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L’angle aveugle d’un congrès

Le parti communiste français vit un moment étrange de son existence. Son congrès extraordinaire doit discuter sur la base d'une « base commune » qui n'est pas, après le vote de 30 000 militant-e-s, celle proposée par la direction sortante. Rien ne permet bien sûr de dire à quoi ressemblera, une fois amendé, le texte final. Mais le camouflet imposé à la direction est patent ; la légitimité de Pierre Laurent, en particulier, est mise en cause, et bien qu'il se soit déclaré « disponible » pour diriger l'équipe qui sortira du congrès, la commission des candidatures doute que cette disponibilité soit de nature à rassembler les communistes.

Le principe de « l'unité du parti », qui lui a toujours permis dans le passé de surmonter ses crises internes, est aujourd'hui des plus précaires. Les questions de personnes se conjuguent à des visions de l'avenir si différentes qu'on peut douter de la solidité des compromis qui pourront être faits. Aucun des courants en présence ne domine vraiment : ni celui qui recherche un renouvellement de la pensée du communisme, ni celui qui prône un recentrage sur certains thèmes programmatiques dans la crainte de « l'effacement » du parti communiste, ni celui de la direction sortante. Et aucun de ces courants n'est par ailleurs homogène ou porteur de propositions clairement identifiables. Même si certains font à d'autres le reproche classique de vouloir « liquider  » le parti, la question de son dépassement n'est explicitement pas posée – et ne sera donc pas discutée par le congrès, comme si la nécessité d'un « parti communiste » pour faire vivre le communisme ne pouvait être mise en question. Les discussions sur les causes de l'enlisement du parti communiste butent ainsi sur l'angle délibérément aveugle de la forme-parti elle-même.