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A l'attention de Pierre Zarka et Alain Badiou

Chers Camarades,

J'ai lu avec beaucoup d'intérêts le débat entre Pierre Zarka et Alain Badiou dans le numéro 100 de Cerises.

Les questions posées concernent à l'évidence tous ceux qui se réclament du communisme qu'il soit "originaire" en France du PCF et de ses variantes au cours de l'histoire ou des diverses écoles trotskistes ou même pour ceux qui, comme moi, s'en sont séparés, et du trotskisme et du bolchevisme, pour devenir des Communistes pour l'Autogestion généralisée. (Voir le livre chez Syllepse : Autogestion, hier, aujourd'hui, demain.)

Ce débat tourne d'ailleurs autour de ce point, en posant la question du nom et de la référence du parti sans jamais, sauf allusion rare, prendre en charge le terme Autogestion, en rajoutant généralisée, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il contient dans son étymologie les références au "pour-soi" et à celle du pouvoir qui sont les deux concepts dont vous demandez la référence avec juste raison. Quand à "généralisée" il exprime une double référence : celui de l'internationalisme et aussi celui du besoin stratégique pour se donner les moyens de gagner.

Il est vrai que "De manière générale, la politique est un champ dans lequel il n’existe pas de vocable pur" et que les batailles de nom, qui ne sont rien moins que des batailles de symboles, risquent de passer pour des chamailleries très éloignées des besoins de notre époque.

Et pourtant si une chose exprime bien le projet et le programme c'est le nom d'une structure politique.

"Marx exprimait [… ] le communisme comme une figure d’organisation de la collectivité, qui devait mettre fin à la séparation entre commandement et exécution, entre domination et dominé, cela au travers de la fin des rapports de classes. Le communisme était l’organisation en commun de la décision." dit Badiou que je rejoins totalement sur cette question. On est dans le même registre avec l'autogestion.

Critique du Léninisme : "Il [Lénine] a utilisé l’outil qu’il avait forgé pour s’emparer du pouvoir et détruire le pouvoir oppressif précédent. Mais il s’est avéré que cet outil formidable pour la victoire ouvrière et populaire s’est révélé extraordinairement coercitif, très orienté vers sa propre perpétuation, vers son maintien, utilisant des méthodes de terreur prolongée. La séparation entre l’État et la société civile était maintenue et se perpétuait. Le mot communisme est encore collé à cette deuxième étape, à la victoire insurrectionnelle et à l’expérience douteuse, et plus que douteuse, contradictoire, absolument contradictoire, qui a été celle des États dits socialistes.

La première étape [première et deuxième internationale] avait été idéologiquement passionnante, elle avait rallié beaucoup de monde, mais elle avait été vaincue et écrasée. La deuxième étape [bolchevisme] a été capable d’emporter tactiquement des victoires mais a abandonné progressivement l’idée même qui animait les victoires."

[Cette critique] est simple et parfaite même s'il est nécessaire de poser la question du savoir-faire face aux machines des État bourgeois.

Je profite de ce débat pour dire que dans l'histoire de l'Autogestion, c'est-à-dire celle des conseils de producteurs, de soldats, de consommateurs et de citoyens et citoyennes, la démocratie est consubstantielle. (Voir la Commune de Paris.) On aurait bien tort de laisser à la bourgeoisie la propriété du concept de démocratie, même si ce concept est "bien corrompu", car il est aujourd'hui une puissante aspiration des peuples sur les cinq continents y compris l'Europe.

Je reprends les citations : "En réalité, Marx dit qu’on ne peut pas utiliser l’État, s’en servir, qu’il faut détruire la machine d’État ; mais en un certain sens les bolcheviques ont remplacé la machine d’État par une autre qui était la fusion de l’État et du parti."…"Qu’est-ce qu’un parti qui peut fusionner avec l’État ? Ce n’est certainement pas un parti qui peut être fidèle à l’idée communiste du dépérissement de l’État."

Parfait, mais pourquoi toujours oublier l'autre phrase de Marx dans le Manifeste qui suit celle-ci : "Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. Ils n'ont point d'intérêts qui les séparent de l'ensemble du prolétariat." à savoir : "Ils ne posent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier."

Il s'agit bien là du refus d'un modèle (…les principes particuliers…) a priori. La notion de modèle est bien rejetée et plus encore le projet de "modeler" l'ensemble du prolétariat.

Merci encore pour ce débat riche.

* Claude Kowal

* Disponible sur www.cerisesenligne.fr/ Cette lettre a été adressée par courriel à la rédaction de Cerises.