Retrouvez Cerises en ligne sur www.cerisesenligne.fr

Face à l’offensive de l’extrême-droite dans les quartiers populaires

Sur fond de démission de la gauche gouvernementale et d’absence de bataille politique locale, les groupuscules radicaux et le Front national renforcent la diffusion de ses idées xénophobes et racistes en banlieues. Une contre-offensive unitaire est urgente.

Je veux vous faire part de mes préoccupations et de propositions concernant une conjonction inédite de faits relatifs à l'extrême-droite dans les quartiers populaires, en Seine-Saint-Denis et à Saint-Denis particulièrement, et de la nécessité d'y faire face résolument, en tout cas de façon plus déterminée et efficace qu'aujourd'hui.

Dans le même moment, trois courants ont fait de Saint-Denis leur cible. Le caractère populaire de la ville les attire. Et, sans nul doute aujourd'hui, la présence de très nombreuses personnes françaises d'origine étrangère, notamment maghrébine. Population qu'ils ont traditionnellement ou nouvellement décidé de travailler.

En premier, depuis longtemps, le siège postal (ou plus, selon certains témoins) d'Egalité et Réconciliation de Soral qui investit la population maghrébine, surtout les jeunes. Avec deux dimensions en pointe dans ses thèmes : l'antisémitisme et le "soutien" aux Palestiniens.

En second, Dieudonné et ses amis expulsés du Théâtre de la Main d'Or à Paris, qui ont jeté leur dévolu sur les Ateliers Christofle. Rappelons que Dieudonné est déjà venu spécifiquement à Saint-Denis pour la campagne électorale des Européennes de 2009, accueilli par nombre de militants antifascistes. Les thèmes antisémites, pro-palestiniens et anti-système sont permanents. La notoriété de "l'artiste" est, selon nombre d'observateurs, forte dans les cités avec nombre de jeunes qui le soutiennent.

Enfin il y a, très inquiétante, la nouvelle dynamique du Front national, qui a décidé d'accentuer fortement sa conquête de l'électorat populaire en banlieue, tout en maintenant sa ligne traditionnelle anti-migrants et en menant conjointement un travail de conquête des "élites', universitaires et autres et de la jeunesse.

Le FN a mené la bataille des idées et est en passe de la gagner provisoirement en irriguant la société et d'autres forces politiques de ses thèmes sécuritaires, anti-immigrés, anti islam, souverainistes et anti-européens mais aussi populistes et de racolage social empruntant à la gauche. Son nouveau champ proclamé d'intervention se situe en banlieue, avec la volonté de créer des collectifs "Banlieue patriote".

Lors d’une conférence de presse organisée à Saint-Denis, faute d’information en amont, nous n’avons pu nous exprimer, alors qu'en janvier 2012, 500 personnes manifestaient dans notre ville contre la présence de Marine Le Pen et ses amis du FN. Nous cédons le terrain à l'extrême-droite ? Qui peut penser que le FN n'y appartient plus ?

Le FN veut toucher les cités populaires et les personnes françaises d'origine immigrée. Il prépare des matériels de communication spécifique pour cela. L'offensive est sérieuse, et le glissement progressif de territoires populaires du Nord et du Sud-Est de la France vers le vote FN est un signal parmi d’autres dérives inquiétantes – comme celles de nombreux dirigeants de la droite, telle Nadine Morano, ou encore la place occupée par les polémistes xénophobes dans les grands médias1 - du risque pour d'autres.

Cette banalisation est très inquiétante et inacceptable au regard du danger d'extrême-droite. Allons-nous rester passifs ou uniquement appuyés sur nos activités politiques, associatives et syndicales traditionnelles, chacun séparément, pour faire contre feu à ces offensives ? Nous le savons, cela ne marche pas ou plus pour toutes les raisons, dont la désespérance et la colère de la population ne sont pas la moindre cause. N’est-il pas grand temps que les militants et organisations se rencontrent pour envisager une contre-offensive commune ?

1. Citons aussi, parallèlement à cette offensive d'extrême-droite, celle de multiples et nombreuses sectes, en direction des femmes et des jeunes plus particulièrement. Cette entreprise importante de maîtrise des personnes les plus fragiles et précaires concoure également à la passivité voire plus vis à vis de l'extrême-droite et ses idées.