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Représentation politique : Tirage au sort ou pas ?

C’est un chantier particulièrement ouvert et dynamique. L’ensemble de la séance a commencé en vantant les mérites du tirage au sort sans toutefois que personne n’en fasse la panacée ; de même les réserves qui vont lui être opposées n’ont pas considéré qu’il fallait le récuser en toute occasion.

L’argumentation en faveur du tirage au sort s’est appuyée notamment sur : la référence aux jurys d’Assises, l’alternative au stade délégataire, à la professionnalisation de la politique et à la crise des représentations. Il y a du « déjà là » dans des conseils de quartiers mais cela ne peut concerner tous les cas de figure. Il ne s'agit donc pas d'en faire un modèle mais de rappeler l’existence de ces réalités et surtout de souligner que la méthode a des vertus pédagogiques en faisant vivre l’égalité de tous les citoyens devant la politique par le « tous capables ». C’est une égalité politique radicale qui, si elle érigée en système n’est pas digeste pour le capitalisme. Cela a été appuyé par des références à l’Histoire, particulièrement la démocratie Athénienne dans l'histoire moderne, à Venise, à Florence ou en Aragon ou encore à Great Yarmouth en Angleterre. Cas évidemment très particuliers puisque la méthode intervient après une sélection sociale et politique préalable, et donc dans des milieux très restreints : dans les élites de ces temps.

Aujourd’hui, dans différentes régions du monde depuis les années 1990, notamment des provinces canadiennes, des États de l'ouest des États-Unis, ou encore en Islande et en Irlande, comme on l'a vu avec les récents référendums dans lequel le tirage au sort est articulé avec la mise en place d'assemblées citoyennes.

Il y a bien évidemment une récupération possible : on le voit avec l'idée de Macron d'instiller une dose de tirage au sort dans l'organisation de son « grand débat ».

Mais nous devons nous saisir de cette question du tirage au sort sur le fond en le reliant aux assemblées citoyennes - et c'est sous cet angle là que le RIC mis en avant par les Gilets Jaunes, doit être pris en compte.

On peut faire le pont avec une démarche d'auto-organisation et d'autogestion, injecter de la démocratie active ou directe et réinventer/démocratiser radicalement la démocratie

L'enjeu est d'articuler cette démocratie directe ou active à des mesures radicales visant la démocratie représentative, dans l'optique d'une déprofessionnalisation de la vie politique.

Si on n'a pas d'élément d'évaluation sur la pratique du tirage au sort utilisée dans quelques conseils de quartier, là où il s'est fait, les résultats ont été intéressants, y compris quand cela a été couplé à l'ouverture aux jeunes dès l'âge de 16 ans et aux étranger.e.s, en terme de dynamique démocratique

Enfin, il a été rappelé que le tirage au sort a aussi été expérimenté de façon très intéressante au sein des Verts au début des années 2000 pour désigner des candidatures aux élections cantonales dans un département du nord-est : meilleure dynamique militante, travail en équipe favorisé, meilleure implication des femmes et des militants de milieux populaires...

Mais des objections sont venues pondérer cet enthousiasme. Si la nécessité de favoriser la quête d’égalité et de reconnaissance de la validité des capacités de tous est reconnue, il ne faut toutefois ignorer le poids de l’idéologie dominante : toute idée ne se vaut pas. Pour certains intervenants, le tirage au sort renvoie encore à une forme de représentativité et de délégation comme si ce stade était indépassable. De plus, il suppose une homogénéité des représentés politiquement peu probable ; il va de pair avec un consensus qui irait de soi et avec l’absence de toute conflictualité. Tous les porte-parole alors se vaudraient effectivement. Or, si la conflictualité demeure, il est bien difficile de demander à un(e) tiré(e) au sort de promouvoir quelque chose qu’il ne partage pas. Le cas d’une organisation et de l’exemple des Verts est différent : le tirage au sort peut y être valide puisque l’adhésion à une organisation est volontaire et est en elle-même une sélection. En ce qui concerne la société, sa pluralité et sa conflictualité inévitables doivent pouvoir se retrouver dans les espaces larges de coordination. D’autant que c’est à travers ces conflictualités qu’une société peut se développer. Pour ces intervenants, l’exemplarité des jurys d’Assises ne tient pas : la justice suppose l’absence de toute idée préalable, « la justice est aveugle » ce qui n’est pas le cas pour la politique. Si les désignés sont des chargés de missions bien définies, il paraît bien difficile de gommer le pouvoir et la responsabilité qu’implique la désignation des porte-parole par les électeurs. La désignation des porte-parole fait partie intégrante de l’exercice de la citoyenneté. Ne partons pas du point de vue de la structure mais partons bien du point de vue du citoyen(ne) lambda qui a davantage de probabilité de ne jamais être tiré au sort. On peut très bien décider de la rotation de celles et ceux que l’on charge de porter la parole des assemblées locales. Et l’on peut très bien décider de la rotation de celles et ceux que l’on charge de porter la parole des assemblées locales. Et si l’on prend le cas de la présence nécessaire de femmes ou de migrants, c’est une question de responsabilité de tous qui ne se règle pas par le sort mais par l’affirmation constante d’une volonté et d’une responsabilité politiques qui impliquent tous.

Un certain nombre de participants ont souhaité que se poursuive la réflexion tant les arguments des uns et des autres étaient pertinents et méritaient approfondissement.

Ont contribué au débat du 23 mars : Benoit Borrits, Pierre Cours-Salies, Bruno Della Sudda, Catherine Destom-Bottin, Patrick Le Tréhondat, Alain Lacombe, Sylvie Larue, Christian Mahieux, Henri Mermé, Jacques Pigaillem, Rémy Querbouet, Daniel Rome, Paquito Schmidt, Patrick Silberstein, Francis Sitel, José Tovar, Josianne Zarka, Pierre Zarka.