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Le peuple ! Au secours ?

Voilà qui pourrait résumer l’attitude de nombreuses forces syndicales et politiques 1, lors de l’irruption des Gilets jaunes2. Certes, l’extrême-droite est à la manœuvre depuis le début; mais lui laisser la place au sein d’un tel mouvement de masse eut été catastrophique. Des patrons soutenaient le 17 novembre; dès le lendemain, ils réclamaient « un retour à la normale » : pas question de mettre en danger leurs bénéfices ! En réalité, ce sont « celles et ceux d’en bas » qui se révoltent ; et les femmes y sont très présentes… plus que dans bien des actions que nous organisons.

Un grand nombre de revendications correspond à ce que nous défendons, notamment à travers nos syndicats. Quelques unes sont contradictoires avec nos combats : c’est par la discussion que nous pourrons convaincre qu’elles mènent à des impasses. Cela suppose d’être partie prenante du mouvement, pas de le commenter de l’extérieur !

Nous sommes pour que les négociations se fassent sous le contrôle direct de celles et ceux qui les ont permises par leur action : les Gilets jaunes qui ne veulent discuter avec le gouvernement que si tout est retransmis en direct nous donnent matière à relancer cette pratique !

Dans les barrages, la légitimité des délégations est discutée. Fédéralisme, assemblées générales, mandats limités et contrôlés, convergence des luttes… Sans utiliser notre langage militant, c’est de cela dont il est question. Et en pratique !

Que les soutiens… soutiennent et ne tentent pas de diriger ! L’action directe et l’autonomie du mouvement sont les meilleurs remparts contre la récupération. Ce sont aussi des facteurs déstabilisants pour des organisations qui acceptent ou subissent les pressions institutionnelles. Voilà l’occasion de rediscuter du temps consacré à l’activité de terrain, à la réflexion, à la construction de nos outils, et d’autre part aux réunions décidées par les patrons ou les pouvoirs publics, aux séances où on mime la démocratie ou à la perpétuelle préparation des prochaines élections qui n’organisent en rien la rupture avec le système.

Celles et ceux qui ont animé des grèves savent que les mouvements les plus forts sont ceux où s’impliquent des collègues qui jusque là n’ont jamais fait grève, des collègues qui votent à droite ou pire, des collègues pour qui l’antiracisme ou le féminisme ne sont pas des références. C’est le moment de lutte commune, le partage d’expérience, parfois la confrontation, qui nous font avancer.

1 Sont ici évoquées, les organisations qui, dans leur diversité, se situent dans une perspective émancipatrice de rupture avec le système capitaliste.

2 Indifférence, analyse erronée, voire mépris : quelques communiqués antérieurs à la réussite du 17 novembre sont affligeants de ce point de vue.