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Penser demain pour sortir d’aujourd’hui (1)

Le commun est dans le dessin (ou dessein) cohérent d’une autre société

Il ne se passe guère de semaine sans que Macron ne mette en route une réforme. Syndicats et partis courent éperdument derrière chacune pour tenter de colmater chaque brèche. Et le temps qu’ils mesurent qu’ils ont un train de retard, Macron est déjà passé à la suite. Si l’avalanche des mauvais coups provoque de la colère, son rythme favorise l’éparpillement des ripostes. D’où des postures syndicales et politiques qui révèlent un sentiment d’impuissance. Question : cela fait maintenant 30 ans que l’on est "contre", l’expérience ne dit-elle pas que la méthode ne sert qu’à perdre ?

On parle de convergence des luttes. Mais dans ce qui ressemble bien à de l’affolement général, chacun est replié sur ce qu’il pense être SON problème. Convergence des luttes n’est pas l’équivalent de la construction d’un dénominateur commun. Qu’y a-t-il de commun entre un ouvrier de PSA et un chercheur ou un auto-entrepreneur ? Rien dans la revendication. Tout dans la prédation du système qui les broie ; tout dans l’aspiration à une société qui reconnaisse la place de chacun ; tout dans l’aspiration à pouvoir maîtriser son sort. C’est la normalité qui est en cause : je ne suis pas sûr que réduire le système capitaliste à des excès comme la fraude fiscale, suffise.

Le commun ne se trouve pas dans un catalogue de mesures de ruptures éparses, qui peuvent aussi bien reproduire l’éparpillement que mettre dans une posture d’attente des prochaines élections. Le commun est dans le dessin (ou dessein) cohérent d’une autre société. Cette projection vers une autre organisation de la société est absente chez les syndicats et des partis qui se réclament d’une alternative.

Il ne s’agit pas d’être moins concrets. Mais de faire vivre comment défendre efficacement une revendication conduit à se dégager des logiques que le capital nous impose comme allant de soi. Il ne s‘agit pas de dire : "Attendez que nous ayons fait la Révolution", mais de dépasser cette idéologie du plus tard qui nourrit la dichotomie combats immédiats / vision fondamentale et la dissociation du social et du politique. Il s’agit d’opérer un changement de nature du faire et du penser. Être concret, c’est faire émerger d’autres possibles à partir des aspirations même de celles qui se pensent utopiques. C’est un agir qui se pense à partir non plus de la souffrance mais de la visée d’un autre horizon.

Je ne suis pas dans l’abstrait. Dans une commune de Saône-et-Loire, à partir de participations à une série de chantiers "Penser la société et la politique autrement", nous avons abordé une conception de la démocratie dégagée des rapports délégataires, de l’obéissance à l’État. À partir de cette intention qui pourrait paraitre abstraite, nous avons mis sur pied un conseil d’habitants prétendant devenir le centre de gravité du pouvoir législatif de la commune, les élus devenant progressivement des exécutifs. Qu’est-ce qui empêche de rendre les ordonnances sur le travail d’autant plus insupportables qu’explorer les mutations nécessaires à la production des biens et des services, montre vite qu’il faut redéfinir le travail, ses rapports aux autres pratiques sociales, la rémunération. Mais pas seulement : qui s’est heurté à des délocalisations ou fermetures d’entreprises a pu mesurer la nécessité de poser comme objet des luttes d’arracher la maîtrise des leviers des grandes entreprises et des flux financiers.

Les gens n’en sont pas là ? À bien vérifier. Et comment y parviendront-ils si jamais personne ne le leur propose ?