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Héros solitaire ou collectif solidaire ?

Gérard Collomb a créé la polémique en déclarant que « si demain on veut garder le droit de manifester, qui est une liberté fondamentale, il faut que les personnes qui veulent exprimer leurs opinions puissent aussi s’opposer aux casseurs et ne pas, par leur passivité, être complices de ce qui se passe ». Cet appel à se désolidariser des plus énervés des manifestants - voire à s’opposer à eux - est très cohérent avec la stratégie policière depuis la manifestation du 1er mai.

Ce jour là, puis lors de la manifestation du 22 mai, le cortège de tête réunit presque autant de personnes que le cortège officiel. La police n’intervient pas seulement comme habituellement pour protéger les symboles du capitalisme et de l’État ciblés par les lanceurs de pierre. Elle lance massivement des gaz lacrymogènes au milieu des non-violents dans le cortège de tête. Les arrestations visent tous les présents, et principalement des manifestants n’ayant pas participé aux violences. Des personnes - y compris des mineurs - sont placées en garde à vue, présentées devant les juges pour la seule possession de lunettes de piscine ou de sérum physiologique, objets censés prouver la « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou de dégradations de biens » (art. 222-14-2 du code pénal). La seule présence dans le cortège de tête suffit désormais à être violenté, arrêté, poursuivi. L’objectif est clair : frapper les non-violents pour qu’ils ne viennent plus dans le cortège de tête, qu’ils se désolidarisent de ceux qui ont choisi la stratégie de l’affrontement.

À côté de cette mise en scène de nouveaux barbares, une autre mythologie est construite. Du commandant Arnaud Beltrame au sans-papier Mamoudou Gassama qui a sauvé un enfant, Macron met en avant le héros qui se porte au secours de son prochain. Le héros solitaire qui prend tous les risques, l’entrepreneur individuel de la solidarité, au prix de sa vie. Macron disait vouloir dépasser le clivage gauche-droite, il l’exagère au contraire, même dans le simple réflexe de l’aide au prochain. Il glorifie le premier de cordée mais pénalise la cordée en poursuivant en justice les montagnards qui sauvent les sans-papiers. Il veut casser la solidarité spontanée dans les manifestations entre violents et non-violents. Il veut le héros solitaire pas le collectif solidaire.

À toute chose malheur est bon. Cela nous rappelle ce que signifie ce clivage quand on est de gauche, que symbolise le poing levé : cinq doigts différents mais rassemblés pour frapper ensemble. Dans la gauche, il y a des organisations différentes : des syndicats, des partis, des associations. Des stratégies différentes : des réformistes et des révolutionnaires ; des tranquilles dans les manifestations, des bien plus énervés. En écologiste, on dirait un écosystème, une biodiversité nécessaire et positive. De gauche, nous pourrions faire la réponse suivante au ministre de l’Intérieur : Non, Monsieur Collomb, dans le cortège de tête, nous ne sommes pas complices des "casseurs" car passifs. Nous sommes actifs et solidaires, activement solidaires de tous les participants - quelle que soit leur stratégie. Nous nous gardons des stigmatisations des uns et des autres. Nous regrettons les attitudes ambiguës de certains services d’ordre. Nous débattons entre-nous de ces stratégies, de manière publique, par exemple sur le site Paris-luttes-infos. Nous cherchons à articuler les différents modes d’intervention, comme à Notre-Dame-Des-Landes. Et vous le craignez car là-bas, l’alliance des violents et des non-violents vous a mis en échec. Demain, ce sera le cas ailleurs aussi.