, car pas assez ou pas du tout rentables, ou en rendant des services s'adressant à un public qui n'aurait souvent pas les moyens de se les payer.

C'est ce temps qui permet aux retraités de jouer un rôle citoyen aussi important, dans diverses organisations comme dans les institutions. Le développement de la démocratie et de l'investissement citoyen pose la question de la nécessaire libération du temps pour toute la population et certainement pas de réduire les années de liberté des retraités. Encore faut-il vouloir la démocratisation de la société. Or, cette libre disposition de son temps et cette démocratisation s'opposent à la logique capitaliste de marchandisation de toutes les activités humaines et d'extension de l'exploitation et de la subordination.

Les capitalistes veulent se rapproprier notre temps libéré

ce temps libéré est essentiel pour la santé et l'espérance de vie. Réduire ce temps et partir à la retraite plus tard conduit à dégrader la santé des salariés.

Le temps de la retraite est donc un temps qui échappe aux capitalistes et qu'il s'agit de reconquérir, comme tous les autres temps libérés qui ont été conquis. D'où la constance des attaques contre ces temps : extension du travail du dimanche et de nuit, suppression du jour férié de la Pentecôte, heures supplémentaires dont une grande partie n'est pas payée, accords d'entreprises pour augmenter le temps de travail sans augmentation de salaire, invasion du temps personnel par l'activité professionnelle par le biais des téléphones portables et des méls, etc.

Or, ce temps libéré est essentiel pour la santé et l'espérance de vie. Réduire ce temps et partir à la retraite plus tard conduit à dégrader la santé des salariés. Plus on vieillit plus le corps se dégrade, en moyenne, et plus le travail devient éprouvant, voire carrément destructeur. Or, l'espérance de vie en bonne santé a déjà commencé à diminuer en France, notamment du fait de l'intensification du travail.

L'espérance de vie dépend du progrès social

Partir à la retraite suffisamment tôt est donc une nécessité pour profiter de la dernière partie de sa vie en souffrant moins et sans passer directement du travail salarié à la tombe, comme c'était le cas autrefois. Nombre de salariés n'ont jamais pu bénéficier de leur retraite ou si peu de temps, à l'époque de la retraite à 65 ans.

Si l'espérance de vie a nettement augmenté depuis cette époque, le progrès social, dont l'avancement de l'âge de départ à la retraite, y est pour beaucoup.

L'allongement de l'espérance de vie n'a donc rien d'automatique, les politiques de régression sociale la font déjà régresser. Ainsi, près de 10 ans de moins pour les hommes en Russie, entre 1989 et 1995, plus récemment un mois de moins aux États-Unis d'Amérique en 2008 et en France en 2012. Il s'agit d'un retournement historique. Durant un siècle, ce sont les guerres qui avaient produit des reculs de l'espérance de vie, mais la progression de l'espérance de vie n'avait cessé depuis.

S'attaquer au droit à la retraite, comme à l'accès aux soins, c'est donc s'attaquer à la vie, c'est une manière de tuer les gens à petit feu, de les faire mourir plus tôt pour le seul profit de ceux qui pourront les exploiter plus longtemps.

La question ne devrait pas être de savoir quelle retraite nous pourrions nous payer à partir d'une enveloppe arbitrairement définie, en dehors de nous et en vertu de la politique d'austérité exigée par le capitalisme, mais de savoir comment on se donne les moyens - dans une société qui les a - de financer les retraites dont nous avons besoin et de poursuivre le progrès social et l'émancipation de l'humanité.

Un système de solidarité contre le marché et le chacun pour soi

Le type de système de retraite est, lui aussi, un choix de société. Le système de retraite par répartition est un système de solidarité qui s'oppose au chacun pour soi et à l'individualisme prônés par le capitalisme.

Là où le marché ne permet d'accéder qu'à ce qu'on peut se payer personnellement, notre système de retraite fait payer chacun en fonction de ses revenus et verse des pensions dont je n'irai pas jusqu'à dire qu'elles correspondent aux besoins de tous, mais qui sont supérieures à ce que chacun aurait pu se payer via des systèmes individualisés comme l'épargne retraite.

Ce système échappe donc à la logique capitaliste et constitue même une preuve concrète que la société peut fonctionner sur d'autres bases. Il s'agit, en quelque sorte, d'une certaine dose de communisme dans une société dominée par le capitalisme.

Il s'agit donc, pour les capitalistes et ceux qui servent leurs intérêts, de mettre ce système en échec en le privant de ressources, ce à quoi le patronat s'est employé dès la création du régime général de la Sécurité sociale. Et, parallèlement au démantèlement progressif de ce système et à la diminution des pensions par diverses mesures, il s'agit de récupérer l'énorme manne financière des cotisations au profit des entreprises financières en proposant de substituer un système de retraite par capitalisation à l'actuel système par répartition.

Or, les systèmes de retraite par capitalisation coûtent plus cher aux salariés, pour des taux de remplacement des salaires inférieurs à ceux qu'offrent les systèmes par répartition.

En outre, basés sur les revenus de placements boursiers de l'épargne retraite, ces systèmes sont susceptibles de faillites, comme cela s'est déjà produit maintes fois, y compris dans la période récente avec la crise financière de 2008. D'où la perte de leur retraite par des millions de retraités, notamment aux États-Unis d'Amérique.

Mais, les retraites par capitalisation, c'est aussi le renforcement et l'extension de l'emprise du capitalisme et de ses exigences contre le monde du travail. En effet, le transfert sur les marchés financiers de l'épargne retraite augmente la masse des capitaux à rentabiliser sur le dos des travailleurs. Pour y parvenir, il faut toujours plus d'intensification du travail salarié, d'augmentation de sa durée, de diminutions de salaires, de licenciements, de fermetures d'entreprises mêmes rentables pour d'autres plus rentables ou pour de simples placements financiers. Il faut aussi baisser les dépenses sociales et publiques pour obtenir la diminution des prélèvements sociaux et fiscaux sur les entreprises, avec la diminution des prestations sociales et des services publics qui vont avec. Bref, les retraites par capitalisation sont financées par la mise au chômage, la dégradation des conditions de travail et de vie, l'intensification de l'exploitation des salariés et futurs retraités, si toutefois ils parviennent à le devenir. Car comment épargner pour sa retraite quand on n'en a plus les moyens ?

Un salaire garanti à vie

À l'opposé de ce système précaire, le système par répartition garantit un salaire à vie.

Certains nous expliquent que cela coûte trop cher de payer tous ces retraités "à ne rien faire", en réalité à ne rien faire de rentable pour les capitalistes.

C'est oublier que les pensions sont financées par des cotisations sociales, une part du salaire qui n'est pas versé aux intéressés, mais qui finance le système de retraite. Les retraités ont donc déjà payé toute leur vie pour la retraite. C'est bien la moindre des choses qu'ils aient des droits à pension.

Certes, leurs cotisations ont déjà servi à payer les pensions de ceux qui étaient à la retraite du temps de leur activité salariée, mais quoi de plus normal que leur retraite leur soit payée à leur tour de la même manière ?

Cette garantie d'un salaire continué jusqu'à la fin de la vie est, là encore, une pratique contraire à la logique capitaliste et qui pourrait être étendue. En effet, pourquoi ne pas sortir les salariés de la précarité et de l'emprise exercée par les capitalistes en garantissant un salaire à vie, avec un minimum et la prise en compte des qualifications ? Cela impliquerait également de changer le travail et le mode de production des biens et des services.

Ce n'est pas seulement le temps de la retraite qu'il faut libérer, mais tout le temps de la vie, ce qui pose également la question du passage de la propriété et du pouvoir des actionnaires sur les entreprises à ceux de coopérateurs librement associés et complètement émancipés de l'aliénant rapport salarial.