Retrouvez Cerises en ligne sur www.cerisesenligne.fr

L'enjeu grec

La victoire de Syriza a ouvert une brèche en Europe. Ce que les gouvernements européens redoutent le plus, c’est qu’elle s’élargisse et que ce qu’ils avaient patiemment bâti en trente ans, une domination structurelle du néolibéralisme, s’effondre.

C’est en ayant cet enjeu en tête qu’il faut regarder les premiers pas du nouveau gouvernement grec. Syriza a gagné les élections parce qu’il a promis à la fois d’en finir avec l’austérité et de rester dans l’euro. Face au dilemme dans lequel les institutions européennes voulaient l’enfermer - capituler ou sortir de l’euro -, le gouvernement grec a eu raison de chercher un compromis. C’était la seule voie possible pour tenir le mandat sur lequel il avait été élu et pour desserrer l’étau. Or la hauteur d’un compromis dépend du rapport de forces. Le gouvernement grec n’a trouvé aucune aide, n'a pas réussi à diviser les gouvernements, les mobilisations populaires de soutien à la Grèce ont été faibles et n’ont pas réussi à peser sur leurs positions. La Grèce est restée dramatiquement seule. C’est à l’aune de cette situation qu’il faut évaluer l’accord provisoire - insatisfaisant - conclu avec l’Eurogroupe qui devrait permettre à la Grèce de gagner un peu de temps.

La question de la sortie de l’euro se posait évidemment. Quel aurait été alors le prix à payer ? Économiquement, la dévaluation importante de la monnaie aurait entraîné un appauvrissement massif des Grecs et aurait été précédée par une fuite des capitaux (celle-ci a d’ailleurs commencé). La drachme aurait été probablement soumise à la spéculation financière. Une éventuelle annulation de la dette aurait certes donné de l’air à la Grèce, mais la contrepartie en aurait été une impossibilité de se financer à l’extérieur. Les bénéfices attendus d’une sortie de l’euro étaient donc aléatoires. Mais cette sortie aurait été aussi politiquement coûteuse. Comment renier au bout de quelques semaines  l’engagement à ne pas sortir de l’euro ? De plus, cette sortie, forcément chaotique, aurait servi de contre-exemple au niveau européen, renforçant ainsi l’idée qu’il n’y a pas d’alternative à la situation actuelle, et aurait affaibli considérablement Podemos à la veille d’échéances électorales.

Bref, il n’y avait pas de bon choix. L’histoire n’est cependant pas terminée et encore moins écrite. Des affrontements majeurs sont devant nous car les institutions européennes n’ont pas renoncé à étrangler la Grèce et celle-ci n’a pas encore perdu. Le soutien à la Grèce est aujourd’hui un combat essentiel pour tous les progressistes. C’est notre avenir qui s’y joue.

Pierre Khalfa est membre d'Ensemble !