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Les gâteaux

Du soleil malgré tout !

L’été commence... et les "gâteaux" 17-18 de Cerises s’achèvent avec ce panier de livres, CD, DVD pour un été de plaisirs et de découvertes.

Avec les cheminots en lutte

Une trentaine de plumes de la littérature française ont souhaité intervenir au moyen de la fiction, pour soutenir la grève des cheminots. « Car la lutte des cheminots n'est pas corporatiste, elle cristallise au contraire l'idéal de solidarité, concrétisé par des services publics, de tout un peuple ».

De François Morel à Agnès Bihl, de Didier Daeninckx à Tardi, en passant par Annie Ernaux et Geneviève Brisac, entre autres, toutes et tous racontent le train et leur rapport particulier qu'ils entretiennent avec lui.

De belles rencontres, de beaux partages au gré des paysage qui défilent. La totalité des droits sera reversée aux caisses de grève1.

La bataille du rail. Cheminots en grève, écrivains solidaires. Don Quichotte Éditions, 2018, 240 p., 16,90 €.

Et le soutien financier direct continue sur le site leetchi.com.

Les années 68

La caméra au poing

Février 1967 : Chris Marker et Mario Marret commencent le tournage de A bientôt j’espère pendant la grève dans les usines de la Rhodiacéta de Besançon. Un an plus tard, lors de la projection du film, les ouvriers exprimèrent leurs opinions, certains jugeant le film trop romantique. Chris Marker tire alors la conclusion qu’un véritable cinéma militant ne peut être en définitive que celui qui serait réalisé par les ouvriers eux-mêmes. Très vite au sein du collectif SLON se constitue un groupe de cinéastes militants qui entreprit de former ces ouvriers aux techniques cinématographiques. Les groupes Medvedkine de Besançon puis de Sochaux étaient nés.

Les groupes Medvedkine (1967-1974), 2018, édité par Les Mutins de Pangée & ISKRA, 3 DVD de 372 minutes, un livre de 170 pages, 45 €.

À commander en ligne ici.

Un poing sur la table
et l’autre en l’air

C’est ainsi que « nous allons tenir tête ». et nous sommes d’accord avec Clémentine Autain, qui s’inscrit dans la filiation de ce que les « années 68 » nous apportent, et non dans l’héritage d’un passé défunt. Avec précision, arguments, sans concession, l’auteure démonte une « campagne collective criblées de clichés » que mènent ceux qui ont retourné leurs vestes et rejoint ceux qui ont toujours voulu museler toute révolte, toute remise en question de l’ordre établi. Elle remonte « aux racines de la haine » des anti-68. Mais elle déconstruit aussi la tentative de récupération par Macron de la célébration. En faisant en permanence le lien avec la situation actuelle, elle montre en quoi les années 68 nous livrent « des pavés pour l’avenir ». Une excellente introduction à la lecture d’ouvrages de sociologues et d’historiens dont Clémentine Autain donne de nombreuses références, évoqués aussi par Cerises et sur le site communistesunitaires.net

Notre liberté contre leur libéralisme 1968-2018, Les éditions du cerf, 109 p., 9 €.

L'insoumission persistante.

Cet essai fait aussi le lien entre hier et aujourd’hui, entre 68, maintenant et notre avenir. Gérard Miller, un "ancien" de 68 règle leurs comptes à quelques soixante-huitards qui « ont fini par découvrir sous les pavés non pas la plage, mais le marché ». Et comme il entend bien leur démontrer, ainsi qu’à leurs nouveaux maîtres, que nombreux sont ceux de sa génération qui n’ont pas relégué aux oubliettes « l’insoumission persistante » qui les a animés en 68. Cela l’a amené à soutenir Mélenchon, et s’il ne dénie pas quelques traits irritants de l’homme, il en connaît aussi les qualités dont celle d’avoir su évoluer dans le bon sens. Plus que l’homme Jean-Luc, il s’attache à ses propositions, à ce qui a fait le succès et l’inédit de la France insoumise. Sans que ce pamphlet soit un coup de cœur, il remet utilement quelques clichés en place.

Mélenchon, Mai oui, Le Seuil, 2018, 89 p., 12 €.

Les cerises à Zoé

Que peut dire mai 68 ou que peut-on dire de mai 68 à une enfant comme Zoé ?

Ce petit livre, Des fleurs sur les murs, s’attache à faire découvrir ce bout d’histoire à nos bambins. À partir du regard des minot-e-s, Cécile Roumiguière et Aurélie Grand nous livrent une œuvre originale, tout à fait accessible aux petit-e-s comme aux grand-e-s.

Une belle ouvrage, documentée, illustrée, qui figurera de bonne manière dans les lectures d’été, les contines du soir ou les cadeaux de fin d’année.

Éd. Nathan, 2018, 64 p., 7,20 €.

Bloc-notes illustré

Dans le même élan, Max Curry et Hubert Poirot-Bourdain nous proposent Au printemps fleurissent les pavés, un petit ouvrage sympathique, plus évènementiel, mais tout à fait accessible pour nos jeunes pousses.

Éd de la Martinière, 2018, 96 p., 14,90 €.

Rebelle, toujours

C’est une riche idée, cette compilation de Léo Ferré qui dès qu’il arrive à Paris, à peine la guerre terminée, va brasser dans ses chansons les facettes de sa contestation de l’ordre et de la norme : dans le quotidien, l’amour, la vie sociale et politique, toute forme d’oppression et d’exclusion. Critique, amer, mais aussi généreux, utopiste, il est bien des « années 68 » : celles qui bien en amont annoncent les mois de 68, celles qui suivent et en portent les graines. À nous de les faire pousser, le plaisir d’écouter ce poète du verbe et des notes donne de l’énergie.

Coffret de 2 CD, 16,99 €.

Violences politiques

Post-colonialisme contre femmes

Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme, de Françoise Vergès, n'est pas un livre de propagande féministe mais bien un livre historique où des recherches poussées ont été faites sur la période des années 1960 à 1970 à propos des avortements orchestrés par l’État français dans les DOM-TOM. Au-delà des témoignages, ce livre met en lumière la situation de l'illusion de la création des Dom-Tom mais aussi toute la hiérarchisation d'un nouveau genre de colonie où l’État français contrôle non seulement l'économie mais renforce sa volonté de lutter contre la naissance d'enfants métisses rappelant le passé colonial de la France.

Éd. Albin Michel, 2017, 229 p., 20 €.

Le corps ouvrier

À peine paru, Qui a tué mon père a suscité une tentative de récupération de l’entourage d’Emmanuel Macron, qui a conduit Édouard Louis à cette mise au point : « Mon livre s'insurge contre ce que vous êtes et ce que vous faites. Abstenez-vous d’essayer de m’utiliser pour masquer la violence que vous incarnez et exercez. J’écris pour vous faire honte. J’écris pour donner des armes à celles et ceux qui vous combattent ». De fait, lorsqu’on referme ce livre époustouflant, on sait qu’aucune récup’ n’est possible. Et surtout, on comprend parfaitement ce que veut dire cette phrase énigmatique au premier abord : « L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique ».

Le Seuil, 2018, 96 p., 12 €.

Des chaînes au temps libéré

Comment se libérer de la servitude capitaliste « qui nous étrangle par la double chaîne du travail et de la consommation » ? Le livre d’Abdennour Bidar, Libérons-nous ! des chaînes du travail et de la consommation, propose comme réponse d’instaurer « un revenu universel, attribué sans conditions à tous ceux qui en font la demande et suffisant pour mener une vie décente ». Voilà donc un philosophe qui nous emmène en prospective, c’est-à-dire dans le domaine non de la prévision subie mais d’un avenir agi par nous, où il s’agirait d’affronter cette question d’une « liberté entièrement nouvelle » : « si nous ne passons plus l’essentiel de notre vie à travailler, qu’allons-nous faire de tout ce temps libéré ? ».

Éd. Des liens qui libèrent, 2018, 112 p., 10 €.

Antidotes

Voilà un livre qui, dès son démarrage, nous appelle à déconstruire nos représentations. D’emblée, ses auteurs démentent : la loi de la jungle n’est pas le désordre et la loi du plus fort ; au contraire, examiner le vivant, c’est constater l’ampleur des phénomènes de coopération, d’altruisme, de solidarité et de bonté. Et parmi les humains, l’entraide et la collaboration sont des tendances spontanées dont on peut expliquer l’origine et la reproduction. Il y a là un continent méconnu, à explorer par les partisans de l’émancipation, qui peuvent y trouver des formes de déjà-là du communisme et aussi des sources d’inspiration pour les mobilisations. Un ouvrage de salubrité publique !

L’entraide – L’autre loi de la jungle, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle

Éd. Les liens qui libèrent, 2017, 382 p., 22 €.

À lire par gros temps

Acteurs du chaos

C'est un récit-fiction de la collusion entre les puissances économiques et financières avec Hitler et le nazisme. On le savait déjà, mais le ''raconter'' avec une 'imagination' parfaitement documentée et une qualité littéraire remarquée, permet de mieux comprendre…

L'Ordre du jour, Éric Vuillard - Actes Sud, 2017, 150 p., 16 €.

Un Machiavel insolent

C'est, à l'origine, une série d'émissions diffusées pendant l'été 2016 sur France Inter retravaillées en trente courts chapitres qui développent des questions vivantes et libèrent nos pensées iconoclastes. À juste titre, en 4e de couverture, il est noté que « L'intérêt pour Machiavel renaît toujours dans l'histoire au moment où s'annoncent les tempêtes, car il est celui qui sait philosopher par gros temps. Si on le relit aujourd'hui, c'est qu'il y a de quoi s'inquiéter. Il revient : réveillez-vous. »

Un été avec Machiavel, Patrick Boucheron , coéd. des Equateurs/France Inter, 2017, 152 p., 13 €.

À contre-courant

Le choc des mots et des sons

Cet été, Eddy De Pretto partira en vacances avec nous. Enfin, son premier CD, Cure, lancé début 2018. C’est un mélange de hip hop, de rap, de variété et de groove, avec des textes d’écorché vif, faisant place à l’intimité, à la sexualité, à la critique du virilisme… C’est dans l’air du temps, explique Télérama, qui souligne sa « rage antibourgeoise et pas marketée » mais salue qu’il ne « tombe » pas « dans la revendication ». Au contraire, De Pretto semble avoir déjà compris qu’il va devoir ramer pour ne pas être seulement dans l’affirmation de lui-même. Emporté dans le tourbillon de succès, le chanteur se met en garde lui-même : « Je pose l’éventualité de devenir dingue à cause de la vitesse à laquelle va le projet. À force d'entendre des éloges, le ‘‘trop de soi’’ implose, et c'est le risque que j’expose ici. La peur simple de tomber dans le fanatisme de soi-même par les réseaux sociaux, les mots d'amour, et tout autre signe qui flatte et qui crée ce monstre d'ego ».

1 CD, 2018, 13,99 €.

La vie à bras le corps

Quand avec Richard Bohringer, il avait investi un espace du hall de la gare Montparnasse, les voyageurs, pourtant pressés, s’arrêtaient, n’en revenaient pas de ce cadeau, interpellés sur la société délétère et le monde à construire. C’était à la sortie de son 4e CD, Funambule. Aujourd’hui, avec Plan B, Grand corps malade continue de donner au slam sa touche personnelle, élargissant sons – guitare, claviers, synthés, basse… - et champs textuels qui embrassent l’intime et le collectif. Un homme droit, qui a aussi contribué à modifier le regard sur les handicapés. Et pour les non familiers du slam, les textes sont là.

1 CD, 2018, 13,99 €.

Contre la culture de masse

La passion de l’intelligence

Critique de théâtre pour L’Humanité, Jean-Pierre Léonardini nous offre ici un parcours intelligent et passionné dans l’aventure théâtrale en lien avec les époques traversées. Attaché à un service public du théâtre de qualité, familier du Festival d’Avignon, amoureux des grandes œuvres, il est ouvert aussi aux recherches innovantes, mais peut se montrer cinglant pour la médiocrité comme les faux-semblants. « Intellectuel de broussailles », il dit l’émotion d’apprendre que peut procurer le théâtre comme les rencontres militantes et humaines. Ancré dans son temps, « tissé d’illusions perdues », il reprend néanmoins à son compte cette phrase de Walter Benjamin : « Rien de ce qui eut lieu n’est perdu pour l’Histoire ».

Qu’ils crèvent les critiques ! Les Solitaires Intempestifs, 192 p., 14 €. Prix de la critique 2018 pour le Meilleur livre sur le théâtre.

Et encore...

proposés par nos correspondants - éditeurs et libraires indépendants, lecteurs :

- Ce que les riches pensent des pauvres, ouvrage collectif, Le Seuil 2017, 352 p. 23 €.

- La france des belhoumi, portraits de famille, Stéphane Beaud, éd. la découverte, 2018, 352 p., 21 €.

- Des mots qui puent, Olivier Starquit, éd. du Cerisier, 2018, 176 p., 12 €.

- Les métropoles barbares – Démondialiser la ville – désurbaniser la terre, Guillaume Faburel, Le passager clandestin, 2018, 370 p., 18 €.

- Exils syriens : parcours et ancrages (Liban, Turquie, Europe), Michel Agier et Babels, 2018, 128 p., 10 €.

- Quand les futurs d’hier rencontrent notre présent, Coffret Dyschroniques II, 7 titres de SF, Le passager clandestin, 2018, 700 p. ,37 €.

* Ont contribué à ce dossier : Gilles Alfonsi, Laura Duguet, Vincent Duguet, Michèle Kiintz, Yves Laverne, Luc Quinton, Patrick Vassallo.