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Vive la publicité !

L'espace public selon Macron
L'espace public selon Macron

À écouter Macron et son gouvernement, il n’y aurait rien à dire face à sa politique. Il a gagné la présidentielle, obtenu une majorité confortable à l’Assemblée. La démocratie aurait parlé, aucune légitimité à contester, manifester, protester. En tenant ce discours, le président est-il bien fidèle à la doctrine politique libérale qu’il confesse ?

Car certes, la démocratie, c’est le pouvoir du peuple et donc de la majorité qui s’exprime dans les urnes. Ce n’est pas rien. Pendant des siècles, les rois décidaient seuls, la majorité n’avait qu’à se taire. Ce principe reste un combat qui reste à faire reconnaître dans certains endroits. Sans parler des dictatures, les Kurdes comme les Catalans se voient refuser le droit même de pouvoir se prononcer majoritairement sur leur volonté quant à l’indépendance. Dans notre société, les mécanismes du découragement, de l’exclusion, le caractère formel de la démocratie bourgeoise font que les classes populaires s’éloignent du vote. Et que la minorité décide pour la majorité.

Mais le pouvoir de la majorité, est-ce suffisant pour qu’il y ait démocratie ? En bon libéral politique, Macron devrait donner de l’importance - n’oubliant pas le texte Le paradoxe politique de son maître Paul Ricoeur - à la séparation des pouvoirs, à la liberté de la presse, l’État de droit…

Il y a encore un principe, qu’il a clairement oublié au moment de la préparation de ses ordonnances : le principe de publicité dans l’espace public. Et pourtant, il devrait particulièrement lui tenir à cœur.

Emmanuel Macron aurait affirmé à l’écrivain Philippe Besson qui l’a suivi pendant sa campagne - et en a fait un livre - ne pas s'intéresser aux intellectuels français comme Régis Debray, Emmanuel Todd, ou Michel Onfray et leur préférer Jürgen Habermas. « On se situe à un autre niveau », dit-il.

Justement, le premier grand livre du philosophe allemand, L’espace public, parle de cela. Il raconte l’émergence progressive avec les Lumières d’un espace public. Un lieu où s’échangent les idées. Pour cela il faut des médias - d’abord des gazettes, aujourd’hui Internet ou la télévision - où les idées se confrontent. L’élaboration d’une idée dans son coin est suivie d’une confrontation aux autres opinions, mise à l’épreuve salutaire.

Cette confrontation dans l’espace public ne concerne pas que le débat d’idée, il concerne aussi l’action publique. L’espace public naît avec l’idée de publicité. Pendant longtemps, le principe de secret présidait aux décisions royales - et continue dans le monde économique, non démocratique. L’idée de publicité émerge au contraire avec celle de démocratie. Les décisions publiques seront d’autant meilleures que leur projet aura été rendu public, débattu, soumis au feu des critiques, confronté à des réalités auxquelles les gouvernants n’avaient pas pensé.

Ce qui ne s’est pas passé pour les ordonnances sur le code du travail. Elles ont été concoctées dans le secret. Jamais complètement présentées aux syndicats qui ont découvert les textes précis quelques heures avant qu’ils soient rendues publics. Et annoncées au public dans la foulée.

Découvrant petit à petit leur contenu, la majorité des unions locales et syndicats de FO, dans certains secteurs la CFDT, la CFTC et l’UNSA rejoignent progressivement les syndicats qui refusaient déjà les ordonnances. Petit à petit, que Macron le veuille ou non, la publicité des ordonnances fait débat dans l’espace public et il va peut-être découvrir qu’il a eu tort de négliger un principe de sa propre philosophie politique...