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C’est l’histoire d’un mec…

C’est l’histoire d’un mec. Piétiné, brûlé, lynché, torturé, violé et sodomisé avec un bâton. Puis laissé pour mort et dissimulé. La nuit du 19 au 20 juillet 2006 au parc des Lilas, à Vitry sur Seine. Avant d’avoir été battu, Bruno Wiel était un gars courageux. Il l’est toujours, même si sa mémoire flanche. Il vit dans l’angoisse que les souvenirs effacés de son agression ne lui reviennent. «Le Bruno d’avant, c’était une passion : la littérature. Le Bruno d’aujourd’hui, c’est une passion brisée car incapable de lire et de se concentrer. C’est aussi une maladie neurologique qui fait qu’il n’a pas conscience de son état» a souligné Maître Maltet, qui, avec d’autres, le défendait.

Le procès des quatre hommes qui ont agressé Bruno Wiel s’est achevé ce vendredi 28 janvier aux Assises du Val-de-Marne, après dix jours d’audience. Le jury a délibéré durant sept heures : les accusés ont été reconnus coupables d’avoir porté des coups de nature à donner la mort à la victime en raison de son orientation sexuelle. Au nom du peuple français, la cour a jugé qu’ils ont agi en bande organisée, commis un vol avec violence, perpétré la torture et des actes de barbarie à l’encontre de Bruno Wiel parce qu’il est homosexuel. L’un des coupables a été condamné à 16 ans de réclusion criminelle ; les trois autres à 20 années de réclusion criminelle chacun.

SOS homophobie

Association de lutte contre la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie

63 rue Beaubourg - 75003 PARIS

Ligne d’écoute : 0 810 108 135

SOS homophobie organise également des Interventions en Milieu Scolaire (IMS)

La vie de Bruno est celle d’un gars digne, qui a relevé la tête. Qui a été soutenu dans sa démarche par des avocats, SOS homophobie, des gens connus et méconnus, le mensuel Têtu, des journaux, des amis, de l’argent. Quatre années de combat pour quelques minutes dans un JT. La vie de Bruno nous est précieuse. Avec ses soutiens, il a fait progresser la lutte contre l’homophobie, partie intégrante et spécifique du combat global pour l’émancipation humaine.

Comme l’a indiqué SOS homophobie, «le verdict du procès, la façon dont l’instruction a été menée, le souci de laisser le temps au débat et à chaque partie ont été exemplaires : l’affaire Bruno Wiel restera comme l’un des grands procès pour crime homophobe en France. En reconnaissant que la victime a été agressée en raison de son orientation sexuelle, le jury a lancé un message d’une importance capitale : l’homophobie, en 2011, doit être condamnée avec la même vigueur que toute autre manifestation de violence à l’égard de personnes pour ce qu’elles sont. »

La plaidoirie de Maître Caroline Mécary a été celle d’une parole forte : «Il y a encore du chemin à parcourir pour que soient pris en compte les crimes homophobes. SOS homophobie se porte partie civile pour que les hommes et les femmes victimes de crimes homophobes et qui ne peuvent se défendre parce qu’ils et elles ont peur, parce qu’ils et elles ont honte, parce qu’ils et elles n’osent pas le faire. Il faut que Bruno Wiel entende qu’il a été victime d’un viol homophobe. Il faut que les 3 millions d’hommes et de femmes de ce pays qui ont peur de ces prédateurs qui utilisent la faiblesse entendent que les actes de barbarie sont intolérables en France. Qu’ils sont une atteinte à la dignité humaine.»

Mais une interrogation demeure : le droit en France sur les questions LGBT(1) doit-il avancer par la seule jurisprudence ? Ne doit-il pas aussi progresser par la politique ? Ainsi, contrairement à une idée reçue, il reste difficile de lutter contre l’homophobie. En France, le délai de prescription pour les injures à caractère raciste est de 1 an. Pour les injures à caractère homophobe, il est de 3 mois. Or plusieurs centaines de personnes sont concernées chaque année et sollicitent une aide. Cette inégalité juridique fait partie des discriminations qui empêchent aujourd’hui de nombreuses victimes d’obtenir réparation auprès de la justice. Les forces politiques ont la responsabilité de s’emparer de ce sujet. Et celles de gauche de ne pas démissionner des autres questions LGBT (mariage, adoption...) qui sont dans le débat public.

C’est aussi ce que me disait une "technicienne de surface", salariée d’un sous-traitant de la SNCF, précaire, migrante, lesbienne et habitant du côté de Charleville. Nous étions dans une gare. Elle entrait dans un train parallèle au mien pour le nettoyer. Pour elle, la vie n’est pas facile tous les jours. Les militants de la lutte contre l’homophobie n’auraient-ils pas intérêt à croiser leur combat spécifique avec le combat contre les autres formes de domination et d’exclusion, la lutte contre le racisme, le combat féministe ? Mon train partit. Je pensai au droit au bonheur, indivisible. À cette citation d’Henrik Ibsen : «La seule vraie rébellion est la recherche du bonheur.» C’est alors que j’ouvris mon ordinateur pour vous écrire...

(1) LGBT : lesbiennes, gays, bi et transsexuels.