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Un positivisme totalitaire

Faisant écho à la révolution industrielle, le positivisme décrétait que le progrès humain découlerait automatiquement des techniques. Si le soviétisme a emboité le pas, tel n’était pas l’avis de Marx, dénonçant le fait que le travailleur devenait l’appendice de la machine. La technologie n’est jamais neutre. Elle implique des choix. Se développant sur les ruines des utopies du XXe siècle, le numérique devient le nouveau mythe de l’avenir. S’il est une prodigieuse invention, considérer qu’il suffit d’être nouveau pour être unilatéralement porteur de progrès, est une idéologie : Hiroshima ou la NSA l’illustrent.

On a beaucoup évoqué le rôle d’Internet dans les printemps arabes. C’est vrai. Mais attention au mythe quand on sait que le réseau avait été gelé à 90 %. S’il est un outil incontestable, il ne peut se substituer aux contacts humains et au temps de lecture sur papier. Ne sommes nous pas en train de passer de la croyance envers les institutions à la croyance en la technologie ? La mise en réseau est souvent présentée comme la réponse suffisante au rejet du pyramidal. Mais qui dit réseau, dit tête de réseau, nous démontrent Google ou les propriétaires de FaceBook. Subrepticement, un petit nombre d’individus est en train de concentrer d’énormes pouvoirs.

Alors qu’il a besoin de temps lent pour se construire comme être social, la course au résultat brut plus qu’à l’analyse, l’avalanche de données plus que leurs constructions éloignent le sujet de sa projection dans le temps et du besoin d’approfondir.

Il s’agit, comme dirait La Boétie, de rendre la servitude non seulement volontaire mais ludique. Alors que la loi interdit aux administrations de communiquer leurs informations entre elles, les données captées par nos clics sont toutes concentrées par le Big Data. L’entrée dans l’ère de la connexion permanente, l’usage de ce que l’on appelle les entités communicantes, comme les compteurs Linky, font de nous la meilleure agence de renseignement sur nos propres agissements et pensées. Science-fiction ? En reboutant ma télévision par satellite, je vois apparaitre sur mon écran, les types de films que j’ai tendance à voir et je lis que désormais je peux être prévenu à l’avance de leurs passages. En Grande Bretagne, un programme permet de suivre la prise ou non de médicaments connectés ou du minimum d’exercice physique et de décider du remboursement ou pas. L’élection d’Obama s’est appuyée sur une analyse des attentes les plus intimes ainsi récoltées. Des programmes de "sécurisations prédictives" traitent les informations reçues des zones ou de populations dites à risques et dégagent un nouveau concept juridique : le délit d’intention. Au détriment de la preuve, l’acte n’étant que supposition. Science-fiction ? Nice est équipée de près de 1 000 caméras pour repérer automatiquement tout comportement suspect : trop agité, trop immobile, marcher à contre-courant de la foule… la police du Kent et l’Allemagne sont également équipées. Qui décide ce qu’est un comportement suspect ?

L’individu n’est pas seulement épié et osculté, d’après des neurospsychologues son intellect est retravaillé. Alors qu’il a besoin de temps lent pour se construire comme être social, la course au résultat brut plus qu’à l’analyse, l’avalanche de données plus que leurs constructions éloignent le sujet de sa projection dans le temps et du besoin d’approfondir. Ce, au moment où on nous prône l’adaptabilité. Il est aussi déprécié : l’intelligence artificielle compenserait les insuffisances et faiblesses humaines.

Vers quoi allons-nous ? Nous ne reviendrons pas en arrière. Mais il y a une course entre la construction d’un pouvoir opaque et discrétionnaire et celle d’une vraie démocratie réellement entre les mains des citoyens.