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« Penser le politique »

Le dossier de Cerises "Les plus et les moins du Front de gauche" (1) a suscité ce courriel.

J'ai lu avec intérêt et plaisir votre article. Je suis une très vieille socialiste, j'avais 20 ans en 1968 et je fais partie de cette génération qui, n'ayant connu que la droite, a vécu une euphorie citoyenne en 1981. Bien sûr, comme beaucoup de gens de gauche j'ai été déçue (pas sur tous les points, car j'ai le souvenir historique de la France d'avant et aucune nostalgie ! ) Je fais partie actuellement des citoyens attérés par cette dérive économico-financière, cette globalisation des pratiques qui creusent les inégalités même dans les pays dits riches et cette pensée unique qui nous amène à vouloir rembourser les dettes d'État au prétexte qu'on n'a que cette solution. Sans être économiste, je constate qu'on va droit dans le mur (privatisations, recul de la notion de bien public). Selon moi, par exemple, si on soigne mieux les gens, qu'ils vivent plus longtemps, y compris dans la dépendance, comment penser les bénéfices ? Un vrai service public est par essence déficitaire s'il est équitable. C'est dans la possibilité d'un travail digne, nécessaire, rémunéré, et une fiscalité proportionnelle que l'on peut penser non pas croissance au sens étroit, mais progrès, et, au minimum, non régression. L'écologie n'est pas une coquetterie de bobos, elle est inhérente au bien public : exemple répartition de l'énergie, accès à l'eau, à la santé, etc.

C'est pourquoi j'ai des difficultés à penser le politique. Je me méfie des solutions simples, des incantations, des hommes providentiels, et je crains le populisme. J'avais une mère bonne à tout faire très jeune, illettrée, mais qui connaissait Victor Hugo, qui savait ce qu'elle devait dans sa vie au Front populaire et à ce "prétendu Juif" argenté qu'était Blum. Je connais des gens en salopette, très près de ce qu'on appelle le peuple, qui n'ont comme religion que les footballeurs milliardaires mercenaires et les tops modèles : si on pense qu'un référendum est toujours un progrès, il faudrait encore s'assurer que les consommateurs soient citoyens. On n'aurait jamais aboli la peine de mort par référendum et on vient de voir récemment la France profonde, que j'ai toujours connue, et qui me fait peur,  et qui se dit souvent apolitique mais qui vote à droite, aux accents de terreau vichyssois : traçabilité de l'enfant épanoui entre son papa et sa maman, homophobie rampante pour ces hétéronormopathes catéchisés! Le peuple en soi n'est pas rassurant : pensons à tous les fascismes.

En 2002, désespérée par le non choix qui m'était offert entre une crapule et un facho, j'ai décidé de m'engager au PS, j'y suis encore. Certains partis semblent tellement éloignés du pouvoir que je les crois utiles comme contre-pouvoirs. je ne me reconnais pas dans une certaine forme de contestation des élites, tout en trouvant bien sûr des vérités sur les médias, par exemple, sur l'abrutissement de l'opinion par des donneurs de leçons autorisés. Sur ce point, je suivais en partie Mélenchon. Mais le manichéisme qui sépare les bons des méchants, la notion de complot implicite que cela implique me semblent peu mature. Le pouvoir implique des compromis (pas des compromissions), sinon la pureté, la transparence prétendue, c'est le terreau historique du totalitarisme. L'agora citoyenne doit se mettre en mouvement, elle l'est déjà pour l'intérêt collectif.

Pensées cordiales à tous et encore merci pour vos analyses.

(1) www.cerisesenligne.fr/article/?id=4016