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Marx, Mai 68 et Mai 2018

1er mai 2018 à Paris
1er mai 2018 à Paris

Non, ce rapprochement ne tient pas du bric à brac.

Le bicentenaire de la naissance de Marx donne lieu à une reconnaissance qui l’ampute. Il aurait eu des analyses pertinentes sur le capitalisme mais n’aurait rien dit sur comment s’en débarrasser. Étrange commentaire pour celui qui écrivait : « les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde alors que ce qui importe, c’est de le transformer ». Tout l’effort de Marx a été de favoriser une pensée propre aux exploités afin de rendre leurs combats plus efficaces.

Un grand nombre d’écrits ou d’émissions sur 68 sont de la même eau. Ils visent à démontrer que tout comportement révolutionnaire mettant en cause l’ensemble du système capitaliste relèverait de l’illusion. Le contraire de l’illusion serait, pour être concret, de faire des retouches au cas par cas. Or, ce qui a manqué à 68, c’est bien une mise en cohérence de ce qu’il fallait changer.

Au même moment, les luttes pour les services publics commencent à dépasser le stade de l’opposition. La CGT des cheminots fait des propositions, ouvrant le passage du contre au pour. Dans le privé, les salariés de Carrefour mettent en cause les suppressions d’emplois et les réductions de primes au regard des dividendes versés aux actionnaires. Pour l’instant ce sont LEURS actionnaires qu’ils mettent en cause et non pas le système. Pour l’instant, ils réclament plus de justice et non pas de prendre le pouvoir à la place des actionnaires. Mais un espace s’ouvre.

L’apport de la politique ne peut se borner à les soutenir. De même dénoncer Macron va de soi mais ne règle rien. Il a, comme son prédécesseur, un CDD de luxe pour des missions. Ce qui importe, c’est ce qui ne va pas de soi. Marx, disait que l’idéologie dominante est l’idéologie des classes dominantes. C’est le pas de côté au regard des idées qui manque pour l’instant. Et qu’aucune force qui a pignon sur rue n’ose franchir.

Il n’y a pas de raccourci pour affronter l’urgent. Chaque revendication appelle des réponses structurelles qui dessinent un devenir cohérent de la société. Ce n’est pas moins concret. Exiger au nom de ce devenir donne la crédibilité nécessaire et rassemble au-delà des situations particulières. Cela implique de mettre les revendications en phase avec les besoins dans tous les domaines. Peuvent-ils être satisfaits en épargnant la domination des actionnaires ? La conscience de classe n’est pas dans la victimisation mais dans la capacité à s’identifier au développement de la société. Qui est irremplaçable ? Qui est nuisible ? Il faut pouvoir se considérer indispensables donc porteurs du devenir commun pour délégitimer les dominants. C’est en se mettant, ne serait-ce que mentalement, dans cette posture sociale que se pose la question de qui doit décider du sort commun : les dominants ? l’État ? Ou travailleurs et usagers ? En ce cas par quels moyens ?

Ne confondons-nous pas tenir compte de là où en sont les gens et y rester ? Et construire "en bas " et absence d’initiative ouvrant sur de l’encore impensé ? Attention, le créneau ouvert par les luttes en cours est étroit et fugace. Les forces du capital savent s’y engouffrer pour retourner les aspirations en leur contraire. L’aspiration à sortir du cadre peut déboucher aussi bien sur le populisme voire l’extrême-droite que sur une disponibilité nouvelle pour participer à une réelle alternative. Qu’est-ce qui empêche les révolutionnaires de capter cette aspiration pour y répondre avec des premières pistes ? Il faut oser franchir le pas.