Qui sommes-nous ? Charte du site Participer S'abonner Soutenir Liens

Appel

Note d'actualité

Sur le plateau

Rubriques

Altercommunisme

Altercommunistes

Séquences

Cerises

Sélection

Imprimer cet article

Cuisine alternative

Plein emploi ou tous salariés?

S'attaquer aux droits des chômeurs et les stigmatiser, voici donc la dernière marotte de Macron. Ces chômeurs qui passent leurs vacances aux Bahamas ! Ces chômeurs qui récidivent comme les criminels et osent refuser plusieurs offres d'emploi ! Ces chômeurs qu'il faut contrôler et sanctionner seraient quasiment devenus responsables de leur situation.

Pimkie et PSA sont là pour nous rappeler que les véritables responsables ne sont pas les salariés. Quand le pouvoir de licencier est facilité par la rupture conventionnelle collective, formule de licenciement sans obligation de reclassement, promue par les nouvelles dispositions de la loi Travail XXL, les actionnaires auraient tort de se priver !

Aujourd'hui 55 % des chômeurs sont indemnisés contre 60 % en 2010. 0,02 % d'entre eux touchent 6 300 euros mensuels, mais 50 % touchent moins de 970 euros. On ne peut pas dire qu'ils roulent sur l'or !

Et pourtant l'assurance chômage, comme les services publics, a servi d’amortisseur économique et social et contribué à faire face à la crise de 2008 (cf document paritaire sur l'assurance chômage).

L'assurance chômage, c'est 35 milliards d'euros de recettes annuelles et 39 milliards de dépenses. L'équilibre financier devrait être retrouvé en 2020, grâce aux recettes excédentaires des années précédant la crise, ainsi qu'une situation économique meilleure (et oui...). En garantissant aux salariés qui perdent un emploi un revenu de remplacement, elle leur permet de faire face à leur nouvelle situation et d'être disponible pour une recherche d'emploi, une formation ou toute autre activité. Liée au salaire - chacun cotise en fonction de ses moyens et reçoit en fonction de ses besoins (au moins en partie !) -, elle ne constitue pas une allocation versée par l'État comme le RSA ou l'ASS, mais une continuation du salaire financé dans le cadre d'une solidarité inter-professionnelle. En proposant l'étatisation de l'assurance chômage, Macron tente de faire disparaitre ce rapport salarial fait de négociation et de conflit entre salariés et patronat, alors que l'allocation garantie par l’État finirait par opposer "assistés" et "contribuables".

Avec toutes ses limites, l'assurance chômage a malgré tout fait la preuve de son utilité et de son efficacité. On ne peut pas en dire autant du CICE, 40 milliards d'argent public pour les entreprises, aucun bénéf pour les travailleurs, tout bénef pour les actionnaires !

Si la forme d'activité reste majoritairement le CDI à 80 % (10 % de CDD, 10 % d'activité non salariée), les nouvelles embauches sont majoritairement des contrats courts (80 %), le travail indépendant lié aux plates-formes se développe, beaucoup de chômeurs inscrits à Pôle emploi alternent des périodes d'activité réduite, d'emploi et de chômage.

Pour mettre fin au chantage permanent à la baisse des droits sociaux, l'indemnisation inconditionnelle de tous les chômeurs et de tous les précaires constituerait un atout de taille pour tous les travailleurs. En défendant leur régime, les intermittents ouvrent une voie de sortie du chômage de masse. « Tous les salariés en emploi discontinu ou partiel devraient avoir droit à une forme de socialisation de leur revenu, qui permette de déconnecter, au moins en partie, le temps de travail et le revenu. Cette déconnexion n'est pas une vue de l'esprit. C'est une tendance qui a émergé en 1979 avec la mensualisation des ouvriers. À partir de là, le salaire mensuel était le même, que le mois fasse 28 ou 31 jours, tandis qu'auparavant les ouvriers étaient payés de manière journalière » (Mathieu Grégoire, sociologue).

Ce serait répondre à une autre problématique que posent plusieurs sociologues dans une tribune parue sur Médiapart : des processus d'invisibilisation du travail sont en œuvre, en plus de l'intensification de celui-ci, comme celui qui consiste à reporter sur les usagers ou les clients une partie du travail auparavant réalisé par des salariés : scanner les produits lorsque l'on fait ses courses, réserver, imprimer ses billets, enregistrer les déclarations de revenus... Aussi la frontière entre travail rémunéré et travail gratuit, ou autrement dit entre travail et hors travail s'estompe. La question du dépassement du salariat se pose, soit on la subit version Macron tendance ubérisation, soit on la prend à bras le corps de manière offensive.