Qui sommes-nous ? Charte du site Participer S'abonner Soutenir Liens

Appel

Culture

Esprit de suite

La rentrée de l'atelier

Note d'actualité

Sur le plateau

Rubriques

Altercommunisme

Altercommunistes

Séquences

Cerises

Sélection

Imprimer cet article

Le goût de la cerise

Un Théâtre en commun...

Premier Centre Dramatique (CDN) en région parisienne, fondé par Gabriel Garran et Jack Ralite, le théâtre de la Commune d’Aubervilliers est un lieu symbole pour tous ceux qui défendent une culture populaire et émancipatrice. La nomination de Marie-José Malis à sa direction, autour d’un projet ouvertement politique et radical, a été interprétée par beaucoup comme l’hypothèse que l’on peut encore bouger des lignes au cœur de grands établissements publics. La grève menée depuis plus de 15 jours par une forte proportion de salarié-e-s dévoile en grand les contradictions d’un projet et questionne le théâtre français.

Alors que le théâtre a vécu 12 départs de salarié-e-s via des ruptures conventionnelles, les revendications des salarié-e-s (notamment “l’arrêt immédiat de pratiques de gestion du personnel nocives” et “le respect de l’institution représentative du personnel”) ne semblent pas être entendues. Le conflit, qui aurait pu n’être qu’une lutte “classique” pour de meilleures conditions de travail, devient chaque jour un peu plus le symbole d’un malaise plus profond, dans le CDN et au delà. La directrice, puis son artiste associé, le philosophe Alain Badiou, ont pris le parti de se défendre contre des “syndicalistes de pacotilles” qui en attaquant leur direction s’en prennent à “l’émancipation”, à la “beauté” etc... La directrice, également présidente du principal syndicat d’employeur (le Syndéac) cache mal un rejet profond de tout ce qui est proche de la CGT. En dénonçant une attaque contre sa personne, son art, et contre son combat “émancipateur”, elle dévoile ses propres contradictions et prend le risque de mettre en péril son propre projet et à travers lui toute tentative de faire vivre une certaine “radicalité” au cœur de l’institution. Un appel de professionnels de la culture (“Nous refusons d'opposer combat social et exigence artistique”) essaie de sortir de cette situation par le haut et déclare notamment “ Aucune fin, aucune idée – si grande et généreuse soit-elle - ne peut justifier les comportements de domination et le mépris social ”.

Au delà de ce cas si “particulier”, l’insécurité de financement des structures, la disparition du ministère comme interlocuteur légitime, l’austérité comme moteur des souffrances au travail sont le lot commun d’un secteur en crise. Les artistes directeurs de structures, souvent peu formés à la gestion du personnel, laissent entendre à leurs salariés qu’ils doivent être “militants” et “adaptables”. Les responsables de lieux sont pris en étau entre les injonctions paradoxales de leurs tutelles (porter un projet artistique fort, élargir le public, trouver des mécènes…). Les salariés ne peuvent exercer leurs savoir-faire dans des conditions sereines. La crise à la Commune est unique et emblématique. Elle nous questionne sur la place de l’engagement dans le professionnalisme, la nécessaire invention d’une culture de la coopération au travail, l’illégitimité d’une hiérarchie formelle entre les artistes et les travailleurs de la culture. Alors qu’il est urgent de développer une présence permanente d’artistes au cœur des théâtres, cette crise révèle la tension dialectique entre une compagnie indépendante et un établissement public… Les mots parfois brutaux d’une directrice qui défend “son” projet ont résonné chez nombre de professionnels. Ils subissent chaque jour les conséquences d’un secteur plus précarisé que jamais sans avoir droit ni à la parole ni à un début de partage des responsabilités au quotidien. Les “communards” défendent plus que leurs conditions de travail, la nécessaire refondation d’une visée culturelle digne de ce nom.