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Confitures et déconfitures / Idées

À chacun son mythe errant. Ah, ah.

J’ai un ami socialiste. Si ! Un vrai, militant, et tout ce qui s’en suit. Cette amitié indéfectible désole ceux de mes amis qui sont au NPA, mais bon. Il avait 6 ans en 1981. Aussi, le François Mitterrand du Congrès d’Épinay (1971) parlant d’opérer une « rupture avec le capitalisme » est pour lui un personnage de livre d’histoires. Et le François Mitterrand du 10 mai 1981 fut un président de gauche élu… par ses parents. Et qui a manqué de souffle réformateur et révolutionnaire (sic) durant son 2e septennat. Dans cette histoire, mon ami a retenu que les socialistes avaient un « chef », qui planait sur le PS, et avait réalisé l’unité, maître-mot. UNITE. En 2011, qui ne s’en réclame pas ? Qui ne se déclare pas « unitaire » ? Pour faire quoi cependant... Corriger un ou deux excès du capitalisme ? Remplacer ce système en deux coups de cuiller à pot ?

Au PS aujourd’hui, tout ne plait pas à mon copain socialiste, loin de là. C’est qu’il en connait des roses et des pas mûres… Ce que parfois il me raconte, l’effare. Et l’amuse aussi. Il faut bien vivre. Mon ami n’est pas allé au PS pour un projet (aux contours d’ailleurs très flous…), comme l’avaient fait ses parents, mais parce que la droite, revenue au pouvoir en 1995, attaquait des acquis sociaux et réduisait les subventions aux associations d’éducation populaire. La droite, il sait ce qu’elle vaut. Et les mitterrandolâtres devenus sarkophiles aussi. La gauche, il l’idéalise. Ceci dit, chacun a ses monuments. Chez les communistes, on se plaisait à dire : « À chacun son Aragon. » Chez les socialistes, c’est plutôt « À chacun, mon Mitterrand »….

Ah ! François Mitterrand…

Bien entendu, chacun peut s’exercer au jeu des « plus » et des « moins » sur l’homme du 10 mai 1981. Le positif : l’abolition de la peine de mort, à rebours de l’opinion ; des acquis sociaux (5e semaine de congés, retraite à 60 ans…), des nationalisations (qui auraient mérité d’être démocratiques), une politique de grands travaux. Le négatif : la « rigueur » dès 1982, le chômage et la précarité qui s’étendent, le capital qui reprend la main, la guerre du Golfe. Mais jamais un nom comme celui de l’ancien Président de la République n’aura autant mérité d’être coupé en deux, jusqu’à donner ce calembour : « mythe errant. » Une légende qui en ferait presque oublier l’opposition guerrière de François Mitterrand à l’indépendance de l’Algérie. Son refus d’annulation, comme Garde des Sceaux, des nombreuses sentences de mort contre des militants de la lutte pour l'indépendance algérienne et condamnés de manière expéditive(1). Son amitié douteuse avec René Bousquet, ancien chef de la Police de Vichy… Un peu lourd pour un héros.

François Mitterrand a réussi le tour de force d’être un héros et un anti héros à la fois. D’avoir deux familles, dont une cachée pendant des années, à son enterrement. Il n’y a guère qu’en France… Il fut la dénonciation du présidentialisme dans Le coup d’Etat permanent, et l’incarnation du monarque républicain une fois au pouvoir. Il fut celui qui embobina tout le monde, socialistes compris. Avec une certaine classe, une culture, une détermination, une envergure stratégique, n’en déplaise à ses détracteurs de gauche comme de droite… Il fut l’homme d’un choix pour changer la société : celui de la social-démocratie (à l’ancienne) contre le léninisme (à la française). Avec le soutien des communistes, aile marchante du socialisme. Le socialisme, « une idée qui fait son chemin », disait une beau slogan du candidat François Mitterrand en 1974. Une voie comme celle de l’eurocommunisme ayant été tuée dans l’œuf par ses promoteurs, le chemin était tracé.

La victoire du 10 mai 1981 est célébrée 30 ans plus tard. Cette victoire fut alors celle d’un espoir formidable de changement pour la France. Celle de 20 ans de luttes politiques des « anciens », pour réussir à s’entendre au sein de la gauche sur le « quoi faire ? » et « comment le faire ? » Plusieurs décennies plus tard, toutes générations confondues, nous sommes face à la même question. En 2011, la résoudrons-nous de la même manière ? Sans tenir compte des impasses sociales- démocrates et de l’échec du communisme historique ? Sans prendre ensemble la question sociale et la question écologique ? En faisant abstraction de la mondialisation des solutions ? Sans remettre en cause la délégation de pouvoir ?

Mon ami socialiste possède chez lui des affiches du PS et du candidat François Mitterrand. Celles de 1988, de 1981 et de 1974. « La seule idée de la droite, garder le pouvoir. Mon premier projet, vous le rendre. » disait François Mitterrand dès 1974. On peut toujours reprocher à François Mitterrand de ne pas avoir rendu le pouvoir au peuple. Mais le mieux ne serait-il pas que le peuple se donne du pouvoir, ainsi que des outils pour qu’on ne le lui confisque pas ? Dans le combat pour une société post-capitaliste, n’est-ce pas là notre tâche principale?

1) Notre Guerre d'Algérie, Le nouvel Observateur, 21-27 octobre 2010, N°2398, p. 22.