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A table !

Vivre avec son temps

Penser que pour gagner, on peut tendre ses efforts vers une autre organisation de la société, concentrée sur pouvoir et expropriation des gros actionnaires pour leur retirer toute puissance, bouleverserait le rapport des forces.

Quelque chose est en train de bouger au-delà des grèves ou des manifs : le mouvement autour des services publics, notamment la SNCF, commence à tenter de dépasser le stade de l’opposition. D’envisager d’être porteur de solutions et d’une vision alternative pose de nouvelles questions en termes de lutte.

Être unitaire va de plus en plus de soi. Ce n’est donc plus là que sont les principaux nœuds à défaire. Si l’on ne veut pas répéter de manière vaine qu’il faut être unitaire, c’est autour d’une démarche et de questions clés que cette unité peut se construire : comment ne pas en rester à la réclamation mais viser une cohérence qui donne sa crédibilité à cette réclamation ? Comment en profiter pour dépasser toute situation de victimisation pour se sentir apte à pouvoir imposer ?

Où sont les verrous pour la suite ? La maîtrise des leviers de décisions : propriété collective (et non pas étatisation) des grands moyens de production et des flux financiers. Moins que jamais, ce sont des axes abstraits et intemporels. Ce n’est pas la colère qui manque mais sur quoi déboucher. Penser que pour gagner, on peut tendre ses efforts vers une autre organisation de la société, concentrée sur pouvoir et expropriation des gros actionnaires pour leur retirer toute puissance, bouleverserait le rapport des forces. On perd son statut de victime pour acquérir celui d’indispensable. Or il faut se considérer indispensable à la société pour délégitimer les dominants. C’est de s’identifier au nécessaire qui est la conscience de classe. Il n’y a pas de raccourci pour affronter l’urgent. Et avant même d’avoir imposé quoi que ce soit de nouveau, le fait de produire mentalement de l’alternative à un système pensé indépassable modifie déjà le rapport de forces ; tant il est vrai qu’un rapport de forces est d’abord lié à un rapport de forces d’idées. Or, il semble que nous soyons au seuil d’un possible.

La perte de confiance dans les "élites" politiques ou patronales entraîne une disponibilité qui débouche sur deux options opposées : ou le populisme et l’extrême-droite ou une disponibilité nouvelle pour sortir du cadre actuel. Une part importante de ceux qui luttent pourrait se considérer comme espace constituant pour peu qu’on le leur propose à travers des objectifs structurels. Le besoin d’avoir le pouvoir de faire grandit. De manière tâtonnante, souvent en ayant du mal à y mettre les mots, mais il grandit.

Se tendre vers un tel objectif peut ouvrir une brèche, non pour une évolution qui irait de soi mais pour provoquer des ruptures possibles. Mais attention, c’est un créneau fugace et étroit à ne pas rater : les forces du capital savent s’y engouffrer, à l’image de Macron se réclamant de l’irruption de la société civile. Et le livre de Peyrelevade (homme du capital s’il en est) est symptomatique : il prône des adaptations qui tiennent compte des aspirations pour sauver le système. Il y a une course de vitesse entre qui propose une alternative à la situation actuelle.