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La grandeur d’un homme de droit

Stéphane Hessel s’en est allé, pas son indignation, pas son chemin d’exigence de dignité humaine. Homme de résistance, homme d’indignation et homme de culture font de Stéphane Hessel une personne si sympathique et attirante. Mais s’il fut en plus un grand homme, c’est pour sa ligne de conduite indétournable : le chemin du droit.

Chacun pourra retenir de lui sa déclamation de poèmes, sa présence indignée face à l’inhumanité, sa clameur d’espoir jusque face à l’adversité meurtrière des camps de la mort (il s’en est fallu d’un cheveu qu’il n’y succombe). Mais tout cela n’est pas sa grandeur.

Oui, il fut grand par le chemin qu’il a emprunté sans faiblir et ce chemin ne disparaît pas avec sa vie. C’était un homme de droit, un homme d’exigence de droit. Chaque pas, adversité après adversité, il oppose le Droit à la barbarie, pour défendre la fraternité oubliée sur les frontons de nos mairies.

Lui qui eut à affronter ce malheur guerrier, cette rage destructrice, il fut de ces résistants qui, au sortir de la guerre, voulurent les droits de l’Homme, non comme un devoir moral (ce qui n’est déjà pas négligeable) mais comme un chemin de civilisation.

Depuis E. Kant, depuis ce pasteur désespéré devant les guerres toujours de retour, depuis ce temps pas si lointain, le monde tente de se construire sur cette intelligence acquise dans l’adversité. Et c’est toujours, toujours au lendemain d’un désastre que revient au souvenir cette obligation historique. Stéphane Hessel n’a jamais oublié cette leçon, et l’a transmise. À nous, indignés et bâtisseurs de paix par la justice, par le Droit.

Stéphane Hessel eut plusieurs causes, plusieurs engagements, et aussi plusieurs adversaires. Mais l’une de ces causes lui valut particulièrement de l’insulte, du mépris. Il fut traîné dans la boue jusqu’à évoquer sa mise à mort. L’establishment ne fait pas de cadeau, comme déjà contre Spinoza. Sa haine a jailli contre cet homme et le lynchage médiatique a été lancé, il ne s’arrêtera pas, pas même au soir de sa mort.

Stéphane Hessel que j’entendis dire « Nous aimons Israël » lors de ce meeting d’indignation devant l’interdiction du débat à l’ENS. « Israël nous t’aimons et nous avons été heureux de ta création au sortir de la guerre, mais aujourd’hui ce que tu fais est indigne, est méprisable. » Ce regard pour la paix, pour le dialogue entre les peuples, il le tenait de sa conviction de l’espoir apporté par le Droit. Ce n’est un hasard si l’une de ses dernières interventions radiophoniques fut pour dire qu’Israël devait se conformer au Droit comme tout pays de la planète.

Ce chemin doit poursuivre sa vie, encore plus nécessaire lorsque la puissance technique donne le pouvoir d’une cruauté sans limite, encore plus nécessaire lorsque le monde, notre monde, vacille et se donne une guerre nouvelle chaque année.

Aujourd’hui, soyons 1 000, 10 000, 100 000 Stéphane Hessel ! Soyons le peuple des justices et des solidarités ! Alors, aujourd’hui, Stéphane Hessel n’a pas fini de vivre.