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Encore un effort pour être écologistes...

Il y a encore besoin d’écologie en politique car les politiques publiques sont loin d’être à la hauteur de la crise climatique, a fortiori du tournant civilisationnel que propose l’écologie. Il y en a encore plus besoin comme mouvement social, imaginaire, sensibilité

À gauche, de Benoît Hamon à Jean-Luc Mélenchon, aujourd’hui, tout le monde serait écolo ?

Si on pense que l’écologie n’est qu’un ensemble d’idées, on en n’est pas loin. La prise de conscience des limites de la planète entraînant la critique de la façon de produire et de celle de consommer, l’une et l’autre ont été largement intégrées. Les programmes électoraux le manifestent. En général, rien ne manque, de la sortie du nucléaire à l’obsolescence programmée.

Mais un courant politique n’est pas qu’un ensemble de doctrines. Il naît dans une classe sociale, d’un mouvement social, d’une vague culturelle… Le socialisme est né de l’apparition des masses ouvrières industrielles. Le fascisme des traumatismes de la Première Guerre mondiale. L’écologie naît dans les années 60 et 70 d’un ensemble de mouvements sociaux : mai 68, la défense de l’environnement, la lutte contre le nucléaire, les luttes régionalistes, le mouvement des femmes… Une aspiration à vivre différemment lui donne naissance : libération sexuelle, modes de vies communautaires, retour à la campagne, envie d’une ville plus respirable, ras-le-bol de la consommation et des objets…

Pour cette raison, bien des théoriciens de l’écologie insisteront pour dire qu’elle n’est pas seulement un mouvement politique mais surtout un mouvement culturel, anthropologique (qu’est-ce que l’humain ? l’humain par rapport à la nature ?) voir épistémologique : quelle question pose-t-on ? Demander "pourquoi ?" plutôt que "combien ?" ou "à qui ?". Pourquoi produire ceci ou cela plutôt que comment le produire (plus efficacement) ou à qui le distribuer ?

L’écologie n’est donc pas seulement un ensemble d’idées qu’on peut faire rentrer dans un mécano d’idées déjà là, quitte à bouleverser l’ensemble. Elle est une culture, une vision du monde, une façon de ressentir et de percevoir les choses, des affects et des percepts, diraient Deleuze ou Guattari. Une sensibilité, une manière d’être et de vivre. Très forte chez une minorité – néo-ruraux, zadistes, adeptes urbains du vélo et du bio… -, elle influence les sociétés occidentales depuis 40 ans.

Ces dimensions de l’écologie sont bien plus difficiles à intégrer par la gauche. Y compris pour des raisons très humaines et sociologiques : les sensibilités des personnes se construisent sur le temps long, plus long que celui de la réflexion, de l’écriture des livres ou de la rédaction des programmes.

Bien des dimensions culturelles de l’écologie manquent encore à la gauche, même celle qui s’est le plus écologisée. Prenons quelques exemples. Inspirée par la nature et le régionalisme, l’écologie valorise la diversité comme une richesse là où la gauche met en avant l’unité. Baignée par le pacifisme, les exemples de Gandhi, Luther King et Lanza Del Vasto, l’écologie promeut la non-violence là où la gauche a une culture du rapport de force et d’une certaine virilité. Née de la critique du nucléaire, de la bagnole, du bazar de l’électroménager des années 60, d’un désir de vivre sans cette invasion du matériel, l’écologie se défie de la technique, quand la gauche y voit une incarnation du génie humain et une des voies du progrès. Parce que l’écologie est un désir de vivre autrement ici et maintenant, elle insiste sur la cohérence entre les idées et les pratiques.

Il y a encore besoin d’écologie en politique car les politiques publiques sont loin d’être à la hauteur de la crise climatique, a fortiori du tournant civilisationnel que propose l’écologie. Il y en a encore plus besoin comme mouvement social, imaginaire, sensibilité car pour ces changements là, il faut encore plus de temps pour qu’ils soient profonds et non superficiels.