Qui sommes-nous ? Charte du site Participer S'abonner Soutenir Liens

Appel

Rubriques

Altercommunisme

Altercommunistes

Séquences

Cerises

Sélection

Imprimer cet article

Les gâteaux

Face à la guerre sociale déclarée par Macron, dépasser la césure entre social et politique

Alors que le PDG de la France multiplie les attaques contre les droits sociaux, les forces politiques et le syndicalisme de transformation sociale ont à s'interroger sur leurs apports et leurs interactions. Table ronde.

La césure entre social et politique entraîne une division des tâches qui apparait d’une telle évidence qu’elle est rarement remise en question. Qu’en pensez-vous ?

Christian Mahieux, co-fondateur du syndicat Sud-Rail en 1996, membre de la direction nationale de Solidaires jusqu’en 2017 : C’est une fausse évidence largement partagée mais qui n’est pas unanime. Les courants qui se revendiquent du syndicalisme révolutionnaire ont une position autre. Le syndicalisme est politique, son champ d’action englobe tant la défense des revendications dans le cadre de la société actuelle, que l’action pour une transformation radicale de celle-ci. Par action, j’entends là des choses aussi différentes et complémentaires que la formation et l’information, une campagne dans la durée et une grève, l’organisation collective et le soutien aux auto-organisations… L’oppression lié au système capitaliste, l’oppression économique issue des rapports de production et du droit de propriété, est commune à toutes celles et tous ceux "d’en bas". C’est là que se joue l’affrontement de classes : si ça, ce n’est pas politique ! Ça n’empêche pas, bien entendu, de considérer qu’il y a bien d’autres formes d’oppressions, qu’il ne s’agit d’ailleurs pas de hiérarchiser, ni entre elles, ni vis-à-vis de l’oppression économique. Les luttes contre les oppressions, et pour l’égalité, la liberté, etc., font de la politique. La notion d’ "organisation syndicale et populaire" me parait pertinente : la lutte contre le patronat, contre la hiérarchie, pour un travail différent, etc., mais aussi les luttes des femmes, des personnes racisées, des LGBT, des sans-logis.

Pierre Zarka, co-animateur de l’Observatoire des mouvements de la société. Ancien directeur de L’Humanité : Cette réalité réduit le mouvement social à faire la liste des récriminations et à la déposer au guichet des politiques leur laissant la liberté d’en tenir compte ou pas. Elle reproduit le rapport actuel de dépendance vis-à-vis de tout pouvoir. Aucun des grands acquis n’a été obtenu ainsi. Le Front populaire, le programme du CNR étaient-ils des mouvements syndicaux ou politiques ? Posée ainsi, la question n’a aucun sens. C’est la multiplicité des chemins d’accès au même but qui a permis à différents exploités de se retrouver. Le bilan des 35 dernières années, montre que la dissociation luttes sociales et programmes électoraux n’empêchent pas le capital d’agir. Si on se met à la place des intéressés - je parle des gens -, on les met dans une situation schizophrénique : tantôt syndicalistes, tantôt électeurs d’un jour, mais jamais fondateurs de politique. En fait cette question renvoie d’abord au rôle de chaque personne .

Olivier Mailland, représentant CGT à l’Inspection du travail et membre du secrétariat départemental CGT de la Saône et Loire : Autant l’héritage historique des liens entre syndicats et partis politiques que l’actualité marquée par un rejet fort des partis politiques, provoquent dans le mouvement syndical une véritable défiance et un refus de la part de militants syndicaux "d’aller sur le terrain politique". Au sein de la CGT par exemple, combien de commissions exécutives ou d’AG de syndicats où on peut entendre "on fait du syndicalisme, pas de la politique" ? Combien de fois la Charte d’Amiens est évoquée pour ne pas aller trop loin dans la réflexion d’une revendication, d’une prise de parole syndicale, etc ?

Pourtant le syndicalisme est éminemment politique. Lorsqu’on s’oppose à une loi, lorsqu’on revendique les 32 heures ou la sécurité sociale professionnelle et le Nouveau Statut du Travailleur Salarié (NSTS), lorsqu’on s’affronte au pouvoir d’un patron en se battant dans une entreprise pour les salaires, pour l’emploi ou pour une organisation du temps de travail, on fait de la politique.

Si on prend le préambule des statuts de la CGT, on trouvera par exemple la volonté de « transformer la société et le monde », de « contribuer à changer la condition humaine » ou encore de se battre pour une « société libérée de l’exploitation capitaliste et des autres formes d’exploitation et de domination ». Le préambule des statuts de la CGT démontre que le syndicalisme est éminemment politique. Sur le papier, il n’y a donc aucune césure entre syndicalisme et politique, bien au contraire.

Quant à la Charte d’Amiens qui est régulièrement évoquée, il faut là aussi relire le texte et la comprendre dans le contexte de son adoption. Cette Charte (1906) avait pour vocation d’émanciper le mouvement syndical des partis politiques engoncés dans le parlementarisme pour mieux combattre « l’exploitation capitaliste » et empêcher l’introduction dans le syndicat des opinions politiques professées en dehors. Elle déclare l’indépendance du mouvement syndical qui n’a pas « à se préoccuper des partis » pour être libre de mener la lutte « pour la disparition du salariat et du patronat » ou pour « l'expropriation capitaliste ».

La charte d’Amiens souvent rappelée au sein du mouvement syndical est en réalité révolutionnaire puisqu’elle a pour vocation de mener le mouvement syndical et les travailleurs dans des combats politiques transformateurs indépendamment des partis.

Jean-Marc Cléry, représentant de la la FSU Bretagne au Conseil économique, social et environnemental (CESER) : J’ai des doutes sur la réalité de cette césure. On aura du mal à trouver des exemples de luttes syndicales qui ne se réfèrent pas à un projet de société – comment ne pas appeler cela du politique ? Depuis les années 80, l’arc politique ne cessant de se resserrer entre les libéraux de la droite et du centre et la "gauche de gouvernement" rendant toujours moins discernable leur alternance au pouvoir, les organisations syndicales porteuses d’un projet de transformation sociale sont passées de fait au premier plan pour incarner le contre-projet politique. L’exemple récent de la lutte contre la loi El Khomri est clair à cet égard - la parole populaire était-elle syndicale ? était-elle politique ?

Les grandes mobilisations de 95, d’une certaine façon fondatrices de la FSU comme de Solidaires, ont été le révélateur de cette portée éminemment politique de nos luttes. Ce qui n’a d’ailleurs pas échappé au "camp d’en face", celui des médias dominants et des "modernisateurs" auto-proclamés : ils ont fort bien identifié notre syndicalisme de transformation sociale comme l’adversaire politique principal.

Quelle(s) conséquence(s) pour les organisations syndicales et pour les partis politiques ?

J.-M. Cléry : Je ne suis pas convaincu par l’impouvoir politique du syndicalisme ; et quand bien même, cela n’a rien d’inéluctable. Regardons comment le syndicalisme prétendument apolitique de IG Metal investit le temps de travail, cela au moment où une énième coalition SPD/CDU risque de stériliser le débat sur la politique économique et sociale de l’Allemagne. En Grande-Bretagne avec Jeremy Corbin on voit revivre le lien entre le Labor et le mouvement social et syndical.

Mais le syndicalisme s’inscrit d’abord dans un quotidien qui part de l’activité des travailleurs que nous sommes, là où nous sommes. S’il est bien sûr nécessaire d’articuler ce militantisme du quotidien (avec ses résultats souvent ténus) à des problématiques et à des luttes plus globales, il faut cependant faire attention à ce que des montées en généralité ne viennent pas "couvrir" la parole des travailleurs ou percuter ce qu’ils ont décidé.

Être syndicaliste repose sur le fait que les intérêts matériels et moraux des travailleurs ont à se faire entendre quels que soient les gouvernements ou les formes prises par l’État. Même si l’interlocuteur en face n’est pas celui qu’on a choisi, c’est bien avec lui qu’il faudra compter. Et lui devra compter avec nous ! Dans la Fonction publique, l’action syndicale contribue à maintenir la continuité de l’action de l’État dans ses missions, en opposant aux volontés de chamboulement des "décideurs" le réel de l’activité des personnels et les besoins des citoyens.

Montage André Jeff sur phototheque.org
Montage André Jeff sur phototheque.org

Chr. Mahieux : La répartition des rôles qui veut que le parti s’occupe de politique et le syndicalisme du social est une impasse. Alors que les syndicats sont, ou du moins devraient être, l’outil d’organisation autonome de la classe ouvrière (ce qui n’est pas rien !), elle les cantonne dans une fonction mineure, leur nie la capacité d’agir pour changer la société. À l’inverse, elle pousse les organisations politiques à considérer que cette tâche est leur exclusivité et donc qu’elle est déconnectée des mouvements sociaux ; ceux-ci étant là, seulement pour les aider mais n’ayant pas la capacité propre de le faire. En quelque sorte, le syndicat est considéré mineur, l’organisation politique majeure.

P. Zarka : Le parti est conçu pour la prise du pouvoir d’État au profit des intéressés mais à leur place. Ceux-ci sont alors réduits à un rôle de soutien. Même quand ils disent s’ouvrir, les partis font de la pédagogie auprès des ignorants. Nous sommes citoyens le temps passé dans un isoloir pour désigner à qui obéir ensuite. En politique tout autre moment reconnu renvoie à des libertés individuelles mais pas à l’action collective. Cette conception réductrice de l’accès à la politique doit beaucoup à la bourgeoisie : de Thermidor à Thiers massacreur de la Commune.

« Le processus transformateur ne se limite pas à ce que l’on obtient ; il consiste aussi à en imposer les conditions économiques et sociales. L’expérience dit que l’on n’empêche pas une délocalisation sans investir l’espace du pouvoir de décision. » P. Zarka

La politique, ce ne devrait pas être de choisir derrière qui se situer mais de participer à définir la cause des problèmes et les solutions. Cela doit devenir un acte courant, accessible au commun des mortels, ce qui ne remet nullement en cause l’indépendance des uns et des autres. Des personnes regroupées autour de convictions peuvent apporter des questionnements, suggestions et initiatives pour favoriser cet exercice. Mais ces militants ne sont en aucun cas des profs guidant des ignorants. Toute pratique peut produire de la réflexion pourvu qu’elle soit sollicitée. Cela ne veut pas dire que toute idée est bonne mais c’est de la confrontation sur un pied d’égalité devant l’élaboration et la conduite de l’action que peuvent découler des avancées.

O. Mailland : La conséquence de cette "division des tâches" entre social et politique est que les travailleurs et leurs représentants délèguent aux partis politiques le soin de s’occuper à leur place de la transformation de la société ou du système économique.

Cette division limite aussi les syndicats dans la construction de leurs revendications. Par exemple en ce qui concerne le NSTS et la sécurité sociale professionnelle, la CGT ne va pas jusqu’au bout de sa revendication qui est profondément économique et politique.

« Lorsqu’on s’oppose à une loi, lorsqu’on revendique les 32 heures ou la sécurité sociale professionnelle et le Nouveau Statut du Travailleur Salarié (NSTS), lorsqu’on s’affronte au pouvoir d’un patron (…), on fait de la politique. » O. Mailland

On observe également une tendance forte des travailleurs à déléguer la lutte aux syndicalistes et du mouvement syndical à déléguer la transformation de la société aux partis politiques. C’est ainsi que les travailleurs se sont progressivement dépossédés eux-mêmes de leur pouvoir.

Que devient alors l’objet des luttes ? Est-ce encore de réclamer auprès des pouvoirs ou d’amasser des forces en vue de la prochaine élection ? Ou est-ce déjà d’imposer dans la lutte de nouveaux rapports sociaux ?

J.-M. Cléry : Je suis gêné que l’on oppose ces trois options. Elles ne sont pas antinomiques Bien sûr le mieux serait que nos luttes débouchent directement sur les orientations politiques et sociales que nous portons ! Mais depuis des années, les luttes ne sont pas gagnantes ou elles débouchent, faute de mieux, sur l’espoir d’une traduction politique : la "gauche plurielle" après la chute du Plan Juppé, ou l’appel à "faire battre Sarkozy" après les défaites qu’il avait infligées au mouvement social. Comment sortir de ça ?

Montage André Jeff sur phototheque.org
Montage André Jeff sur phototheque.org

Le syndicalisme doit-il quitter la posture consistant à réclamer auprès des "pouvoirs publics" ? Oui si c’est juste pour tendre la sébile et attraper quelques miettes. Mais réclamer ce peut-être aussi mettre les pouvoirs publics face à leurs responsabilités devant l’opinion publique : quand on interpelle Macron sur sa politique en matière d’accueil des migrants, on démasque ses impostures. À Notre-Dame-des-Landes, on a les trois dimensions : des citoyen-ne-s expérimentent des formes d’organisation qui leur donnent du pouvoir sur leurs vies ; un travail militant pour mobiliser l’opinion publique - et la "réclamation" auprès des pouvoirs publics qui finit par aboutir avec la décision de Macron.

Une chose est sûre, nous avons la responsabilité de faire que le syndicalisme ne tombe pas dans la logique de la délégation et qu’il soit bien un instrument donnant directement aux travailleurs du pouvoir de décider et d’agir.

P. Zarka : Le processus transformateur ne se limite pas à ce que l’on obtient ; il consiste aussi à en imposer les conditions économiques et sociales. L’expérience dit que l’on n’empêche pas une délocalisation sans investir l’espace du pouvoir de décision. Cela implique qu’un des objets de la lutte est d’arracher le pouvoir nécessaire. Autant en prendre conscience et revendiquer la concurrence de pouvoirs entre les dominés et le capital. Une efficacité nouvelle implique que de victimes on devienne porteurs du devenir la société. Il s’agit de définir au fur et à mesure ce devenir à partir de ce que l’on veut soi-même être. Dans les faits et dans les têtes. Cela ne fait pas disparaitre toutes les élections mais en subvertit profondément le sens : ce sont les mouvements qui pénètrent le champ de l’institué. Les élus sont non plus alors des "représentants" qui bénéficient d’une effarante autonomie mais deviennent des partenaires issus de ces mouvements et liés par un mandat contraignant.

« Le syndicalisme (révolutionnaire) est politique, son champ d’action englobe tant la défense des revendications dans le cadre de la société actuelle, que l’action pour une transformation radicale de celle-ci. » Chr. Mahieux

Chr. Mahieux : Cette vision des rapports syndicats/partis induit qu’il faut le fameux "débouché politique" aux luttes. Un débouché qui est donc conçu comme extérieur aux mouvements sociaux (dont le syndicalisme est une des composantes, pas la seule) qui font ces luttes. À cela, on peut opposer que le meilleur débouché politique aux luttes est qu’elles soient gagnantes ! En elles-mêmes, elles portent une dynamique de remises en cause, partielles ou globales selon les périodes, voire de rupture avec le système. Mais cela suppose de convenir que la question du pouvoir ne doit pas se résumer à gagner les élections organisées dans l’actuel cadre institutionnel… Des contre-pouvoirs sont à renforcer, à créer, à étendre ; en commençant par le lieu d’exploitation qu’est l’entreprise.

O. Mailland : Une autre conséquence de cette "division des tâches" entre social et politique, est que le mouvement syndical s’auto-restreint à des actions pour s’opposer aux projets de lois sans mener de luttes uniquement centrées sur la volonté d’obtenir quelque chose. C’est l’une des principales raisons de toutes les défaites de ces dernières dizaines d’années.

Pour enrayer cette spirale, il est impératif que travailleurs et syndicats réinvestissent le terrain politique. C’est-à-dire qu’ils se réapproprient les sujets politiques pour ne pas les laisser aux seuls partis politiques.

Qu’y a-t-il comme réflexion en amont de cet échange ? Votre cheminement implique-t-il la dimension autogestionnaire comme un sujet d’actualité ?

O. Mailland : Il est fondamental que les travailleurs, les citoyens se réapproprient le pouvoir qu’ils ont mais dont ils ne servent pas. La construction des luttes, d’une autre société, d’une autre économie, de toute alternative au système actuel doit être réfléchie et menée par les travailleurs et les citoyens eux-mêmes. Le mouvement syndical doit permettre ces réflexions sans limite par rapport à une fictive sphère politique et même les favoriser afin de donner envie de se battre et de rassembler les travailleurs pour mener ces combats. Si on veut véritablement un système autogestionnaire, il faut d’abord commencer par faire en sorte que les réflexions et les luttes aient été réalisées par les travailleurs eux-mêmes.

Plutôt que de laisser les partis politiques proposer un programme à choisir à chaque élection, les travailleurs, les citoyens doivent reprendre confiance dans leur capacité à imaginer des solutions, autre chose que le There is no alternative imposé par les gouvernants. N’oublions pas le fameux slogan « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ».

P. Zarka : Absolument. Où doit se trouver le centre de l’exercice du pouvoir sinon chez les intéressés eux-mêmes ? On ne peut pas être émancipé en étant "derrière" un bienfaiteur. Toute délégation de pouvoir à un corps spécialisé est un obstacle. Les acteurs du CNR s’étaient substitués à l’État, aux législateurs et dès que les choses sont revenues "à la normale" toute transformation s’est arrêtée, réduisant le rôle des citoyens à celui de consommateurs de services. La mise en extériorité à l’égard de ces services entraîne aujourd’hui leur vulnérabilité. On ne peut pas penser tout et son contraire : se considérer comme principal responsable avec ses semblables de son sort et en appeler aux "pouvoirs publics". L’adversaire de classe défini lui-même ce qu’il lui faut et son application, la lutte est inégale tant que les exploités n’en feront pas autant. De même on conçoit aisément que le travail d’un artisan passe aussi par ses choix sur son entreprise et les salariés, ensemble, n’en seraient pas capables ?

« Tout mouvement a besoin de s’inscrire dans un "horizon d’attente" qui donne corps aux critiques de l’existant, aux espoirs et aux affects. » J.-M. Cléry

J.-M. Cléry  Le mot "autogestion" n’est pas simple. Il a été revendiqué par des organisations politiques/syndicales déterminées dans un contexte déterminé. On peut se sentir en phase avec un idéal d’autogestion si l’on entend que « l’émancipation complète des travailleurs » ne peut pas exister si ceux-ci ne se donnent pas les moyens d’agir par eux-mêmes, pour eux-mêmes ; l’organisation syndicale étant l’instrument pour y parvenir et permettant déjà d’expérimenter cette émancipation. Mais si l’on entend l’autogestion comme une forme d’organisation des rapports de production et des rapports sociaux, je pense qu’il faudrait plus que cette table-ronde pour en débattre !

Tout mouvement a besoin de s’inscrire dans un "horizon d’attente" qui donne corps aux critiques de l’existant, aux espoirs et aux affects. Lors de notre colloque consacré aux alternatives pouvant donner des perspectives à notre syndicalisme, nous avions repris le triptyque de Louis Althusser en 1980 sur la RAI. Il parlait des mérites respectifs des concepts d’auto-gestion, d’autodétermination et de communisme. Au-delà de sa préférence pour le terme de "communisme", je retiens la façon dont il le définissait : « un mode de production où il n’y a ni rapport économique d’exploitation, ni rapport politique de domination, ni rapport idéologique d’intimidation ». Nous pouvons tomber d’accord là-dessus tous les quatre.

Sur un trottoir de la Goutte d’or à Paris (@ Vincent Gruyer).
Sur un trottoir de la Goutte d’or à Paris (@ Vincent Gruyer).

Chr. Mahieux  Dimension d’actualité et centrale ! Il est nécessaire de relancer la réflexion et le travail sur ce sujet. Des choses se font mais limitées à des cercles trop restreints. Au sein du mouvement syndical, il faut que cela redevienne une priorité ; en lien avec les expériences menées par divers collectifs (un peu partout sur la planète), au sein des collectifs militants de base, en travaillant les aspects théoriques et aussi pratiques : dans telle entreprise, tel secteur d’activité, comment ça pourrait marcher, quels liens avec le reste de la société … Il s’agit de donner vie au concept, non pour faire croire que "l’autogestion" (qui est un système global, et pas seulement une somme de coopératives) est possible dans le cadre capitaliste, mais pour en faire une perspective qui donne envie et est crédible.