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Pour ne pas conclure…

« Encore un jour à mettre au monde. »

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Peuple et bonheur

Le bonheur est à la mode. Il envahit les rayons des librairies, les rubriques des magazines et fait le bonheur, au moins, des marchands de papier. Outre les soins que lui apportent de nombreux auteurs qui ont toujours une recette miracle à vous vendre, il est aussi maintenant l’objet d’études statistiques qui se veulent scientifiques. Le fait n’est d’ailleurs pas à déplorer. Qu’on prenne la question du bonheur au sérieux est plutôt un signe encourageant d’évolution de notre civilisation.

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Une lettre perdue, pour Pier Paolo Pasolini

Une lettre perdue, pour Pier Paolo Pasolini

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Transfiguration de la guerre

Une bonne partie de l’histoire de la poésie a, depuis ses origines, partie liée avec la guerre. Il est assez commun de considérer que les débuts de la poésie écrite sont liés à l’épopée qui est toujours un chant de guerre. L’Epopée de Gilgamesh, composée à Sumer vers la fin du IIIe millénaire avant J.C., et gravée en pictogrammes sur des tablettes d’argile, est un des plus anciens textes connus de l’humanité… L’Iliade et l’Odyssée, d’Homère, inspirées par la Guerre de Troie, en sont aussi des exemples illustres. Comme La Chanson de Roland, pour la poésie française, attribuée à un certain Turolde. Écrite au XIIe siècle, elle relate des événements censés s’être produits trois siècles plus tôt : la bataille entre les preux de Roland et les milices vasconnes ou gasconnes (et non sarrazines) qui les auraient décimées. Peut-être cette célèbre épopée répondait-elle à un objectif politique : réécrire l’histoire en transformant une lutte territoriale et féodale en un combat contre les Arabes, afin de justifier les croisades.

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"Reportage sur la beauté dans une usine occupée"

Vendredi 4 juillet, les salariés de Fralib, à Gémenos, fêtaient leur victoire après 1 336 jours de lutte contre la multinationale Unilever. Ils sont en train de créer leur coopérative. Ils ont invité Francis Combes à dire des poèmes dans l’usine à cette occasion. Voici le "reportage" de cette rencontre.

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La part des femmes (2) : nos contemporaines

De g. à dr. : Shu Ting, Ming Di, Wang Xiaoni,  Nazik al-Malaïka,  Fadwa Touqan,  Gertrude Stein, Sylvia Plath, Marianne Moore, Denise Levertov, Adrienne Rich, Sonia Sanchez, Hélène Cixous, Sophie Loiseau, Valérie Rouzeau, Vénus Khoury Ghata, Marie-Claire Bancquart.
De g. à dr. : Shu Ting, Ming Di, Wang Xiaoni, Nazik al-Malaïka, Fadwa Touqan, Gertrude Stein, Sylvia Plath, Marianne Moore, Denise Levertov, Adrienne Rich, Sonia Sanchez, Hélène Cixous, Sophie Loiseau, Valérie Rouzeau, Vénus Khoury Ghata, Marie-Claire Bancquart.

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La part des femmes - Louise Labé

Si les femmes sont présentes dans toutes les poésies du monde, on peut sans crainte de se tromper affirmer qu’elles occupent dans la poésie française la place centrale. De la "Cantate de Sainte Eulalie", qui est aujourd’hui considérée comme le premier poème en langue vulgaire, aux surréalistes, les femmes sont au cœur de notre poésie. Surtout comme sujet, lié à l’amour, au malheur et au bonheur d’aimer, qui est le thème non pas exclusif mais principal de notre poésie. (Dans d’autres langues et dans d’autres poésies, la Nature, Dieu, l’Histoire, voire l’amitié par exemple, ont une part plus grande. C’est le cas par exemple des poésies anglaises, allemandes ou chinoises.) La femme joue donc chez nous le rôle essentiel. Comme motif du poème, voire comme muse, mais non comme auteur.

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Nazim Hikmet, le chant de la fraternité

J’ai entendu, il y a quelques temps, un philosophe (que j’avais connu quand il était étudiant et militant), devenu désormais sage et célèbre, expliquer lors d’une conférence à la Pitié Salpêtrière que dans le triptyque républicain, la "liberté" était évidemment nécessaire, "l’égalité" souvent dangereuse, quant à la "fraternité", il n’était pas sûr qu’elle existât vraiment et qu’elle pût en tout cas servir de valeur collective. Le même (qui professe avec intelligence une forme moderne de la morale épicurienne) a écrit par ailleurs plusieurs ouvrages dans lesquels il expose la nécessité de se défaire de l’espérance, qui est vaine et va obligatoirement main dans la main avec la crainte (1).

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Pablo Neruda ou l’appétit de vivre

Une grande partie de la culture et de la littérature du XXe siècle, de Kafka à Beckett ou Ionesco, peut être placée sous le signe de la poétique de l’aliénation en ce qu’elle exprime, souvent avec force, le sentiment de solitude et de dépossession de l’individu moderne, séparé des autres et de lui-même, perdu dans son monde qui le domine plus qu’il ne le domine. Ce sentiment largement partagé est souvent présenté comme la marque même de la condition humaine, l’être conscient de sa propre finitude, confronté à sa mort et à l’absurdité supposée de l’existence. Ce n’est probablement pas un hasard si ce sentiment "éternel" paraît particulièrement vif à l’époque où la division du travail provoquée par la recherche de la rentabilité maximum nous entraîne dans une course folle qui nous fait perdre le sens même de la continuité de la vie humaine et de sa progression.

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Par-delà l’homo consumens

En février 1956, lors du Salon des Arts ménagers, Boris Vian (qui était le voisin de palier de Prévert à la Cité Véron) fit paraitre sa "Complainte du progrès", satire farfelue et réjouissante de ce qu’on appellera plus tard "la société de consommation" qui n'en était alors qu’à ses débuts.

Boris Vian, le Progrès
Boris Vian, le Progrès

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Le Front populaire, Prévert et le rire qui libère

Que les révolutionnaires n’aient pas toujours été à la fête est une évidence. En tous lieux et en tous temps. Pourtant, la révolution est une fête. C’est la thèse que soutient Henri Lefebvre dans son grand livre La Proclamation de la Commune. Non seulement, elle s’accompagne de fêtes, mais elle est une fête en ce qu’elle rompt la routine et transfigure la vie quotidienne.

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Lénine, Reich, Kollontaï et un verre d’eau

Nous vivons aujourd’hui un retour à l’ordre moral. L’hypocrisie morale traditionnelle, l’invocation de la religion, de la famille, de l’ordre et de la patrie font un retour remarqué. Sans doute est-ce là un contrecoup des avancées qui ont marqué les années précédentes, mais aussi une réaction à la crise, le besoin de chercher refuge dans la sécurité de valeurs établies. Régression sociale et régression morale semblent donc aller de pair.

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Rosa, la mésange de la révolution

Nous avons déjà noté que beaucoup des plus grands poètes du XXe siècle prirent part aux combats populaires et furent communistes. Mais on pourrait aussi remarquer à l’inverse que plusieurs des figures les plus marquantes de la révolution dans ce siècle furent aussi poètes. Mao, qui n’est pas un poète négligeable, Ho Chi Minh, dont les poèmes des Carnets de prison sont un chef d’œuvre d’ironie, de modestie, de tendresse… jusqu’au Che ou au sous-commandant Marcos… Peut-être faut-il voir dans cette rencontre entre poésie et révolution la conséquence de la pensée exprimée par le Che : « Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire. » S’il est quelqu’un qui en est l’illustration, c’est bien Rosa Luxemburg.

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De Freud à une société érotique

La psychanalyse qui est censée analyser les passions continue de les déchaîner. Comme Marx qui a révélé le secret de la vie sociale (son inconscient pourrait-on dire), qui est l’exploitation du travail, Freud a découvert un autre continent caché : celui de la psychologie et du rôle qu’y jouent la sexualité et son refoulement. L’un comme l’autre ont connu la multiplication des lectures et des interprétations, les schismes et les déviations. Sort inévitable (et sans doute enviable) d’une « pensée devenue monde » pour reprendre l’expression d’Henri Lefebvre, c’est-à-dire d’une pensée qui a transformé le monde et qui ne cesse de se transformer avec lui.

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Engels, le bon compagnon

Et Engels, que vient-il faire dans cette affaire ? On sait qu’après la mort de Marx, il a poursuivi son œuvre en mettant en forme ses notes pour publier la suite du Capital ou de L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État (1). Mais en quoi nous intéresse-t-il dans une chronique consacrée à la poétique du bonheur ?

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Marx, le bonheur de la libération

Au premier abord, il peut sembler que Marx parle peu du bonheur de l’individu ; mais, en fait, il ne parle que de ça. Ce qui l’intéresse, c’est de déterminer les conditions qui permettront à l’homme de se réapproprier son essence, ou, dit en langage moins philosophique, à l’humanité de réaliser ses potentialités d’humanité et donc aux individus concrets de vivre une vie pleinement humaine et libre.

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Flora Tristan, l’insoumise

Flora Tristan par Jules Laure
Flora Tristan par Jules Laure
Toute vie est un roman, si après coup on l’écrit. Mais il est des individus qui semblent avoir de leur vivant écrit leur vie. Flora Tristan l’a fait par la plume et par l’action. Ce qui est tout à fait remarquable chez elle, c’est cette capacité de faire des accidents de sa vie et de ses combats personnels des causes qui prennent une signification et une portée collectives.

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Hugo, « rupture avec ce qui amoindrit »

« Chacun trouve son bonheur où il peut », dit la sagesse populaire. Et toute la tradition de la philosophie matérialiste, de l’Antiquité à nos jours, conforte cette idée. Non pas que le bonheur soit en son essence inconnaissable pour la pensée, contrairement à ce qu’en ont dit quelques philosophes, comme Kant, voire Rousseau, alors que chacun sait qu’il est connaissable en pratique… Mais ses formes sont extrêmement variées. Sans doute est-ce parce qu’en son principe, l’expérience du bonheur tient à notre capacité à jouir, à travers nos sens et notre esprit, de l’infini mouvement de la vie et de la matière jusqu’en sa forme la plus élaborée qu’est l’esprit. L’être humain est un "jouisseur" polymorphe. La reconnaissance de ce fait devrait suffire à fonder une philosophie politique de la liberté. (Mais force est de constater que bien des dogmes, religieux, politiques ou moraux s’opposent toujours à cela.)

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La révolution, le bonheur et la vertu

Robespierre
Robespierre
Dans un discours prononcé devant la Convention, le 10 mai 1793, Robespierre déclarait : « L’homme est né pour le bonheur et la liberté et partout il est esclave et malheureux. » L’article 1 de la Constitution de 1793 l’affirme : « Le but de la société est le bonheur commun. » Et chacun a en tête la formule lancée par Saint-Just à la même tribune, un an plus tard, le 3 mars 1794 : « le bonheur est une idée neuve en Europe. » La Révolution s’est faite pour le bonheur des peuples.

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Jeremy Bentham et le calcul des bonheurs

Jeremy Bentham (1748-1832), le "père de l’utilitarisme", est assez mal connu en France, mais il a exercé - et peut-être exerce-t-il toujours - une forte influence dans le monde anglo-saxon. Marx en fait à plusieurs reprises l’une de ses têtes de Turc, notamment dans L’Idéologie allemande et dans Le Capital. Il l’appelle « L’insigne Philistin Jeremy Bentham, cet oracle insignifiant, pédant et verbeux de l’intelligence bourgeoise ordinaire du XIXe siècle ». On peut en effet le prendre pour l’indice intellectuel du moment précis où la bourgeoisie, classe progressiste voire révolutionnaire qui a porté les Lumières, révèle sa face sombre et réactionnaire. Il est contemporain de la révolution industrielle anglaise qui a mobilisé le charbon, le fer, et la machine, mais surtout les bras et les jambes des hommes, des femmes et des enfants qu’elle a livrés au Moloch de l’accumulation du capital.

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Le siècle du bonheur

On a du XVIIIe siècle une idée souvent légère. L’image qu’en donnent les tableaux de Watteau ou de Boucher. Le goût dans l’aristocratie de la fête et du plaisir. Et sans aucun doute cela fait partie du paysage. Un monde finit qui n’est pas loin d’avoir atteint sa perfection (pour le petit nombre de ceux qui en ont le privilège). Le classicisme se mue insensiblement en hédonisme, le genre galant l’emporte, avec les bergeries et une certaine frivolité, un érotisme parfois égrillard. Jean Honoré Fragonard est ainsi le peintre d’une nature heureuse réduite au rang de décor. Il a notamment peint "Les hasards heureux de l’escarpolette". Son commanditaire, M. de Saint-Julien, receveur général des biens du clergé, lui avait demandé : « Je désirerais que vous peignissiez Madame sur une escarpolette qu'un évêque mettrait en branle. Vous me placerez de façon, moi, que je sois à portée de voir les jambes de cette belle enfant et mieux même, si vous voulez égayer votre tableau. » (Pendant la révolution, Fragonard rejoint la Commune des Arts en 1791 et fut grâce à David nommé parmi les administrateurs du Louvre. L’empire le révoquera en 1805 car son style rococo s’oppose au néo-classicisme en cours).

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Le voyage en Orient

Li-Bai
Li-Bai
Depuis le romantisme au moins, l’Occident a régulièrement entrepris de redécouvrir l’Orient. (Et l’Orient a fait de même en sens inverse, d’une manière plus importante encore). Souvent, allant chercher en Orient ce que nous voulions y trouver, nous avons inventé notre Orient, un Orient en partie réel, en partie imaginaire, mais qui a contribué à façonner notre sensibilité et notre culture. La philosophie occidentale a longtemps considéré (et considère peut-être encore) que les pensées orientales n’appartenaient pas vraiment au domaine de la philosophie. Le concept serait né en Grèce et la philosophie, comme la musique classique, serait d’abord occidentale. Les philosophies orientales étant supposées relever généralement de la mystique, ou au mieux de la sagesse, ont ainsi été laissées à la curiosité des spécialistes, des amateurs d’ésotérisme et des poètes.

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La jeunesse des troubadours

Aux XIIe et XIIIe siècle, dans le Sud de la France, est apparu un mouvement, celui de la "fin’amors", qui, par certains aspects, aujourd’hui encore semble relever du miracle de la génération spontanée. Il y a bien des hypothèses quant à l’origine des troubadours, mais elles continuent de prêter à discussion. La plus probable paraît cependant celle de la combinaison de plusieurs circonstances : la vie de cour dans les châteaux plutôt rustiques du midi qui commence à évoluer ; la découverte, à la faveur des croisades, de la civilisation arabe (à bien des égards plus raffinée que celle de l’Europe chrétienne) ; et l’apparition, parmi les chevaliers, les clercs et même les familles roturières de nombreux jeunes gens éduqués et sans emploi particulier. (Car l’héritage – quand héritage il y a – est réservé à l’aîné).

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L’idée antique du bonheur et nous

Sait-on encore bien ce que nous devons aux poètes et philosophes de l’Antiquité ? Et comment l’idée qu’ils se firent du bonheur vit toujours aujourd’hui, jusque dans le sentiment le plus commun que nous nous faisons de la chose ? Les études de latin et de grec ont quasiment disparu et sans être foncièrement réactionnaire, on peut considérer que c’est bien dommageable. Au lieu d’en faire, comme cela fut le cas, une marque de distinction élitiste vouée à disparaître, il y aurait grand intérêt à permettre au plus grand nombre de se frotter à ce qu’on appelait autrefois, non sans raison, les humanités. Cela serait utile pour faire mieux partager la maîtrise de notre langue (et réagir à l’uniformisation impérialiste et appauvrissante du "basic English"). Mais aussi parce que c’est dans cette histoire que prend sa source notre civilisation. Sans doute a-t-on pendant longtemps réduit, dans une conception euro-centrique et coloniale, la civilisation à son legs gréco-romain. Mais occulter ce legs, comme on le fait aujourd’hui, favorise la diffusion de la barbarie moderne, celle que produit et qui entretient à son tour la société consumériste et décervelée que nous connaissons. En clair, je pense qu’il y a, dans une perspective révolutionnaire, une réévaluation souhaitable de l’héritage antique.

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Guillevic, vivre en poésie

Cette chronique pourrait porter en sous-titre : du "changer la vie" de Rimbaud au "vivre en poésie" de Guillevic ou le réel gagné.

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Brecht et la chanson du Dieu Bonheur

Brecht est généralement considéré comme l’un des classiques du théâtre, et l’un de ses grands théoriciens, mais on connaît moins bien, en France du moins, sa production poétique (qui est considérable et en fait l’un des principaux poètes de la langue allemande) ainsi que sa réflexion morale qui le place parmi les penseurs marxistes les plus intéressants sur le sujet. Lui aussi n’a cessé de faire l’étude du bonheur. Il avait d’ailleurs entrepris à la fin de sa vie d’écrire un opéra qui se serait intitulé Les Voyages du Dieu Bonheur. Mais à la différence de beaucoup de poètes, son angle de vision, même s’il porte la trace d’un certain romantisme, est volontairement anti-idéaliste. Au point qu’il pourrait parfois en passer pour cynique. C’est évident dès l’époque expressionniste et anarchisante du jeune Brecht, à l’époque de Baal, le héros "anti-social". Mais ce trait va se confirmer quand Brecht découvrira le marxisme. Son point de vue est celui d’un matérialiste résolu. Pour lui le bonheur s’identifie à la "vie bonne". Et il revendique le droit pour lui-même et pour le peuple aux plaisirs de la vie, les plus fins comme les plus élémentaires, ceux que les repus trouvent en général "grossiers", comme, par exemple « Manger avec joie de la viande, un filet juteux / Et manger, sur le seigle odorant et bien cuit /La tranche d’une grande meule de fromage / Et boire au pot la bière fraîche, on dit que c’est / Bas ; mais je trouve qu’être mis en terre sans / Avoir goûté une bouchée de bonne viande / C’est inhumain et je le dis / Moi qui suis un mauvais mangeur. » (T.7, p. 122).

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D’Aragon à Éluard, l’amour en jeu

Qu’Aragon et Éluard soient deux des plus remarquables poètes de l’amour, voilà qui ne fait guère de doute pour grand monde. Mais ce qui se joue à ce sujet entre ces deux poètes (et à travers eux) est probablement moins évident. C’est à mes yeux pourtant d’une réelle importance, non seulement car c’est de notre héritage partagé qu’il est question, mais surtout parce qu’ils nous laissent chacun à leur manière une question, toujours ouverte, une question cruciale pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui et peut-être même pour ceux de demain.

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Maïakovski, la révolution de l’amour

Maïakovski est passé de la révolution de la poésie à la poésie de la révolution, sans rien renier de son exigence esthétique et morale. Il était peu "philosophe" et avait de la théorie une conception surtout pratique (il nous a laissé de ce point de vue quelques textes passionnants tel : "Comment on fait les vers"). Mais toute sa démarche de poète porte un projet philosophique qui s’inscrit dans les circonstances et les dépasse.

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Le siècle des poètes communistes

Le XXe siècle fut le siècle des poètes communistes. Le nombre de poètes, parmi les plus grands, qui furent communistes, parfois pendant quelques années mais souvent toute leur vie, avec ou sans carte, est si important qu’il mériterait d’être remarqué. Vladimir Maïakovski, Louis Aragon, Paul Eluard, Bertolt Brecht, Tristan Tzara, Pablo Neruda, Cesar Vallejo, Nicolas Guillen, Nazim Hikmet, Yannis Ritsos, Rafael Alberti, Roque Dalton, Jacques Roumain, Aï Qing, Nguyen Din Thi, Edoardo Sanguineti, Hugues MacDiarmid, Mahmud Darwich, Samir Al Qassim, Jack Hirschman… Et je pourrais en citer beaucoup d’autres.

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Roger Vailland, le bonheur de la souveraineté

Jeune lycéen à Reims, Roger Vailland et ses compagnons, Roger Gilbert Lecomte et René Daumal, les Phrères Simplistes du Grand Jeu, ont redécouvert à travers leur propre révolte celle du surréalisme. Mais bientôt, Vailland lui tournera le dos. Pas seulement à cause du procès que le groupe surréaliste de Paris lui fit pour un article de commande publié dans Paris-Midi en 1928. Mais pour des raisons bien plus fondamentales. Il s’en explique dans son pamphlet, publié en 1947, Le Surréalisme contre la révolution*. L’occasion lui en est donnée par la publication d’un entretien d’André Breton dans le Figaro. Que le Figaro encense Breton est pour lui la preuve que le Surréalisme n’est plus révolutionnaire.

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Le désir et la déraison

L’une des questions cruciales de notre temps que les artistes et les poètes du début du XXème siècle ont mise à l’ordre du jour, mais qui est toujours d’actualité, est celle du rapport entre raison et sentiment. Il y a fort longtemps que le divorce entre l’un et l’autre paraît consommé. Il est lié au développement de la division du travail qui n’a cessé d’aller se perfectionnant depuis l’Antiquité. Du temps des Présocratiques, poésie et science, intuition et connaissance ne font qu’un dans une pensée déjà dialectique qui pratique l’unité des contraires comme en témoignent bien des fragments d’Héraclite, « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », « Les immortels sont mortels et les mortels immortels », « Tout ce qui est contraire est utile »... Puis l’un et l’autre se séparent, ce qui permet le développement de la science et de la philosophie. La pensée logique et technique recourt au principe de non-identité, A est différent de B. Le concept distingue et la science divise le réel pour mieux le maîtriser. Dans le même temps l’art et la poésie s’écartent de la magie pour devenir des pratiques esthétiques. Les différentes fonctions de l’esprit humain se séparent, se spécialisent et gagnent leur autonomie. Le beau, le bon et le bien ne sont plus une seule et même chose.

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Arthur, la révolte et la fuite

Dans la Critique de la vie quotidienne, Henri Lefebvre note qu’il y a dans la culture moderne (singulièrement dans la culture française) une forme de mépris aristocratique pour la vie quotidienne. Cette posture relève d’une mentalité précapitaliste (et pré-démocratique), qui semble héritée des valeurs féodales. De Baudelaire aux Surréalistes, la chose est perceptible. Et n’hésitant pas devant la métaphore, il assimile la vie quotidienne au prolétariat ou au monde colonial et analyse en quoi elle doit aussi être libérée. Mais l’exemple de Rimbaud, aussi exceptionnel soit-il, montre que cette attitude est la manifestation particulière d’une tendance générale. Elle a quelque chose d’universel. Ontologique même, dirais-je si je ne me méfiais pas des grands mots ; c’est-à-dire renvoyant à la condition de l’être humain. Le poète n’est pas celui qui vit en permanence dans l’émerveillement de vivre et le rêve ; il est au contraire celui qui ressent, peut-être plus fortement que les autres, le prosaïsme de la vie quotidienne et il a du mal à le supporter. Ce qui caractérise en effet la vie quotidienne, c’est la répétition, les faits et gestes liés à l’empire de la nécessité et à la reproduction de l’existant, le temps circulaire ou cyclique qui s’oppose à la verticalité des événements exceptionnels, collectifs ou individuels, de l’histoire ou de l’amour par exemple, qui viennent bousculer la quotidienneté. Et nous ne cessons d’osciller de l’un à l’autre. (Nous avons sans doute besoin de ces deux dimensions contradictoires.) Le Rimbaud des premières poésies, encore influencé par le Parnasse, Hugo ou Copée, ce Rimbaud, que l’on a tendance à sous-estimer aujourd’hui mais qui a laissé quelques-uns des plus beaux poèmes de la langue française, en est déjà l’illustration. Des poèmes écrits en 1870, comme "Sensation", "Ma Bohème", ou "Au Cabaret vert" expriment déjà le besoin de s’en aller et de revenir, le rêve mais aussi un appétit sensualiste, en quelque sorte "réaliste" de vivre ici et maintenant.

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Le cas Baudelaire

Suivre la piste des poètes pour poser la question de la figure que prend le bonheur dans la société, est-ce bien légitime ? Sont-ils représentatifs des sentiments communs ? Non, sans doute... D’abord parce qu’ils font toujours œuvre personnelle, donc singulière. Ensuite parce que la plupart des grands poètes français ne sortent pas du peuple. Intellectuels, ils sont souvent plus ou moins en rupture de ban de la bourgeoisie, grande ou petite. Et pourtant... Par leur activité même qui consiste à formuler, ils donnent forme à des sentiments présents dans la société. Et même si leur œuvre est en général de diffusion restreinte, elle agit sur la sensibilité collective par les voies délicates mais efficaces d’une sorte de capillarité des idées et des sentiments.

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La Poétique du bonheur

Le bonheur a une histoire. Une histoire antique (sur laquelle il faudra revenir) et une histoire moderne. Celle-ci commence sans doute au 18e siècle, avec les philosophes des Lumières et la Révolution française. La Constitution de 1793 pour la première fois assignait comme but à la société d'assurer le bonheur commun. « Le bonheur est une idée neuve en Europe », disait Saint-Just... Elle a fait du chemin depuis. Et elle a connu pas mal de vicissitudes auxquelles sont liées l'histoire des révolutions, l'histoire de l'utopie et celle du communisme...

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