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Quand la culture cultive l’immobilité du monde...

La première partie stimulante de l’entretien d’Alain Brossat trouvera dans la restitution du débat de la Fête de L’Humanité autour de “Arts et transformations sociales” un écho et certes pas une réponse.

La colère qui l’anime est bien souvent la mienne. Quand on lutte sur le terrain social, pour les sans papiers, la santé pour tous, les coopératives..., les slogans de mon secteur autour de la “défense de la culture” - même “pour tous” - sonnent faux. Le positionnement général du Front de gauche de la culture semblait un brin surréaliste comme si la culture créait de manière magique de l’émancipation. Si c’était le cas, on se demande pourquoi tous les partis institutionnels soutiennent l’existence d’un financement fort de la “culture”. Pourquoi le marché a choisi “la culture” comme lieu pour investir et pour rentabiliser. On les attend encore, les millions de Français émancipés… Cette mystification est ancrée chez les plus généreux, les plus précaires aussi… qui se donnent parfois à la “culture” comme à une église. Une “culture” remède à nos maux ? On oublie vite qu’il n’y a pas une mais des cultures, que ces cultures sont souvent des outils d’uniformisation sociale, que le théâtre est une pratique de classe, bien plus que le football ou le cinéma. On oublie que les outils “culturels” sont parfois des outils de dominations. Comment expliquer que les oeuvres hollywoodiennes semblent être écrites par un ou deux propagandistes de la “liberté” et de la “démocratie” ?

Le débat à la Fête de L’Humanité était pour nous comme une réponse à cette comédie de l’unité du “secteur culturel”. En tentant de réunir les acteurs concrets d’un chemin d’émancipation, nous souhaitions dire aussi qu’il faut chercher une relation art/société qui ne soit pas tranquille. De brics et de brocs, ça bricole à la marge des actes isolés et pourtant rassembleurs, des morceaux d’imaginaires, des bouts de futurs. Ces acteurs là ont réagi à l’agression israélienne à leur petite mesure… minoritaires dans la vague qui défend la “culture”... Ces acteurs là n’ont cessé d’élargir un combat catégoriel à l’infini d’un monde au delà du salariat… minoritaires sans doute face au flot uniforme d’une profession sur la défensive.

Je n’utilise presque plus le mot culture. Je parle “d’arts et d’éducation populaire”. Ce n’est pas parfait. C’est plus proche en tout cas de ce qui nous anime : un processus de création de formes et un espace de constructions d’idées. Le débat est ouvert.

Voir également le délicieux "Faites un pas de côté, allez au Grand Parquet !"