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Après l'ouragan

Les luttes sont des ouragans décoloniaux
Les luttes sont des ouragans décoloniaux

Guyane, Guadeloupe, Martinique, Polynésie, Réunion c'est la France dit-on. Mais assez peu pour que l'attention médiatique et politique ne connaisse que deux déclencheurs : les ouragans et les luttes sociales. Pour elles, si et seulement si elles sont extrêmement massives. Au moindre accent indépendantiste ou autonomiste les voilà délégitimées. Après, c'est le grand silence. Pourtant le passage d'IRMA donne à penser.

Confer la presse progressiste et la presse syndicale. Danik Zandwonis éditorialiste de Caraib Créole News interroge : « l'État français s'est laissé surprendre et a fait la preuve de son imprévoyance mais est-ce vraiment surprenant ? » Il poursuit : « Pourquoi l'État français, ses représentants ont-ils ainsi délibérément mis tout en œuvre pour écarter de la gestion des crises pré et post cycloniques, les présidents des deux collectivités guadeloupéennes [...] L' Etat a-t-il voulu démontrer [...] que les élus ne devaient être que spectateurs passifs de leur histoire ? »

Il y a aussi l'amertume rapportée des Guadeloupéens moqués par les médias métropolitains titrant sur les supermarchés assaillis, dévalisés de leurs victuailles cycloniques une fois la menace enfin été prise au sérieux. Une amertume néanmoins interrogative : que sont devenues la culture cyclonique, les habitudes de survie et de précaution souvent élémentaires héritées notamment du terrible cyclone de 1928. Évoquant la rentrée scolaire perturbée, plusieurs articles déplorent le déphasage de ministère. Depuis les années 70, il impose la rentrée scolaire à la "fin de l'été" en septembre. Quelle hérésie, quel non-sens, soulignent -ils, septembre est un mois - normalement - cyclonique ! .

Enfin notons la réaction unitaire syndicalo-associative sous forme de déclaration initiée par Eli Domota, signée de la CGT Guadeloupe, FO, UNSA, SUDPTT Guadeloupe, l'Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe, les associations écologistes tournées vers les questions de l'eau (KDLO, DLO NOWBASTE, DOUBOUT POU DLO AN NOU) ,TRAVAYE E PAYSAN, le syndicat enseignants SPEG, le LKP, SPA. Les signataires affirment qu'ils « condamnent avec la plus grande fermeté la gestion COLONIALE, "MENFOUTISTE" TOURISTIQUE et RACISTE de cette crise par l'État colonial français... ». Appelant à la solidarité, la déclaration s'achève par un vigoureux "TOUT MOUN SE MOUN"( tout homme est un homme).

Qu'entendre de tout cela ? Les militants associatifs syndicaux, les observateurs, la presse, questionnent tous à leur manière la relation de l'ancienne colonie à sa métropole. On l'apostrophe sur sa pratique institutionnelle, on l'accuse de mépris, d'étouffement culturel des savoirs populaires pourtant vitaux. Elle est interpellée par la nécessaire reprise de soi que porte le pointage de la déculturation. Enfin on note l'expression extrêmement rugueuse aussi vivement anticoloniale que celle qui désignait la relation métropole-colonie avant la départementalisation des "vieilles colonies" de 1946.

Pour les militants des droits humains, de la fin de toutes les dominations, c'est du grain à moudre. Notre tempo ne saurait être celui du pouvoir, et entre deux ouragans ou deux grèves , il nous faut mettre en évidence les convergences de nos luttes respectives. Comment construire un vaste mouvement antilibéral anticapitaliste sans le débarrasser de toute colonialité. La réduction en esclavage d'une partie des humains depuis le XVIe siècle fut la matrice même du capitalisme occidental. Le colonialisme a été ce sans quoi il n'y aurait pas de puissance occidentale. La colonialité demeure et la puissance occidentale ne fait jouir que le CAC 40.