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Un regroupement pour révolutionner la politique

Plusieurs composantes du front de gauche et des citoyens motivésont engagé un rapprochement qui devrait se concrétiser les 23 et 24 novembre prochains. Cerises publie une contribution des Communistes unitaires concernant l'orientation de cette dynamique naissante

La crise politique se traduit par ce paradoxe : les enquêtes d’opinion révèlent qu’une majorité de personnes rejettent le capitalisme et la rentrée est marquée par un sentiment d’impasse et d’impuissance.

Nous sommes confrontés à l’obsolescence des conceptions traditionnelles de la politique. Pas seulement en France. L'expression de la colère sociale et le rejet d'un système sans démocratie réelle se manifestent de diverses manières mais ne se prolongent ni dans les espaces institutionnels, ni dans la vie politique qui gravite autour de ceux-ci.

L’ACU considère qu’il y a urgence à changer radicalement l’angle par lequel cette question est abordée. C’est le sens qu’elle souhaite donner à sa participation aux efforts en vue d'un regroupement de forces alternatives radicales au sein du Front de Gauche (pour l'instant, la FASE, Convergences et Alternatives, la Gauche Anticapitaliste, les Alternatifs, une partie de la Gauche unitaire et des individus). Afin de contribuer à donner à ce regroupement une efficacité nouvelle, nous proposons d’approfondir certaines questions, sans que cela, bien sûr, ne remette en cause le calendrier du regroupement.

Nous voudrions ici retenir l’attention sur quatre d’entre elles :

1. Un enjeu majeur de la période est que le traitement des urgences et les luttes actuelles dépassent le stade de la protestation, souvent sectorielle et rarement globale, afin qu'ils promeuvent une autre conception de la société.

Il s’agit de donner aux luttes et propositions thématiques la portée d’une dynamique d’émancipation, d’en dépasser l’éparpillement pour leur donner davantage de force.

Le caractère inamendable du système capitaliste nécessite de travailler à une cohérence radicalement différente : à partir d'exigences fortes, il est possible de dégager les paramètres d’un autre type d’organisation et de fonctionnement de la société. Cela donnerait force et cohérence aux luttes et permettrait de forger sur cette base des majorités d'idées.

2. Préciser le sens de notre participation aux diverses élections

Le pouvoir politique ne peut être extérieur au mouvement populaire, faute de quoi il est par essence délégataire et perpétue les rapports de domination et de dépossession. C'est pourquoi la question essentielle n’est pas "la prise du pouvoir" institutionnel par l'organisation ou par ses représentants, mais le mouvement populaire qui se transforme lui-même en force de pouvoir. L'objet de l'organisation doit donc être, avant tout, de contribuer à cette appropriation populaire du pouvoir. Cela implique de nouveaux rapports entre les élus ou les collectifs politiques et les citoyens, domaine dans lequel beaucoup reste à inventer.

3. Si l'on part du principe que ce sont les individus, à partir de leurs parcours, qui doivent assumer les responsabilités du processus transformateur, alors rassembler, faire co-élaborer et agir ensemble des forces politiques, syndicales, associatives, des mouvements temporaires et des citoyens, avec des démarches culturelles émancipatrices, est une question incontournable. Il s’agit là d’une révolution démocratique.

La dimension fédérative, pour l'ACU, ne se limite pas à une question d’organisation interne. Elle constitue la forme d'organisation qui correspond le mieux à la démarche transformatrice. En effet, une organisation fédérative, pluraliste par essence, est accessible au plus grand nombre des intéressés, sans avoir à demander à qui que ce soit de renoncer à sa spécificité ou de se renier. Cette dimension nous paraît porteuse, en elle-même, du dépassement de certaines conceptions de la politique frappées d’obsolescence.

L’expérience de la FASE, dont l'ACU est partie prenante, permet de dire que dans un cadre commun, les différences non seulement ne sont pas des obstacles mais peuvent être considérées comme des atouts à la fois pour cerner le réel et pour rassembler. La situation et les échecs passés montrent qu’aucune force ne peut à elle seule dégager les solutions indispensables à ce que nous appelons la révolution démocratique. C’est de la confrontation et du métissage des parcours et des cultures politiques que peut émerger une structure qui favorise au mieux l’émergence d’un mouvement transformateur. Cette future organisation doit tirer son unité de la co-élaboration, à partir d’une polyphonie maintenue et assumée, et des méthodes de fonctionnement qui la permettent.

Les grands moments de l’Histoire populaire attestent que cette diversité, y compris de nature d’organisations, n’empêche nullement un discours et des actions cohérents. Au contraire, il ne saurait y avoir de rassemblement populaire majoritaire enfermé dans un seul moule.

Présenter une démarche fortement identifiable d'affirmation d’un rôle nouveau de la citoyenneté, c'est rendre cette polyphonie attractive et non cacophonique.

La dénomination de la nouvelle organisation devrait faciliter la perception de l'originalité de la démarche par les citoyennes et citoyens.

4. Parallèlement, un débat sur la dénomination de l'alternative au capitalisme s’est développé.

Nous trouvons important de pouvoir identifier l'objectif transformateur à partir des enjeux actuels. Mais, les dégâts du XXe siècle font qu’aucun terme ne s’impose de lui-même.

L'ACU a déjà eu l’occasion de dire que les dénominations d’éco socialisme et de socialisme ne nous conviennent pas. Et dans notre regroupement chacun connaît notre attachement à une notion revisitée de communisme (qu’expriment nos termes : altercommunisme, altercommunistes).

Nous comprenons la difficulté de dégager un terme qui satisfasse toutes les composantes du regroupement et nous pensons indispensable de choisir des formulations faisant consensus entre elles, tout en laissant chaque composante et individu libre d’exprimer publiquement ses références.

Bien entendu, cela vaut également pour le nom de notre future organisation qui ne peut pas contenir un de ces termes ne convenant pas aux uns ou aux autres.

Bien évidemment, notre processus de regroupement s’inscrit au sein du Front de gauche comme un enrichissement de celui-ci et comme un moyen de le tourner davantage vers des mouvements inédits de citoyens.

Il s’agit qu’il n'apparaisse ni satellisé par quelle que force que ce soit, ni comme un parti guide à suivre, une avant-garde éclairée à laquelle le peuple devrait s'en remettre, mais comme une force riche de la diversité des approches, des cultures et des expériences qui existent parmi ceux qui se revendiquent d’une visée d’émancipation.

Il aurait d’ailleurs été souhaitable que ce soit le Front de gauche lui-même, avec toutes ses composantes, qui opère ce type de transformation.

Ces considérations conduisent l’ACU à soumettre quelques propositions à la discussion, d’ici aux Assises et après, outre les 4 points évoqués plus haut.

Concevoir la participation de notre regroupement au Front de gauche et notre autonomie vis-à-vis de celui-ci de manière à faire en son sein et avec lui tout ce qui peut l'être, et à porter, sans attentisme, ce qui nous est spécifique. Ainsi, nous ne serons pas spectateurs des débats entre le PCF et le PG, mais porteurs d’orientations et de conceptions visant l’élargissement du Front de gauche à la citoyenneté active du plus grand nombre, notamment par sa démocratisation et son ouverture aux adhésions individuelles.

Cela devrait être valable dans des espaces de rassemblement plus larges que le Front de gauche (ex. Collectif retraites 2013), comme pour notre future organisation et ses composantes.

Sur ce dernier point, nous avons à inventer un fonctionnement qui rende possible le maintien de cette diversité et encourage les confrontations constructives qui peuvent en découler, en organisant le débat non seulement interne, mais public, sur chaque question. Il s’agit là d’un enjeu culturel.

Nous ne pouvons enfermer ni prédire l'avenir, d'où notre attachement au caractère évolutif de l'organisation. C’est pourquoi celui-ci ne devrait pas être limité à une simple période de transition.

Enfin, un processus d’internationalisation paraît indispensable et urgent à entamer : le Capital ne peut être le seul à s’organiser de manière transfrontière.

3 octobre 2013