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Horizons d'émancipation / Travail

C’est loin l’Amérique ? Tais-toi et nage !

Décembre 2018. À la veille des négociations contractuelles, la General Motors annonce 14 000 suppressions de postes et la fermeture de cinq usines en Amérique du Nord. La direction affiche la couleur : « GM n’est plus une firme automobile et mise désormais sur les voitures autonomes », « GM ne veut plus d’émission de CO2, car l’avenir de la planète est en jeu »…

Patrick Siberstein, membre du groupe de coordination de l'Encyclopédie internationale de l'autogestion (six tomes à paraître en avril 2019 aux éditions Syllepse)
Patrick Siberstein, membre du groupe de coordination de l'Encyclopédie internationale de l'autogestion (six tomes à paraître en avril 2019 aux éditions Syllepse)

Dans la vraie vie, il en va tout autrement. La fermeture frappe en effet un des sites de production de la Volt, une voiture électrique et la GM produit toujours à tire-larigot des camions et des SUV. Amener les GM à résipiscence à la veille des négociations, réorganiser la production sur leur dos, augmenter les profits, c’est bien entendu l’objectif. Jusque-là rien de bien original.

2008 : en pleine débâcle financière, la Maison-Blanche et Ottawa renflouent la G.M avec le soutien de la direction du syndicat de l’automobile, l’United Auto Workers (UAW). Insatisfait des choix politiques de leur syndicat, un groupe de syndicalistes élabore un plan alternatif : un système de transports publics réduisant la dépendance à l’égard du pétrole et assurant la reconversion industrielle (bus, trains, éoliennes, etc.)1. Pour démontrer le « réalisme » de ses propositions, le groupe rappelle la facilité avec laquelle, en 1942, l’industrie automobile s’était mise au service de la production de guerre avant de se réadapter dès 1945 à la nouvelle conjoncture.

2018 : alors qu’une certaine presse économique canadienne demande au gouvernement de nationaliser la G.M.2, une idée folle surgit de l’assemblée générale réunie à Oshawa (Ontario). Il faut prendre (takeover) l’usine et construire une alliance entre les lieux de production et leur environnement, entre salarié·es et communautés d’habitant·es. Pour que le ketchup prenne, il faut plus que défendre l’emploi, il faut un New Deal vert qui lui-même a besoin d’une large coalition de forces diverses que la gauche de l’Amérique sait construire.

Pour la syndicaliste Wendy Thomson, « l’argent public doit servir à construire un système de transports qui réponde aux besoins de l’Amérique ». Retraitée de chez Ford, Diane Feeley synthétise dans Labor Notes une stratégie syndicale qui se décline mais ne se découpe pas : faire céder la G.M, maintenir l’emploi, réorienter l’entreprise vers la production de biens socialement utiles, impliquer salarié·es, résident·es et collectivités locales : « Les salarié·es de l’automobile et leurs communautés doivent pouvoir prendre ensemble les décisions nécessaires à la transition verte et à l’emploi » Il faut pour cela « se saisir des usines et les réorganiser sous la forme de “worker/community co-ops” ».

1- Ceci n'est pas sans rappeler le " plan de la Lucas/Aerospace ""

2- The Star, 26 novembre 2018; Sam Gindin, The Bullet, " Arguing for taking public control of the Oshawa plant "