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Tribunes libres / Idées

Vers l’éco-communisme

Je n’ai jamais cru à la thèse du retard en matière d’écologie : la gauche n’est pas productiviste parce qu’elle n’aurait pas encore assez réussi sa mue. Les gauches du 18e et 19e siècle étaient beaucoup moins productivistes que la gauche du 20e siècle, et même de ce début de 21e siècle. Le productivisme de gauche n’est pas une maladie infantile mais la conséquence de choix politiques. Les progrès du discours sur l’éco-socialisme (ou éco-communisme) ne doivent pas masquer le fait que la crise économique et sociale actuelle renforce le camp des productivistes, y compris au sein du Front de gauche, avec des textes qui fleurent bon la techno-science, l’étatisme, une vision ingénieuriale du changement politique.

Mon éco-communisme est fondé sur quelques faits têtus.

Non seulement la course à la croissance folle renforce les inégalités sociales, mais elle détruit la planète. Nous n’avons jamais autant saccagé le monde depuis que nos élites parlent de développement durable, de croissance verte.

Nous devons déjà en finir avec la vision de la pauvreté qu’impose le capitalisme. Les pauvres ne sont pas marginaux sur notre planète, ils représentent globalement plus de moitié de l’humanité. Si 7 milliards d’humains étaient représentés par 70 personnes, on compterait 41 Asiatiques, 11 Africains, 7 Européens, 4 Nord-Américains, 5 Latino-Américains, 1 Arabe et 1 Juif et 1 habitant du Pacifique. Si la planète était un village de 100 habitants, 81 habiteraient dans des quartiers pauvres, 48 n’auraient pas accès aux installations sanitaires, 25 seraient sans logement, 16 n’auraient pas accès à l’eau potable, 14 seraient malnutris, 1 seul serait diplômé du supérieur. Non seulement nous devons en finir sérieusement avec l’européano-centrisme (avec l’occidentalo-centrisme), mais nous devons prendre acte que le genre de vie lié au capitalisme productiviste n’est pas mondialisable / universalisable. Non seulement la course à la croissance folle renforce les inégalités sociales, mais elle détruit la planète. Nous n’avons jamais autant saccagé le monde depuis que nos élites parlent de développement durable, de croissance verte. Entre 2000 et 2009, 334 milliards de tonnes de CO2 sont venus s’ajouter à ce qui constituait déjà une attaque frontale contre le cycle du carbone sur la Terre. On sait que l’objectif du GIEC est de ne pas dépasser une hausse de deux degrés de la température terrestre moyenne au cours du 21e siècle, car au-delà nous produirons des phénomènes d’emballement climatique non maîtrisables. Nous devons donc rester au-dessous d’une émission de 666 milliards de dioxyde de carbone, soit environ 2 tonnes par humain et par an contre 5 aujourd’hui. Cette moyenne est trompeuse puisqu’un Américain consomme 17 tonnes, un Allemand 10 tonnes, un Français 5,9 tonnes, un Chinois 6,8 tonnes, etc. Les seuls humains qui respectent donc la valeur maximale conseillée vivent donc quasi-exclusivement dans les pays pauvres (Inde : 1,5 tonne en 2010). Au rythme actuel ces "666 milliards apocalyptiques" seront épuisés vers 2028… au lieu de 2100. Un Américain dépasse son budget début février, un Allemand mi-mars, un Français mi-avril. Après cette date, chaque émission supplémentaire s’effectue donc à risque et tout d’abord pour les plus pauvres. Est-ce une raison pour désespérer ? Sûrement pas car la planète est déjà bien assez riche pour permettre à 7 milliards d’humains de vivre dignement. L’ONU estime qu’il suffirait de mobiliser 40 milliards de dollars pendant 25 ans pour régler le problème de la faim dans le monde, alors que 80 milliards de dollars par an permettraient de régler le problème de la grande pauvreté. Ces montants correspondent à moins de 0,2 % du PIB mondial soit l’équivalent d’une journée de travail mondial.

Oui, l’éco-communisme est fondé sur une bonne nouvelle ! Une bonne nouvelle qui ne peut devenir réalité que si nous changeons notre vision de la pauvreté, que si nous cessons de la définir uniquement par du négatif (c'est-à-dire par un "manque" économique, social, culturel…, manque par rapport à une norme totalement insoutenable écologiquement ), que si nous acceptons de nous défaire de la vision capitaliste des pauvres pour accueillir une vision positive des milieux populaires, de leurs façons de vivre ; une bonne nouvelle qui ne peut devenir réalité que si nous changeons aussi notre vision de l’écologie, pas seulement en passant d’une écologie punitive à une écologie de la jouissance (cf Le socialisme gourmand) mais en passant d’une écologie des riches à une écologie des pauvres. Rien n’est plus faux que de croire qu’il faudrait un certain pouvoir d’achat pour commencer à s’intéresser à l’écologie (vision capitaliste et petite bourgeoise). Les pauvres font aussi de l’écologie à leur manière. L’essentiel des cadeaux conceptuels pour penser un socialisme du buen-vivre vient d’ailleurs des pays du Sud et des plus pauvres de leurs citoyens.

Oui, les modes de vie des milieux populaires parce qu’ils sont plus partageux, plus coopératifs, plus ralentis, plus relocalisés constituent des formes proto-écocommunistes.

Paul Ariès est directeur de La vie est à nous !/le sarkophage et de la revue trimestrielle les Z’indigné (e)s, auteur de Le socialisme gourmand (La Découverte, 224 p., 15 €)

La vie est à nous, film de Jean Renoir en 1936, dont le titre repris par le journal en ligne de P. Ariès.