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Bonne année, vieilles taupes !

Gramsci avait beau dire qu'il détestait le nouvel an, les souhaits de bonne année ne peuvent pas faire de mal. Peut-être même peuvent-ils faire du bien. Nous aurons sans doute toutes et tous notre lot de joies et de peines en 2017 : il n'y a pas de raisons... Comme tout le monde, je souhaite donc à chacune et chacun le meilleur.

Après tout, ni l'Histoire ni la vie ne se découpent vraiment en années calendaires. La date arbitraire du premier janvier n'est qu'un prétexte.

La question de l'avenir collectif est sans doute plus délicate. 2016 ne restera probablement pas dans les mémoires comme une année de lumière, et rien n'indique que 2017 doive échapper à ce tropisme marécageux. Il s'agit donc ici de souhaiter une bonne année "malgré tout". C'est toujours ça de pris.

Quant à la période, on n'est bien sûr pas à l'abri des surprises - surtout lorsque l'on travaille à les faire advenir. Rien n'est écrit de ce qui nous attend, et ce serait manquer à la politesse la plus élémentaire de le faire attendre indéfiniment. Travaillons donc.

Puisque l'année qui s'ouvre est celle d'un centenaire, je ne résiste pas à citer ici ce que disait Lénine il y aura ces jours-ci exactement cent ans. En janvier 1917, tout en exprimant sa confiance dans l'avenir de l'Humanité - confiance qu'il faisait reposer sur le militantisme des jeunes générations - il écrivait néanmoins : « Nous, les vieux, nous ne verrons peut-être pas les luttes décisives de la révolution imminente. » Moins de deux mois plus tard, l'empire des tsars s'effondrait. L'année 17 ouvrait un siècle nouveau à l'Histoire, et quelle que soit la manière dont il a pu se refermer, aussi terrible qu'il aura pu être à bien des égards, les espoirs qu'il a portés doivent nous porter encore, à frais nouveaux, en sachant bien que le monde dans lequel il nous appartient de lutter n'est plus le même, et qu'il faut assumer à la fois l'héritage d'un passé qui nous constitue, et la nouveauté d'un avenir à penser et à construire.

Puisqu'on en est aux citations, en voici une à la puissance quatre. Citons Maxime Rodinson citant Marx, citant Hegel, citant Shakespeare - et il est bon que le dernier mot revienne à la littérature :

« Marx avait réutilisé la citation par Hegel de l’apostrophe de Hamlet au fantôme de son père : "Bien dit, vieille taupe ! Comment peux-tu avancer si vite sous la terre ?" Il avait transféré seulement la métaphore du cheminement de l’Esprit universel à celui de la Révolution. […] Mais il n’y a pas qu’une taupe sous terre à saper les multiples fondations d’un monde inégalement avancé en âge. Et la taupe est un animal presque aveugle. »

Meilleurs vœux aux vieilles taupes !!