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Et les sondages dans tout ça ?

Un exemple de porte-à-porte parmi d'autres, Sevran-Rougemont quelques jours après les tueries de Montauban et Toulouse : « Bonsoir, je vous apporte le "quatre pages" d'appel à réélire François Asensi le 10 juin prochain et l'invitation à participer à la table ronde de demain, à Villepinte, pour agir sur les politiques de Pôle Emploi et des entreprises dans le 93 ». Le regard passe de l'interrogation à l'intérêt, la main se tend, déjà on pense à la sonnette suivante.

Pas une initiative du Front de gauche ne manque cet objectif central : réactiver l'échange égalitaire et libre entre citoyens de gauche. Même les médias aux mains des Bouyghes, Bolloré et autres Dassault trébuchent : assujettir la circulation des propositions et informations avant une échéance décisive - l'acceptation du traité de Giscard et de la réforme des retraites Sarkozy-Woerth avant hier et hier, la reconduction du sarkozysme aujourd'hui - semble échapper aux recettes classiques des faiseurs de presse et de sondages.

Est-ce la compréhension par les couches moyennes et les classes populaires qu'est venu le moment de faire bloc ? Quand les puissances européennes laminent le peuple grec ? Quand s'impose un modèle économique axé sur la voiture de luxe comme le développe l'oligarchie allemande, sans avenir à moyen et long terme par conséquent ? Rencontres citoyennes, luttes pour des réponses alternatives aux politiques entreprenieurales ou étatiques trouvent une disponibilité et un écho nouveaux chez les citoyens de gauche.

Et les sondages dans tout ça ? Une première hypothèse s'en dégage, qui effraie les classes dirigeantes françaises : UMP et MoDem réunis peinent à se maintenir à 40% (30% chez les 18-24 ans). Ce serait le plus bas niveau depuis 1995. Facteur aggravant : sans plus aucun réseau de notables, le MoDem attirerait toujours un électeur de droite sur trois. En fixant l'échéance d'un congrès de l'UMP en octobre, Juppé n'a-t-il pas d'ailleurs pris la mesure de l'échec de la stratégie du parti unique pour la droite française ?

La seconde hypothèse imaginable pour le 22 avril est que, dans le cadre d'une forte participation électorale, le Front de gauche mobilise avec ampleurt : le total Hollande-Mélanchon est annoncé par les spécialistes des sondages comme devant être élevé grâce au nouveau palier électoral du Front de gauche. Le 22 avril, un citoyen de gauche sur trois votera Mélenchon.

Bref, la séquence élections présidentielles / élections législatives s'annonce comme un choix de société et de citoyenneté. S'ensuivent une question et une responsabilité particulière.

La question est posée à Hollande, Moscovici et autres Valls : peuvent-ils se sortir de leur enkystement dans la constitution présidentialiste et dans leur dépendance des spécialistes en médias et manipulations ? Nombre d'entre eux piaffent de passer du parlement au gouvernement avec pour seul horizon l'aménagement à la marge des politiques mises en place par les Guéant, Mercier-Dati (prenons la mesure de l'assujetissement du judiciaire au gouvernemental et au policier), Fillon-Woerth-Bertrand (sur le paritarisme, les salaires différés et les minimas sociaux)... Depuis des mois, les fractions les plus à droite du PS sont approchées par le MEDEF, la FNSEA et tous les lobbys des hauts fonctionnaires et des cercles managériaux.

Mais Hollande a contre lui qu'une grande partie de sa base électorale s'est montrée plus que réservée le 19 octobre dernier : il n'a réuni au second tour de la primaire organisée par le PS et le MRC qu'un peu plus d'un participant sur deux. Il a contre lui le poids de l'échec des Zapatero et autres caciques de la social-démocratie européenne. Il a encore et aussi contre lui la portée de ce qu'avancent Clémentine Autain et Roger Martelli dans le numéro de Regards actuellement dans les kiosques. La vie a tranché, le bloc antilibéral et altermondialiste en France a fait un choix : le Front de gauche, toujours en construction et en mutation, est le cadre dans lequel s'identifie la gauche déterminée à faire force et citoyenneté active.

La responsabilité singulière est celle dont est investi chaque acteur du Front de gauche : qu'il soit petit ou grand, en réseau ou en organisation classique, qu'il se veuille militant ou citoyen sans mandat associatif ou institutionnel, ou isolé, il a déjà contribué à mettre noir sur blanc l'enjeu de l'actualité : développer de nouvelles pratiques pour " faire force ensemble ", donner corps à la force politique en germe. Dans le Front de gauche, ses assemblées citoyennes et les échanges entre ses cultures politiques, voilà ce qui vient au jour. Inclus : la rencontre systématique avec la composante qui, depuis 1995, pensait inévitable le détour par une phase "d'autonomie du mouvement social" et qui se fait volontiers identifier par les labels "indignés". "altermondialistes". Déjà d'ailleurs de nouveaux rendez-vous politiques se précisent, par exemple pour refonder le processus du Forum social européen.