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Horizons d'émancipation / Démocratie

Les organisations du mouvement ouvrier en difficulté ?

« Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’Histoire sera racontée par des chasseurs  »

17 novembre 2018 : à la suite d’un appel sur les réseaux sociaux, des milliers de personnes se mobilisent dans tout le pays, notamment contre une nouvelle taxe sur les carburants qui va avoir pour effet de réduire les revenus de millions de gens déjà touchés par une politique salariale et fiscale qui profite aux plus riches. Ils et elles décident d’endosser le gilet jaune obligatoire dans les véhicules. Ainsi naissent les « Gilets Jaunes », un mouvement social inédit, imprévu, surprenant à bien des égards. Personne ne s’attendait à un mouvement de cette ampleur, qui s’inscrit dans la durée et la radicalité, en clair la remise en cause de l’ordre néolibéral et capitaliste. Bien entendu la réalité est plus complexe que les simplifications auxquelles nous avons trop souvent recours. Bien sûr, l’extrême-droite a tenté d’infiltrer le mouvement, mais n’a-t-elle pas tenté d’infiltrer des syndicats, y compris les plus combatifs ? Oui, il y a eu des violences inutiles, mais il n’est pas question de les mettre à égalité avec la violence d’État, particulièrement importante depuis la mi-novembre. Et puis, qu’est-ce que la violence ? des vitrines cassées, des barricades dans les rues ou des milliers de personnes qui crèvent de froid ou de faim quand « tout est normal » ? Certes, une partie du patronat a appuyé le démarrage du mouvement… mais a désapprouvé bien vite sa continuité. Différentes approches pour analyser ce mouvement se font jour. En ce qui nous concerne nous regarderons plus particulièrement le rapport entre ce mouvement de contestation et de révolte et les syndicats de lutte.

Appeler les GJ à rejoindre les mobilisations syndicales...

Ce mouvement montre l’exaspération profonde de millions de personnes qui ont occupé les ronds-points, les péages, les zones commerciales puis ont manifesté les samedis après-midi dans toute la France. Pour reprendre les propos de Christian Laval et Pierre Dardot « les gilets jaunes que cela plaise ou non, ont réussi ce que trente ans de luttes sociales n’ont pas réussi à faire : mettre au centre du débat la question de la justice sociale. » Nationalement, les organisations syndicales dans leur ensemble, excepté Solidaires, sont restées dans l’expectative pendant un temps long. L’attitude de la confédération CGT peut apparaître surprenante. Elle co-signe un communiqué, avec tous les syndicats exceptés Solidaires, où est mis en avant la condamnation de la violence des manifestations, sans un mot sur celles de l’État, sa police et son armée ; et comme si la violence n’était pas avant tout sociale et due aux politiques menées depuis des années. Quelques jours plus tard, elle appelle à des journées d’action avec une référence appuyée aux GJ.

Le mouvement de GJ affirme haut et fort qu’il ne souhaite aucune récupération, ni politique ni syndicale. La méfiance est forte à l’égard de ce que la « novlangue  » nomme les « corps constitués  ».

... ou se mettre au service du mouvement ?

Des organisations syndicales situent leur stratégie dans l’accompagnement des politiques néolibérales et de ce fait récusent toute possibilité de soutien à un mouvement qui conteste les choix que ce/ces syndicats ont défendu. Comment comprendre les difficultés rencontrées par celles qui nous intéressent ici ?

• L’essentiel des entreprises en France a moins de 20 salariés ; le mouvement syndical n’arrive pas à s’y ancrer. De même, vis-à-vis de la masse des chômeurs et chômeuses, des intérimaires, des CDD, des uberisés de toutes sortes… On les retrouve en nombre dans les Gilets Jaunes.

• Ce qui se passe depuis novembre dans quasiment tout le territoire n’a pas de rapport avec ce qui ne s’est pas passé à Paris et en proche banlieue. Le mouvement des GJ n’est pas là où sont concentrés les sièges nationaux des organisations syndicales ; et si le fédéralisme est la règle, il n’en reste pas moins que nombre de décisions se prennent sur la base de réflexions liées au terrain le plus connu, en l’occurrence parisien. De ce point de vue, la quasi-inexistance de collectifs GJ et les particularités des manifestations hebdomadaires8 ont contribué aux positionnements connus9.

• Ce mouvement se passe hors les entreprises. La faiblesse des Unions locales interprofessionnelles n’a pas aidé à ce que les collectifs syndicaux l’appréhendent correctement. D’autant qu’il y a un problème qu’on ne peut passer sous silence dans les exigences qui s’expriment : même si quelques revendications réactionnaires ont assez rapidement disparu, même si ce qui se discute dans nombre d’assemblées générales de GJ est un autre partage des richesses, une remise en cause du système capitaliste, l’égalité sociale, la démocratie radicale, il n’en reste pas moins que le patronat est fort peu interpellé. C’est une des raisons des absences syndicales, mais c’en est aussi la conséquence.

• Y compris lorsqu’elles ont décidé de soutenir les GJ, nombre d’organisations syndicales l’ont fait de manière sans doute peu appropriée : au lieu d’appeler les GJ à rejoindre les mobilisations syndicales, ne fallait-il pas que le syndicalisme se mette au service du mouvement déjà existant ?

• La question de l’extrême-droite d’une part, de ce qui se construit autour des appels de Commercy d’autre part, sont évoquées par ailleurs dans ce numéro. Nous ne nous étendrons pas ici ; mais les deux sujets, tout à fait opposés, interpellent nos organisations syndicales.

Une partie non négligeable des difficultés à se positionner concrètement vis-à-vis du mouvement des GJ est sans doute liée à l’appréhension à agir en tant que force collective sociale et politique, politique et sociale. Car c’est un tout, et l’organisation syndicale, de par son caractère de classe inhérent à sa composition, est un outil indispensable pour agir sur ces terrains.