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"Le jeu du Front national"

Ministres et politiciens de droite et de gauche se succèdent pour le dire : il ne faudrait pas «faire le jeu du Front national». Ce n’est pas toujours de la même chose qu’ils parlent, et pourtant, c’est toujours de la même chose.

Parfois, surtout à droite, mais aussi à gauche, l’idée est la suivante : reculer devant les "nécessaires" débats sur l’Islam (ou sur l’immigration, ou sur l’insécurité…) laisserait audit Front national le terrain libre sur ces questions «qui préoccupent les Français». Parfois, surtout à gauche, mais aussi à droite, elle est l’idée contraire : lancer ces faux débats favoriserait ce même Front national en lui donnant l’opportunité de développer ses thèses, en surfant sur le fait qu’il s’agit là de problèmes «qui préoccupent les Français». Il y aurait ainsi deux manières symétriques de favoriser le parti de Marine Le Pen : parler des « problèmes » de l’Islam (ou de l’immigration, ou de l’insécurité…), et ne pas en parler.

Le paradoxe est que chacune de ces postures, en apparence symétriques, semblent s’appuyer sur le même gros bon sens : ces "problèmes" seraient le terreau de l’influence de l’extrême-droite, et lui abandonner ce terrain produirait ainsi les mêmes effets que le lui servir sur un plateau. C’est qu’elles ne sont symétriques qu’en apparence : en fait, qu’elles viennent de l’UMP ou de la "gauche républicaine", elles sont jumelles. Elles reposent toutes les deux sur l’assomption qu’il y a là un véritable problème « qui préoccupe (légitimement) les Français ».

Or, si problème il y a, c’est dans la montée de l’islamophobie, du racisme, et du délire sécuritaire. Et affronter ce problème, ce n’est pas « lancer un débat » dans les termes mêmes où il est posé par sécuritaires, racistes et islamophobes de tout poil : c’est lutter pour l’égalité de toutes et de tous, contre toute forme de discrimination, et pour le droit à l’éducation et au travail - à une éducation et à un travail libérés de l’emprise du capital.

La véritable question est moins celle du score électoral attendu de l’héritière Le Pen que celle de l’influence des idées et comportements national-racistes et de l’ordre sécuritaire dont le néolibéralisme - sous sa forme réactionnaire ou social-libérale - fournit une matrice épurée. Elle n’est pas de convaincre les électeurs et les électrices du Front national de voter pour des partis qui montreraient leur aptitude à être aussi racistes et policiers que leur candidate favorite, mais de récuser l’idée même que la solution des problèmes de la vie quotidienne des gens se trouverait dans l’exclusion, la discrimination et la répression.

Le problème des "idées du Front national" est qu’elles sont partagées bien au-delà des rangs de son électorat - et même bien au-delà de la droite. La solution de ce problème n’est pas dans la reprise de ces "idées" de Claude Guéant à Manuel Valls, de l’UMP au Parti socialiste, dans le but de récupérer tel quel un électorat conquis par le racisme sécuritaire. Elle est dans la lutte intransigeante contre ce qui leur donne naissance : le complexe idéologique et social que nourrissent le néolibéralisme et la domination perpétuée du capital. Tout le reste fera naturellement « le jeu du Front national », avec lui ou sans lui.