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SEXE, race et colonies

(Dir. Pascal Blanchard, Christelle Taraud, Françoise Vergès )

La Découverte, 544 pages, 65 euros

Évènement éditorial voulu, le « buzz » est là ! Si les rapports de domination coloniale sur les corps en général et sa sexualisation en particulier sont de plus en plus étudiés depuis plusieurs décennies, le livre fait somme en la matière. Il a mobilisé plus d’une centaine de contributions de grande qualité, sous des angles déjà connus ou bien inauguraux, parfois de grande érudition mais toujours pertinentes mêmes quant aux hypothèses discutables émises, embrassant presque la totalité du champ des sciences humaines. C’est indiscutablement une contribution majeure à la déconstruction des faits et méfaits du colonialisme dans toute sa diversité et étendue mondiale, de son extrême violence constitutive, de sa pérennité plus ou moins explicite dans les mentalités et représentations de nos jours, ainsi que de sa continuelle mobilisation capitaliste, marchande et lucrative. Cette ambition scientifique doublée d’un engagement militant à mener de façon frontale la bataille idéologique autour de ces problématiques ne fait pas débat. Mais l’utilisation inconsidérée et sidérante faite de la profusion des 1200 images du livre du grand format, parsemées jusque dans les annexes et la présentation des auteurs si ! Les responsables reconnaissent des heures de discussions sur le sujet, mais le pari sinon du sensationnel depuis la couverture tout du moins du choc visuel au fil des pages n’est pas maîtrisé. Depuis Aby Warburg jusqu’à Didi Huberman, des milliers de pages ont nourri de façon diverse et parfois très divergentes le débat sur les régimes d’iconicité ! Oui, les images qui ont une force radicalement dominante sur les mots ont leur propre autonomie, subjectivité, matérialité et histoires irréductibles à la seule dimension de représentation… leur utilisation n’est pas neutre. Document, illustration et iconographie ne sont pas la même chose. La façon de présenter, mettre en scène ou en page change profondément le sens même des images. Et dans la civilisation problématique de l’image où nous sommes cela décuple les effets biaisés. Dommage, mais que l’avertissement ne freine pas une lecture avisée !