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Colonies, c'est l'émancipation qui gagne...

Le précédent numéro de Cerises nous invitait à observer combien l'angle mort de la tripartition des sociétés esclavagistes guadeloupéennes et martiniquaises est lié au non basculement des Antilles françaises dans l'indépendance. L'intervention de Stéphanie Graff montrait combien le droit de vote est la mère des batailles en Kanaky Nouvelle Calédonie. Et combien l'effort de recolonisation de peuplement à partir des années 701 visait à y prévenir tout rêve de souveraineté.

De l'atlantique au pacifique, décidément, l'histoire à venir est déjà là. En Guadeloupe le mouvement indépendantiste semble atone mais le journaliste Danik Zandwonis2 met en évidence le remarquable paradoxe que les idées nationalistes n'ont jamais cessé de progresser et d'irriguer au quotidien la vie des guadeloupéens. On citera juste l'introduction du créole et du « gwo ka » tambour des esclaves rebelles terreur de la bonne société qui trône désormais à l'église, accompagnant les offices religieux, la pratique du créole dans les médias et à l'école qui s'est affirmée et le LKP de 2009 qui porte aujourd'hui la revendication paysanne « manjé sa nou ka produi é produi sa ka nou ka manjé » « manger ce qu'on produit, produire ce qu'on mange », manière d'expédier le pacte colonial3 plus haut que Carrero4.

À ce futur déjà présent dans le réel guadeloupéen, fait écho à l'irréfragable futur décolonisé de la Kanaky Nouvelle Calédonie. Ainsi, au journal « la Dépêche de Nouvelle-Calédonie » qui brandissait, avant le scrutin, son 80 % de non à la pleine souveraineté, Caroline Machoro5 avait opposé une réalité grosse de futur : « les Calédoniens n'ont plus peur de l'indépendance ». À 17 000 km on mesure mal la portée d'une telle affirmation. En effet : « la peur : combien de divisions ? » Une par archipel !

Dit-on indépendance en Guadeloupe et Martinique et d'emblée le spectre haïtien est brandi. À la Réunion c'est le repoussoir mauricien qu'on agite. Enfin, dit-on indépendance à Nouméa et c'est le Vanuatu qui fait épouvantail. Comme si le sous-développement de ces nations, parmi les plus pauvres de la planète, était le sort inéluctable des dominés assez insensés pour se hisser à hauteur d'humanité. N'avoir plus peur, dans les colonies c'est, sans la permission des dominants, s'être rétabli dans sa dignité de femmes et d'hommes. Et la dignité kanake est contagieuse. Pour faire les 46 % qui affermissent le processus « décolonial » ,il a fallu le gros des voix Kanaks et en plus, bien des voix caldoches. Ensemble, elles bougent le rapport de force entre émancipation et domination.

Citée par Claude Gabriel, Claude Jacquin, Vincent Kermel, Nouvelle Calédonie, la révolte kanake, La Brèche, Paris, 1985, p. 51.

Lisible ici

Le pacte colonial maintenu, ici

1 Pierre Messmer, Lettre à Xavier Deniau secrétaire d’Etat aux DOM-TOM.

2 Danik I. Zandwonis, Guadeloupe. L’indépendance est plus proche qu’on ne le dit

3 Le pacte colonial (appelé aussi régime de l'Exclusif) est un régime d'échange imposé par les pays européens à leurs colonies au XVIIème siècle et selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole tandis qu'elle ne doit exporter que vers celle-ci.

4 Du slogan prisé à gauche suite à l'attentat dynamite qui projeta Luis Carrero Blanco successeur annoncé de Franco par-dessus les toits

5 Caroline Machoro militante indépendantiste membre de l'Union calédonienne, préside le groupe du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) au Congrès de la Nouvelle-Calédonie de 2011 à 2014 est l'une des signataires de l'accord de Matignon du 26 juin 1988.