Qui sommes-nous ? Charte du site Participer S'abonner Soutenir Liens

Appel

Horizons d'émancipation

La 4 de couv'

Note d'actualité

Sur le plateau

Rubriques

Altercommunisme

SE FÉDÉRER POUR L'ÉMANCIPATION

Altercommunistes

Séquences

Cerises

Sélection

Imprimer cet article

Horizons d'émancipation / Démocratie

Vous avez dit système représentatif ???

Bénédicte Goussault
Bénédicte Goussault

Les G.J n’ont pas fini de nous interroger, notamment à propos de la démocratie et du système représentatif. En effet, leurs interventions sur la scène nationale (et internationale) révèlent, dans toute la violence et le désordre qu’elles expriment, la crise et l’inadéquation du système représentatif. Une des explications de ce mouvement, et d’autres aussi (les femmes, les migrants, les fonctionnaires, les enseignants…) c’est la conviction de n’avoir aucun autre pouvoir que celui de la rue et du désordre et de n’être absolument pas représenté par le politique, qui, comme l’économique, n’est qu’au service des intérêts d’une classe. D’où la dénonciation d’un système vertical ; mais aussi la facile récupération et instrumentalisation anti élites de RN. Et d’où le rejet de toute forme de représentation qui ne représente pas, jusqu’aux syndicats qui, dans des formes de luttes classiques, se font déborder pas leurs bases avec une dissociation du social et du politique « de la rue aux urnes » ou des urnes à la rue ..

Le peuple concret n’a pas d’évidence sociologique, il est à construire.

Les G.J ont développé sur les rond points, et à travers les réseaux sociaux, (outre un fort sentiment d’injustice et de mépris à leur égard), un sentiment d’appartenance ("conscience de classe" aurait-on dit en d’autres temps), de faire masse, et de représenter le peuple. Comme, historiquement, l’ont souvent fait les ouvriers. Ce peuple souverain mais sans autre pouvoir que celui de mettre un bulletin dans l’urne, ce que ne font même plus un grand nombre de citoyens face au sentiment d’inutilité.

Ce peuple dont, Sieyès, pilier du Tiers État, dit à la Convention : « qu’il ne peut parler par lui-même parce qu‘il n’a pas d’existence politique propre ; qu’il ne peut parler que par ses représentants », ou, comme le dit Cabanis « tout se fait en son nom mais sans lui »1. Voila d’où vient le mal.

C'est dire toutes les difficultés auxquelles se heurte l’idée (idéal) du pouvoir et de la souveraineté du peuple depuis la révolution qui prétend l’instaurer. Ce qui induit d’ailleurs la ou les difficultés du principe de représentation. Ceci amène à penser la dissociation entre le principe ou l’abstraction de la souveraineté du peuple et sa mise en œuvre notamment à travers la question de la représentation. Le principe d’égalité par exemple qui nous fait considérer que chacun est sujet de droits et que tous ont les mêmes droits, est une fiction juridique qui désubstantialise le social pour ne considérer les individus que de façon abstraite et sans consistance propre. Il y a contradiction entre le principe politique et le principe sociologique .

Face à la fragmentation sociale, la démocratie ne peut exister que dans la confrontation et le conflit entre groupes sociaux, le consensus fait taire les minorités ou dominés. Entre la totalité et l’incarnation des particularités, la figuration du peuple ne peut se faire que par une fiction et cela depuis le contrat social. La représentation ne peut en effet pas être l’échantillon (terme de sociologie quantitative) de la population représentant ses différences et ses particularités, mais doit être une figuration de la totalité. Le peuple concret n’a pas d’évidence sociologique, il est à construire.

Le problème s’étend à la démocratie dans l’entreprise : une démocratie économique totale : des unités de production dirigées par leurs travailleurs mais liées entre elles par des communs sociaux géographiques — eux mêmes démocratiques — qui socialisent les revenus et les investissements. La perspective de la démocratie économique permet d’envisager une démocratie qui s’établit à l’échelle de l’ensemble de la société. Le capital n’existe plus en tant que pouvoir, en tant que rapport social. Point constitutionnel novateur : interdiction de la propriété dominante, d’une propriété que l’on utilise pas.2

Le XXème siècle voit advenir ce que Pierre Rosenvallon appelle la « démocratie d’équilibre ». Elle résultait de la reconnaissance du rôle des partis, de nouvelles techniques électorales et d’une place faite aux corps intermédiaires comme les syndicats, des conseils économiques et le développement des sciences sociales. Elle n’est qu’une réponse imparfaite, circonstancielle et précaire aux apories de la démocratie et ne résout pas les tensions entre le social et le politique. Cette démocratie d’équilibre oscille entre deux écueils : le totalitarisme comme utopie d’une société homogène et unifiée et d’un pouvoir confondu avec elle ; ou le pluralisme d’une multitude de segments limités de la société et de groupes d’intérêts négociant directement avec le pouvoir.3

Dans de réels systèmes participatifs, l’État et le pouvoir ne devraient être que les coordonnateurs de la mise en cohérence des débats.

La nécessité donc de process de concertation et de participation des citoyens aux décisions ; le RIC interroge, comme beaucoup des expériences de participation, qui, soit, ont échoué, soit, furent peau de chagrin, alibi et légitimation du politique aussi bien dans les entreprises, que dans les services publics. Dans l’éducation nationale par exemple, CA, CDEN, CSE, commissions paritaires « toutes ces instances où nous (travailleurs et même syndicats) prenons la parole sans être jamais entendus »4. Dans les comités de quartiers dans les villes, qui ont souvent réuni à nouveau les catégories sociales proches des élites, et ont vu une désaffection du fait qu’ils n’avaient pas eu de réel pouvoir de décision. Dans de réels systèmes participatifs, l’État et le pouvoir ne devraient être que les coordonnateurs de la mise en cohérence des débats. Il est peu probable que ce gouvernement se résolve à travers le RIC à un processus de démocratie directe.

De l’Autogestion, nous disions qu’elle était un but, un chemin et un moyen. C’est toujours vrai aujourd’hui en ce qui concerne la démocratie : une requête permanente dans laquelle il ne faut pas faiblir : il y a diverses solutions. Une chose reste certaine, un des verrou aujourd’hui de la démocratie, c’est la démocratie économique, c’est l’éviction des actionnaires et l’abolition de la propriété dominante qui est le prochain progrès de l’humanité à réaliser.5

1 Marc Belissa ; Yannick Bosc Le Directoire ; La fabrique. 2018.

2 B.Borrits ibidem

3 P.Rosanvallon le peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France .

4 Sylvie Larue ibidem

5 B.Borrits Ibidem