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Délicieux / Idées

De l'agir au travail

Michel Jouanneaux

Présentation d'Yves Schwartz

Postface d'Yves Clot

Éd. Octarès

328 p. - 25.35 €

La dynamique de cette recherche consiste à mettre au centre du travail, comme de toute activité humaine, justement l'acteur dans son agir, le sujet dans son agir pensant. L'analyse très fine et développée qu'en fait l'auteur, à partir de son travail qu'il décline comme agir pensé au cours de toute sa carrière de pilote de ligne, peut être très stimulante pour les acteurs politiques que nous sommes.

Cette analyse met en question les systèmes conceptuels dominants touchant au travail. Elle met en relation les concepts de l'action, de l'agir comme engagement de la personne, de la conscience et de son interaction sur l'agir, et de la pensée.

Lorsque le statut d'être humain est refusé au travailleur, l'engagement dans l'agir au travail est nié, réduit à néant. L'activité travail est alors réduite à l'emploi, à la mise en oeuvre de directives, simple activité non conscientisée qui n'est plus considérée comme activité humaine. L'engagement dans l'agir au travail comme dans toute activité humaine est à l'inverse constitutif de la personne dans toutes ses dimensions.

« Les développements rendant compte de cette expérience s'inspirent de différentes raisons théoriques qui parlent de l'activité humaine. Ils mobilisent les concepts habituels, comme l'action, la pensée ou la conscience, mais dans des relations nouvelles qui, en retour, modifient sensiblement leur contenu. C'est à la mise en évidence de ces relations, dans les actes de travail et de la vie quotidienne qu'est consacrée la présente recherche. »

Michel Jouanneaux plaide en son dernier chapitre « pour une anthropologie de l'activité (...) non comme une nouvelle discipline, mais comme un lieu de convergence et de questionnement, directement en relation avec la réalité des situations ». Il souligne le «  point aveugle de la formalisation : après un acte, il est impossible de le réduire en mots pour le commenter. Cette entreprise est une difficulté majeure pour tous les travailleurs appelés, dans un cadre ou dans un autre, à formuler leur expérience. En conséquence elle se révèle comme une limite pour les universitaires et consultants lorsqu'ils analysent l'activité concrète des personnes au travail et tentent de s 'appuyer sur leurs verbalisations. »

Sans doute devrions-nous, nous aussi, comme acteurs politiques nous confronter à cette difficulté. Comme souligné dans Cerises, « Si la question du travail, en tant qu'activité est peu présente dans la campagne électorale », c'est en partie dû, je pense, à cette difficulté, alors que la demande d' « un autre rapport au travail que celui du seul emploi » pointe dans les luttes emblématiques du moment.

Je dirais de plus, stimulante pour nous cette recherche, si on l'applique à notre "travail" politique réfléchi comme un agir pensé, engagé, au moment où l'action politique multiple se dégage de la simple application de consignes d'appareil. Là aussi le déficit de mots et de concepts reste un obstacle à la prise de conscience de la dimension proprement politique de l'action, qu'elle soit syndicale, associative, ou simplement citoyenne.