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Gratuité, une autre manière de faire société

Nathalie Perrin Gilbert, maire du 1er arrondissement de Lyon
Nathalie Perrin Gilbert, maire du 1er arrondissement de Lyon

Je suis heureuse de vous accueillir dans le 1er arrondissement de Lyon car, selon moi, la tenue de ce forum national dans notre arrondissement fait sens. Je crois en effet que le 1er arrondissement est un petit îlot de gratuité au sein de la ville et de la métropole de Lyon. Depuis 2014, nous avons par exemple installé dans notre espace public de petits espaces de gratuité avec la mise à disposition de boîtes à lire et de lombricomposteurs. Nous avons permis à une quinzaine d’associations et collectifs d’investir un bâtiment géré par la mairie d’arrondissement et d’y créer la « Maison de l’économie circulaire ». La mairie d’arrondissement a également adhéré à la monnaie locale et complémentaire La Gonette. Je ne veux pas multiplier les exemples ni réaliser un inventaire à la Prévert, mais juste dire que depuis 2014 nous nous sommes engagés, modestement mais très concrètement, dans un autre rapport au monde, à la ville et aux autres. Un rapport qui n’est pas uniquement marchand et monétarisé. L’échange, le recyclage, le don et le contre-don, la réparation, les circuits courts, sont des formes sur lesquelles nous nous appuyons.

Un champ de possibles s'est ouvert

Aussi quand j’ai échangé avec Paul Ariès cet été, je me suis rendue compte qu’à la manière de Monsieur Jourdain, nous faisions de la gratuité sans le savoir ! Et alors un champ de possibles s’est ouvert ! Il était enthousiasmant de prendre conscience qu’il y avait d’autres îlots de gratuité autour de nous (bon, j’avoue que je le savais déjà un peu en échangeant avec d’autres maires et d’autres collectifs) et que nous pourrions associer ces îlots à l’occasion d’une journée comme celle-ci, formant ainsi un archipel qui relie territoires et expériences politiques et/ou citoyennes.

Je remercie toutes les organisations politiques de gauche et écologiques, les mouvements citoyens, les collectifs, les ONG et les associations, les chercheurs, les médias présents. Votre diversité est la clé de la réussite de cette journée. Une journée qui ne se veut pas seulement la présentation d’expériences menées ici et là mais qui se veut le socle d’une proposition politique construite.

Une proposition politique qui s’autorise des mots neufs comme celui de gratuité. Nous avons besoin de mots neufs pour remplacer les mots usés ou abîmés qui saturent notre réflexion et limitent notre imaginaire, qui peuvent aussi nous priver d’espoir. Or devant les enjeux écologiques, climatiques, économiques, sociaux, territoriaux qui se dressent devant nous, nous avons besoin d’oser. Oser de nouveaux chemins. Je reprendrai volontiers cette phrase de Paul Ariès dans son livre « Gratuité versus Capitalisme » : « Nous avons besoin de mots neufs pour ouvrir de nouveaux chemins ».

C’est à ces nouveaux chemins que nous invite ce deuxième forum national de la gratuité. Osons les prendre ensemble, les penseurs nous y invitent et les expériences menées nous montrent qu’il y a des possibles.

(…) A l’issue de cette journée, je vais donc dire ce que j’ai retenu pour ma part.

Je retiens tout d’abord combien la gratuité est une notion qui concerne toutes les sphères de notre existence, depuis notre naissance jusqu’à notre mort. C’est une notion qui concerne les biens et les services, mais nous avons aussi parlé aujourd’hui de la gratuité des biens naturels et des biens culturels.

Je retiens ensuite cette idée forte que la gratuité est tout sauf irresponsable. Dire que la gratuité concerne toutes les sphères de notre existence ne veut pas dire que tout doit être gratuit au sein de ces sphères. La gratuité permet de revenir à la valeur d’usage, et lutter contre la surconsommation, le gaspillage, le mésusage.

Je retiens également qu’il a été souligné à plusieurs reprises aujourd’hui que la gratuité n’est pas la charité, elle est une proposition politique qui vise à l’émancipation et à la réduction des inégalités. Elle doit être construite solidement, y compris juridiquement, historiquement et économiquement, car elle rencontre et rencontrera de nombreux détracteurs.

La gratuité permet de revenir à la valeur

Je retiens enfin que la gratuité est une proposition politique qui va au-delà de la résistance. La gratuité va sur le terrain du rêve, de l’émancipation, et en cela elle est capable de susciter une adhésion populaire. Elle est aussi capable, pour reprendre une phrase de Paul Ariès dans la presse récemment, de « redonner un élan aux forces de gauche et écologiques ».

A ce sujet, je suis heureuse de constater ce soir que nous sommes capables de nous retrouver dans une même salle et de nous écouter, de convenir aussi que le débat entre nous doit continuer pour avancer sur cette proposition, notamment en vue des élections municipales de 2020.

Et je dois dire que je ne boude pas ce plaisir : c’est au cœur de la ville de Lyon, qui s’est voulue – via son maire – le berceau du macronisme, que nous recommençons à rêver et à élaborer un autre modèle, une autre manière de faire société.