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Banalisation de la xénophobie ou solidarité et égalité ?

Évacuations de camps et expulsions de Rroms, affichage sécuritaire du ministre de l'Intérieur jettent une lumière crue sur la continuité d'une politique qu'une majorité de Français ont rejetée. La mobilisation s'amplifie. Cerises entend y contribuer.

À qui n'a pas la mémoire trop courte de l'Histoire, la "rafle" de Rroms en août 2010, en Seine-Saint-Denis, et leur transport en tramway rappelaient la période vychiste et illustraient concrètement la signification des discours de Grenoble de Sarkozy et les propos de Claude Guéant. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de France, le 4 septembre : avec ou sans papiers, affiliées ou non à des associations, des syndicats, des formations politiques. Cette mobilisation ne faisait qu'anticiper celles des revendications et résistances à Sarkozy et consorts, d'enseignants, puis d'opposants à la contre-réforme des retraites. Un automne chaud qui mettait en évidence les liens entre discriminations, dominations - celles qu'évoque R. Martelli dans ce même numéro de Cerises -, dans une société, un système où une infime minorité s'arqueboute sur ses profits, ses pouvoirs et veut détourner la réflexion et le mécontentement vers des boucs émissaires.

Nous n'avons pas chassé Sarkozy pour accepter aujourd'hui la « banalisation de la xénophobie et du racisme par l’État français, au mépris des leçons du passé et des menaces qui pèsent sur l’avenir », comme il est écrit dans la pétition que Cerises invite à signer et faire signer.

L'été est propice aux coups-fourrés : après l'hiver sarkozien puis l'annonce d'un printemps qui se prétend de justice, RESF (1) s'interroge avec raison à propos du ministre de l'Intérieur : « Manuel Valls chausse les pantouffles de Claude Guéant ? » Fin août, le Syndicat de la magistrature pour sa part souligne combien la loi et les règles sont bafouées( 2) : « Les brigades du "Tigre" Manuel Valls – comme le surnomme désormais Le Monde – ont encore frappé lundi 27 août au petit matin en expulsant 72 personnes d’un campement de Roms installé depuis plus de quatre mois sur la commune d’Evry : intervention précipitée puisque le juge des référés, saisi par le propriétaire des lieux, devait se prononcer sur la demande d’expulsion le lendemain; (...) Cette évacuation s’inscrit dans une série d’opérations de police menées depuis le début de l’été, à la demande du ministre de l’Intérieur, partisan d’une politique dite de "fermeté" ayant conduit à l’évacuation-destruction de nombreux campements et à l’expulsion hors de notre territoire de plusieurs dizaines de Roms, sur fond de stigmatisation – chiffres farfelus à l’appui (ceux-là même que brandissait Brice Hortefeux en son temps) – de la "délinquance roumaine" (la police tiendrait-elle donc des "statistiques ethniques" ?) »

Nous n'avons pas chassé Sarkozy pour accepter aujourd'hui la « banalisation de la xénophobie et du racisme par l’État français, au mépris des leçons du passé et des menaces qui pèsent sur l’avenir ».

Une fois de plus, c'est "l'étranger", "l'autre", qui est visé. En s'en prenant en particulier aux Rroms venus de Roumanie, M. Valls généralise à tous les migrants et se défausse sur d'autres États : « Nous ne pouvons pas nous permettre d'accueillir toutes ces populations qui sont souvent des damnés de la Terre, qui sont pourchassées dans leur pays, qui sont discriminées. »(3) En appuyant, en France, des pratiques similaires à celles qu'il prétend dénoncer ailleurs, il attise les relents xénophobes qui ont frappé des populations successives, y compris les Rroms vivant en France depuis longtemps, et conforte certains maires dans leurs actions discriminatoires, en particulier en matière de scolarisation. Et, méthode éprouvée de ses prédécesseurs, le gouvernement, en la personne de son ministre de l'Intérieur et du ministre délégué chargé des Affaires étrangères, signe avec la Roumanie un protocole incluant l'accueil en France de policiers roumains et l'aide aux préfectures roumaines(3). Est-ce aussi ce que le gouvernement veut favoriser au niveau de l'UE, quand Manuel Valls déclare que « L'essentiel de la solution se trouve au niveau européen »(4)? L'UE, dont la Commission européenne a certes placé la France sous surveillance le 10 août, n'agit pas ou peu pour lutter contre les discriminations au séjour, à l'emploi, au logement qui sont la règle. Une raison de plus, pour nous, de lier la lutte contre la discrimination des Rroms en France et la bataille pour une autre Europe solidaire, sociale, démocratique.

Sans doute quelques améliorations sont-elles intervenues, en France, comme la suppression de la taxe de 700 € qu'un employeur potentiel devait verser jusqu'à présent à l'OFPRA, et l'élargissement de la liste discriminatoire des 150 métiers "autorisés" aux Rroms pour lesquels demeure néanmoins l'autorisation préalable de travailler. Mais les pratiques de Manuel Valls, de son ministère, des préfectures, au lendemain même de la signature par 6 ministres dont Cécile Duflot et lui-même d'une circulaire consignant ces "petits plus", montrent la fragilité des améliorations arrachées.

D'ailleurs, dans son dernier discours, le 19 septembre, Manuel Valls souligne qu'il s'inscrit dans la "priorité présidentielle" d'une politique sécuritaire dont il explique ainsi la "méthode" : « Le Maréchal FOCH, dont cet amphithéâtre porte le nom, est le symbole d'une mobilisation tenace et sans relâche qui permit la victoire. Il menait une guerre. Nous livrons une toute autre bataille. J'en retiens bien volontiers la méthode. » (5) Et d'évoquer aussi Clémenceau... Sus à l'ennemi !

Revue disponible au format numérique
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Nous voulons assumer les brassages, nous enrichir des rencontres du monde d'aujourd'hui, construire une société où toutes et tous, passagers ou sédentaires, aient les mêmes droits, les mêmes accès aux biens communs.

Mais nous voulons, nous, mener une toute autre "bataille", avec celles et ceux qui, après avoir rejeté la politique de Sarkozy, ne baissent pas les bras.

Nous ne voulons pas d'une "gestion des flux migratoires", comme ont voulu la mener les gouvernements précédents. Nous ne voulons pas que soient traités comme autant de "populations à risques" celles et ceux qui viennent en France dans l'espoir d'un mieux vivre ou dont les modes de vie et de culture sont prétextes à rejet. Nous voulons assumer les brassages et nous enrichir des rencontres du monde d'aujourd'hui, nous voulons construire une société où toutes et tous, sur les chemins de la migration et du voyage, passagers ou sédentaires, Français et résidents, aient les mêmes droits, les mêmes accès aux mêmes biens communs.

Nous voulons que toutes et tous puissent être acteurs à égalité de leur vie, de leur travail, de leur activité.

1. 26 juin 2012 Voir lien infra

2. 28/09/2012 Idem

3. 12-13 septembre 2012 - Site France Diplomatie du gouvernement

4. Site de Tf1 news 13/09/2012

5. Discours cadre sur la sécurité, prononcé à l'École militaire le 19/9/2012. Site du ministère de l'Intérieur