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Horizons d'émancipation / Travail

À quelles conditions, le fait de se mettre en Scop permet-il de transformer le travail ?

Benoit Borrits
Benoit Borrits

En France, la coopérative est une société commerciale de type SA, Sarl ou SAS dont les statuts comportent des formes dérogatoires telles que la délibération sur la base d’une voix par personne et la rémunération limitée des parts sociales. La forme Scop impose que les salariés soient majoritaires au capital et qu’ils représentent deux-tiers des voix.

Quelle que soit la forme de société, les propriétaires désignent la direction de l’entreprise, laquelle nomme l’encadrement qui fait travailler l’ensemble des salariés dans le sens des propriétaires. S’il s’agit d’une entreprise classique de type actionnariale, la motivation des actionnaires est de valoriser le capital : la direction a pour objectif de dégager une marge entre la valeur ajoutée et les salaires de façon à tirer de juteux dividendes. S’il s’agit d’une Scop, la direction est alors censée travailler dans le sens des salariés, ce qui nécessite de définir ce que cela veut dire.

Notons tout d’abord que le sens de la subordination propriétaires-encadrement-salariés est déterminé par la nécessité, pour les actionnaires, de contenir la masse salariale dans la valeur ajoutée de façon à extraire du profit. Or ce modèle est en crise comme en témoignent les quelques expériences d’entreprises libérées, de sociocratie ou d’holacratie, dans lesquelles les propriétaires cherchent à repenser la hiérarchie de l’entreprise en faisant intérioriser aux salariés les nécessités des actionnaires : si les salariés sont appelés à débattre de tout et à s’auto-organiser, les sujets sensibles tels que les salaires ou les objectifs de gestion, restent soigneusement hors de portée du débat…

Paradoxalement, les Scop n’ont jusqu’à présent que peu investi ces nouveaux concepts et sont restées dans une subordination classique propriétaires-encadrement-salariés sauf que les propriétaires se confondent avec les salariés… ou presque. En effet, si les salariés doivent être majoritaires au capital de l’entreprise, rien n’impose qu’une majorité de salariés soient sociétaires. Il existe donc des Scop dans lesquelles le sociétariat est limité à une minorité des salariés – l’encadrement par exemple – et dont le fonctionnement ne diffère guère des entreprises classiques. La première condition d’un changement du sens du travail en entreprise est donc un sociétariat accessible à toutes et tous, avec le moins d’exceptions possibles.

Une fois ceci posé, la question du sens du travail reste entier. Si nous nous limitons à une lecture strictement libérale de la Scop, nous pourrions dire que l’objectif des salariés est de maximiser leur plus-value, sachant qu’ils la récupèreront intégralement puisque la notion de profit n’existe plus (on parle alors d’excédent de gestion). Le fait que l’orientation de l’entreprise se fasse par la valeur ajoutée et non le profit est donc une première avancée dans le sens d’un travail moins contraint par le profit, et s’orientant plus vers la validation marchande de la production.

Pour autant, se limiter à cet aspect est réducteur dans la mesure où l’on constate que lorsque les salariés contrôlent leur direction, ils questionnent toujours les conditions de la production antérieure et souhaitent dépasser l’aspect strictement marchand de leur production, en y intégrant des critères de qualité et de sens du travail : allons-nous au travail le matin pour gagner notre vie ou pour réaliser un travail utile à autrui ? C’est ainsi que dans toutes les reprises en Scop par les salariés, on y constate une dimension sociale et écologique, les exemples les plus symptomatiques étant ceux de Scop-TI (ex-Fralib) ou les glaces La Belle Aude (ex-Pilpa) qui refusent désormais d’utiliser des arômes de synthèse dans leur production.

Une participation inclusive de toutes et de tous aux décisions de l’entreprise, un dépassement à réaliser de la hiérarchie encadrement-salariés : si la Scop n’est pas cela en soi, elle en ouvre la possibilité.