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Le combat continue

Après 10 ans de parution et avec ce 350e numéro, notre petite équipe - le "noyau" de Cerises - a décidé de rendre son tablier. Pendant toutes ces années, nous avons mitonné chaque semaine, puis chaque quinzaine, une marmite de nos combats et de nos espoirs.

Lors de la création de Cerises, en juin 2008, la rédaction avait écrit : « Cerises voudrait avoir du goût. Pour les questions de fond. Pour le débat contradictoire. Pour les métissages possibles entre les cultures présentes dans la gauche de gauche et avec les espaces critiques les plus divers. Pour contribuer à l’émergence d’un projet de transformation sociale et d’une nouvelle force politique. Pour un communisme politique métamorphosé qui prendrait place en son sein. Bonne dégustation ! ». Il s’agissait ainsi de contribuer à ce que la gauche d’alternative se remette en marche et de faire entendre une voix altercommuniste. C’était après l’échec de la candidature unitaire de la gauche de gauche en 2007, qui aurait dû prolonger la victoire du Non au projet de Traité constitutionnel européen de mai 2005.

Cerises a accompagné les mobilisations dans tous les champs de l’émancipation, en s’efforçant à la fois de les valoriser et d’y contribuer. Nous avons appuyé les diverses tentatives pour fédérer les militants et les organisations aussi ambitieuses dans leur projet que modestes dans leur rayonnement - la FASE, Ensemble ! -, la création du Front de gauche malgré ses limites et jusqu’à son épuisement, puis l’émergence prometteuse de la France insoumise.

Nous voulons d’abord remercier les contributeurs réguliers de Cerises : les chroniqueurs toujours au rendez-vous - Catherine Destom-Bottin, Francis Combes, Sylvie Larue, Patricia Latour, Stéphane Lavignotte, Laurent Lévy, Pierre Zarka -, nos billétistes passés et présents , Gilles Boitte, Pacco, Arnaud Viviant -, les éditorialistes réguliers - Clémentine Autain, Patrice Leclerc, Denis Sieffert, Francis Wurtz… - qui nous ont fait confiance pour les publier sans les récupérer. Que soient ici remerciés les plus de 150 auteurs que nous avons accueillis, parmi lesquels Paul Ariès, Yves Béal, Benoît Borrits, Alain Brossat, Marie-Agnès Combesque, Joëlle Couillandre, Jérôme Desquilbet, Richard Dethyre, Elsa Faucillon, Bernard Friot, Frank Gaudichaud, Yves Gimbert, Jérôme Gleizes, Nikos Graikos, Alain Gresh, Samy Joshua, Olivier Leberquier, Roger Martelli, Gérard Perreau-Bezouille, François Longérinas, Saïd Maïza, Mireille Fanon Mendès-France, Richard Neuville, Marc Pommier, Danielle Obono, Thomas Posado, Christophe Ventura, Dominique Vidal, Pierre Villard, Roger Winterhalter... et de nombreux communistes unitaires, que nous ne pouvons citer tous. Merci aussi à ceux qui ont contribué aux débuts de Cerises - tout particulièrement à Catherine Tricot et à Pierre Jacquemain -, à son rayonnement sur le Net - Jean-Claude Faure notamment - et aussi, tout particulièrement, à notre maquettiste et amie, Karine Boulet. Des élus, enfin, nous ont soutenus dont, en particulier, François Asensi et Jacqueline Fraysse Cazalis.

Si nous arrêtons Cerises, c’est pour deux raisons. D’abord parce que nous ressentons de la fatigue. Certes, nous recevons à chaque numéro des réactions nombreuses et des encouragements chaleureux. Et nous avons des échos de la rediffusion de nos productions sur les réseaux sociaux. Mais il faut savoir arrêter une… aventure. Et, dans une situation politique qui a déjà beaucoup changé, il y a peut-être besoin de nouveaux formats, de paroles différentes.

La seconde raison de notre décision d’arrêter tient au fait que nous avons vécu douloureusement les tensions suscitées par la campagne des présidentielles : des liens de camaraderie ont été fragilisés, ou abîmés. En effet, début 2017, nous avons pris nos responsabilités en prenant position, de manière critique mais sans ambiguïté, pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Cette période a laissé des traces.

Que voulons-nous ? Tout !

Nous ne renonçons à rien. Nous sommes altercommunistes, anti- et post-capitalistes, réformistes-révolutionnaires, féministes, antiracistes, partisans de l’émancipation, écologistes.

Jack Ralite disait à propos des banlieues : « Que voulons-nous ? Tout ! ». C’est notre credo : nous voulons tout, et pas seulement pour les banlieues ! Entre telle et telle lutte, tel ou tel enjeu de civilisation, tel ou tel combat, nous ne choisissons pas, nous ne hiérarchisons pas. Au contraire, nous sommes solidaires de toutes ces luttes spécifiques, et dans le même temps nous sommes pour leur élargissement et leur coagulation dans une dynamique commune d’émancipation.

Dans les débats pour l’alternative politique, nous portons les questions de l’égalité, d’une mondialité et d’une république solidaire des migrants, d’une autre construction européenne positive, d’une laïcité ouverte et tolérante ; d’une attention à l’action publique non seulement un filet social pour beaucoup mais aussi un formidable espace d’innovation sociale ; d’une volonté de dépassement de l’État qui ne passe pas à la trappe les services publics ; d’une démocratie transformée donnant du pouvoir d’agir et de décider aux citoyens ; d’un horizon qui place l’écologie et la protection de tous les êtres sensibles au même niveau que les enjeux sociaux, les ‘‘questions sociétales’’ au même niveau que les ‘‘questions sociales’’, qui place au centre la question du travail sans qu’elle vienne écraser la question de l’égalité entre les femmes et les hommes, ou la lutte contre toutes les dominations et discriminations.

Nous défendons la revalorisation des luttes pour accompagner les personnes handicapées, lutter contre l’isolement, promouvoir la prévention et l’éducatif plutôt que le répressif, faire de la transformation de l’éducation une question décisive pour la promotion d’une société plus fraternelle, placer le sort des banlieues  – c’est-à-dire des quartiers populaires  – et le sort du monde rural au cœur de la construction des nouveaux territoires… Il s’agit de revisiter et de réagencer entièrement le périmètre des luttes et de l’alternative, au lieu de laisser le gouvernement, l’État et ses suppôts médiatiques décider du débat public et de son calendrier. Or, sur tous ces terrains et sur bien d’autres encore, notre gauche reste encore trop souvent muette, ou l’arme au pied.

Pour l’avenir, nous disons à celles et ceux qui ont peur de changer : cette peur vous affaiblit, vous divise et vous tue à petit feu. Nous disons à nos amis du PCF que leur congrès sera un nouvel échec s’il n’est pas cent fois plus audacieux que le texte officiel aujourd’hui sur les rails. Il vous faudrait larguer les amarres liées au Parti socialiste, et vous autoriser à vous dépasser enfin. Nous disons à nos amis de L’Humanité : dépassez-vous, devenez enfin le journal de la transformation sociale, au lieu d’être comme aujourd’hui trop souvent la ‘‘voix de son maître’’. Faute de cela, vous n’aurez bientôt plus les moyens d’exister et ce serait une perte terrible.

À ceux qui portent du changement : ne soyez pas trop sûrs de vous-mêmes, restez ouverts à l’altérité, l’invention d’une nouvelle cohérence ne doit pas nuire à la prise en compte des diversités et au métissage des cultures politiques.

Nous disons à celles et ceux qui portent du changement aux yeux du plus grand nombre : ne soyez pas trop sûrs de vous-mêmes, restez ouverts à l’altérité, l’invention d’une nouvelle cohérence ne doit pas nuire à la prise en compte des diversités et au métissage des cultures politiques… et elle se fera dans la durée. Nous disons à nos amis de France insoumise qu’il faut prendre garde au discours hégémonique et à l’avant-gardisme… et nous en savons quelque chose pour venir de la tradition communiste ! Entendez bien que nous sommes loin du compte, du côté de la gauche qui ne renonce pas, en termes de capacité à élaborer de nouveaux projets et à les mettre en œuvre. N’oubliez pas que la conquête du pouvoir n’est rien s’il n’existe pas d’abord, avant tout et en continu une mobilisation de la société, une appropriation citoyenne de la politique qui n’en est encore qu’à des balbutiements.

En fait, la question des nouvelles formes de la politique et celle du pouvoir ne sont pas derrière nous, qui voulons transformer la société, mais devant. La dimension autogestionnaire est devenue la pierre angulaire du combat pour l’émancipation.

Nous disons enfin à nos ami-e-s syndicalistes que le chemin pour décloisonner le social et le politique, pour initier de nouvelles relations entre forces politiques, syndicales et associatives a, peut-être, timidement franchi une étape très récemment, mais qu’il appelle de nouvelles initiatives, faute desquelles les rapports de force face à Macron resteront insuffisants. Tout reste aujourd’hui fragile et parfois désespérément immobile, comme par exemple s’agissant de l’absence totale d’initiative pour constituer enfin une maison syndicale commune entre la CGT, la FSU et Solidaires.

À vous, lectrices et lecteurs de Cerises, nous soumettons aussi l’idée que nous sommes entrés dans une phase politique, particulièrement chaotique, en ce qui concerne l’avenir de la démocratie… et de notre société. Il semble que le gouvernement et ses forces répressives se sentent maintenant les mains à peu près libres pour renforcer considérablement la criminalisation de ceux qui résistent. Une telle dégradation signifie à la fois une grande fébrilité du pouvoir et un danger plus grand, ainsi qu’un espace plus important pour l’extrême-droite. Nous voyons déjà que dans l’Union européenne qui presque, les forces fascistes et nationalistes gagnent en influence et voient leurs politiques reprises aussi bien par des gouvernements de droite ou dits de gauche. Bref, il y a du pain sur la planche, et, pour notre part, nous y contribuerons autrement qu’en animant ce périodique que nous avons fait vivre avec passion !